nii-carèmc
[•■2) Selon M. Fregier, l'excellent liislorien des classes dangereuses de la s( ciélé, il existe à Paris trente mille personnes qui n'ont d'autre moyen d'cxislenç que le vol.
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LES MYSTÈRES DE PARIS
deux de bonds el de postures cyniques avec le Siiiieletlc et Nicolas Bliirlial...
i'arini les aimes daiiseuis, on remarquait encore un enfant boitenx, lialiile en diable au iiKiyni d'un Iricol noir bi'aui(iu|) trop large et trop yiaïul pour lui. d'un caleçon rouge et d'un uia-qiie vert liorriljle et gniiMÇant. Malgré sou infirniilé, ce petit uioiislie élaii dune «"ilité sui- IMciiaiite; sa dépravation précoce atteignait, si elle ne dépassait pas celle de ses afiieux compagnons, et il gainliadail aussi elfrontéinent que pas un dc'vant une grosse leniiue déguisée en bergère, qui excitait encore le dévergondage de son partner par ses éclats de rire
Aucune charge ne s'étant élevée contre Tortillard (on l'a aussi reconnu)^ et Bras-lloiige ayant clé provisoirement laissé en prison, l'enlant, a la demande de son père, avait élé réclamé par Micoii, le receleur un passage delà Brasserie, que ses complices n'avaient pas dénoncé.
t.oinme ligures secondaires du tableau que nous essayons de peindre qu on s imagine tout ce .piil y a de plus bas, de plus honteux, de plus monstrueux dans cette crapule oisive, audacieuse, rapace, sanoiiinaire ithee, qui se montre de pins en pins hostile à Tordre social, et sur lapiclle nous avons voulu rappeler l'attention des penseurs en terminant
Puisse cette dernière el horrible scène symboliser le péril qui menace ncessamiiient la société!
Oui, que Ion y songe, la cohésion, l'augmentation inquiétante de celte ace de voleurs et de meurtriers est une sorte de protestation vivante ■onire Je vice des lois réjiressives, et surtout contre labscnce des meures préventives, d'une législation piévoyanle, de larges institmions Teservalrices, destinées a surveiller, à moraliser dès lenfance cette Hile de malheureux abandonnés ou pervertis par d'elhoyables excml(N. bncore une fois, ces êtres déshérités, que Dieu n'a faits ni plus lanvais m meilleurs que ses aiilres créatures, ne se vicient, ne se angrcneiil ainsi incuralilement que dans la fange de misère, digno- Jiice et d abrutisseiueul où ils se traînent en naissant.
Kiieore excités par les rires, par les bravos 'de l'a foulé pressée aux ■ncires, les acteurs de 1 abominable orgie que nous racontons crièrent I orchestre de jouer un dernier galop.
I-cs musiciens, ravis de toucher à la lin dune séance si pénible pour uis pouiiK.ns, se rendirent au vœu général, et jouèrent avec énergie I au (le galop d une mesure entraînante et précipitée. A ces accords vibrants des instruinenls de cuivre l'exaltation redona, tous les couples s'étrcignirent. s'ébranlèrent, et, suivant le Sqiiell(" et sa danseuse, commencèrent une ronde infernale en pouss;uit s huilemeiits sauvages...
Une poussière épaisse, soulevée par ces piétinements furieux, s'éleva I P iiicher de la salle et jeta une sorte de nuage roux et sinistre sur ce or nll./n d hommes et de femmes enlacés, qui tournoyaient avec une pulile verdgineuse.
liienlôt, pour ces têtes exaspérées par le vin, par le mouvement nar lis propres cris, ce ne fut plus même de l'ivresse, ce fut du déliré de ireuesie; 1 espace leur manqua... Le Squelette cria d'une voix hale-
' — Gare!... la porte!... Nous allons sortir... sur le boulevard -Uni OUI . cria la foule entassée aux fenêtres, un galop jusqu'à la rrieie Sainl-Jacquesl o i j i
— Voilà bientôt Iheiire où on va raccourcir les deux laraues (11
— Le bourreau fait coup double; c'est drôle!
— Avec accompagnement de cornet à pistons.
— Nous danserons la contredanse de la guillotine!
— En avant la femme sans tête !... cria Tortillard.
— Ça égayera les condamnées.
— .J'inviie la veuve...
-Moi, la nile...
— Ça mettra le vieux Chariot en gaieté...
— Il ihabutera sur sa boutique avec ses employés.
— Mort aux païUfs ! \\\cnl les grmches et les escarpes (2) ' cria le leleite d'une voix frémissanle. ^ \^i ■ uui le (Ds railleries, ces menaces de cannibales, accompagnées de clianis cènes, de cris, de silflets, de huées, aiigmenlèieiit encore lorsque la de du Squelette eut fait, par la violence impétueuse de son ininul- I, une large trouée an milieu de cette foule compacte
e fut alors une mêlée épouvantable; on entendit des rusissemenls imprécations, des éclats de rire qui n'avaient plus rien d'humain ' e lumuKe lut tout a coup porté à son comble par deux nouveaux in-
a voiture renfermant les condamnées, accompagnée de son escorte avalene, parut an loin à l'angle du boulevard , alors tonte cette noce se rua dans cette direction en poussant un hurlemeiit do sa ison leroce.
ce moment aussi la foule fut rejointe par nu courrier venant du evard des Invalides et se dirigeant au galop vers l.i barrière de l^liaon 11 était velu d une veste bleu clair à collet j , une, doublement nnee d argent sur loules les coulures ; mais en signe de grand deuil
Les deux femmes.
« Alort aux honnêtes gens, vivent les voleurs et les assassins...
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il portait des culoltes noires avec ses bottes forles; sa casquette aussi lai-gemenl bordée daigenl, était entourée d un crêpe; eulin, sur les œillères de la bride a collier de grelots, ou vovait en relief les armes souveraines de Gerolstein.
Le courrier mit son cheval au pas ; mais sa marche devenant de plus en plus cnibarrassee, il fut presipie oliligé de s'arrêter lorsqu'il se trouva au milieu du Rot de populace dont nous avons parlé... (h'oiqu'il criât • gare.... et qu il conduisit sa monture avec la pins grande oiécaution, des cris, des iiijuies cl dis menaces s'élevèrent bientôt conlie lui
celd-Tf?"'^'' ''"''' """'' """"^ """"*^'' ""■ ^° ''"^ ^''^'^ ^''" chameau...
snn~;,H"n ^^ ''^''•",' ''•'"'S*'"' ^"'" '•" '^"'P'-' "iC""'' • "ia Tortillard sous son masque vert a langue ronge.
— S'il nous embête... mettons-le à pied. Nicldaî "" '"' ''*''*'"''''^ '^' galuches de sa veste pour les fondre, dit
- Et on te découdra le ventre si tu n'es pas conteni, mauvaise valeadle... .ajouta le Npielette en s'adressant au ( ouriier et en saisis>.aiil la
br.de de son cheval ; car la toule était devenue m compacte, que le bandit avait renonce a son projet de danse jusqu'à la barrière
rnih^i'^on';:""" "'""""' '' '■'^"'"' '' '" "'"•^''^"•=«" '--' '«
- Toll'mSïu';;;»^?'"'''^" ''' "'"" ''"'"'• j' '' '''"''« '=" "8"^'^-
— Oui., .le vais au pas, je crie : gare ! tu n'as pas le droit de m'arrêfn,;, ' 'T " '^" ".'""seigneur arrive derrière moi... j'entends d.^jà les louets... Laissez-moi passer.
i„n~Jr '^'f '""'/' •p'''"'' ^'liiclette. (Ju'est-ce que ça me fait à moi, ton seigneur.'... Je l'estouibirai si ça meplait. Je n'en ai jamais refroid de seigneurs... et ça m'en donne l'envie 'enoiui,
-- Il n'y a plus de seigneurs... Vive la Charte ! cria Tortillard ; et. tout en fredonnant ces vers de la Parisunm : « En avant, marchons cmilie eurs canons, » il se cramponna brusquement à une des bolles du conriier, y pesa de tout son poids, et le lit trébucher sur sa selle. L'n conn de manche de fouet rudement asséné sur la tête de Tortillard le nniiit de son audace Mais aussitôt la populace eu fureur se précipita sur le courriel ; Il eut beau mettre ses éperons dans le ventre de son cheval noiir le porter en avant et se dégager, il n'y put parvenir, non plus ipi'a tirer sou cmileaii de chasse. Démonté, renversé au milieu de cris el de lunées enragées. Il allait , lie assommé sans l'arrivée de la voiture de Ilodolpiie, qui ht diversion a remportement sinpide de ces misérables
Uepuis quelque temps le c upé du prince, attelé de quatre chevaux de poste, n ailaii qu au pas, et un des deux valets de pied en deuil ( à cause de ia mort de Sarali), assis sur le siège de derrière, était même prudemment descendu, se tenant a une des portières, la voilure él.iiit tressasse Les postillons criaient: gare ! et avançaient avec précaution
iiodolphe, velu de grand deuil comme sa fille, dont il tenait une des mains dans les siennes, la regardait avec bonheur et alleudrissement La douce et charmante ligure de Fleur-dcM.irie s'encadrait dans une petite capote de crêpe noir qui faisait ressortir encore la blancheur éblouissante de son teint et les reflets brillants de ses jolis cheveux Dioiids : on eut dit ipie l'azur de ce beau jour se reflétait dans ses grands yeux, qui n avaient jamais été d'un bleu plus limpide et" plus doux... (Juoiquesa ligure, doiicemenl souriante, exprimât le calme le bonheur, lorsqii elle regardait son père, une teinte de mélancolie, qncK que lois même de tristesse indéfinissable, jetait souvent smi ombre sur les Iraiis de F eur-de-Maiie quand les yeux de son père n'étaient plus attaches sur elle. ^
— Tu ne m'en veux pas de l'avoir (ail lever de si bonne heure .. et a avoir ainsi avancé le moment de notre départ ? lui dit liodolphe en
— Oh ! non, mon père ; cette matinée est si belle !...
— L est que j'ai pensé, voisin, que notre journée serait mieux coupée en parlant de bonne heure... et que tu serais moins lalicuée Murph, mes aides de camp et la voiture de suite, où sonl tes femmes, nous rejoindront a noire première b.die, où tu te reposeras.
— Hon père... c'est moi .. toujours moi qui vous préoccupe ..
— Uui. mademoiselle... et. sans reproche... il est imnossible d'avoir aucune autre pensée .. dit le prince en soniianl; puis il aioiiia avec un clan de tendresse ; Oh ! je t'aime tant... je l'aime tant !... Ton front...
Hem-de-Marie s'inclina vers son père, et Rodolphe posa ses lèvres avec délices sur sou front charmant.
C'était à cet instant que la voiture, approchant de la foule, avait commence de marcher Ires-lentcuienl.
Rodolphe, étonné, baissa la glace, el il dit en allemand au valet de pied qui se tenait pies de la poilierc :
— Eh bien ! Frauiz...qiry a-l-il? quel esl ce tumulte V
— monseigneur, il y a tant de foule... que les chevaux ne peuvent plus avancer. '
— El pourquoi celte foule?
— Monseigneur...
— Eh bien?...
— C'est que Volrc Altesse...
— Parle donc...
LES MYSTERES DE PARIS
. je viens tl'entendrc dire qu'il y a là-bas... une exé-
— Mdiiseigncm ciUioii à nioil. . r j i i
— Ali! c'cbi affreux ! s'écria Rodolphe en se rejclanl au fond de la
voiline. ,,, . ,1 .
— Ou'avez-vous, mon perc? dil vivcmciK lleur-de-Mane avec 111-
qnicliiile.
— Itiiu... rien... mou enfant. ,
— Mais CCS cris nicnaçanis... cnlendez-vous? Ils approchent... (J" «stce qui' ccl;i, mon Diiu?
— Frani/,, oiiIoiwk; aux postillons de retourner cl de gagner Lliarenton pnr 1111 aiilrc ch iniLi... (|iicl qu'il soil... dil Hcnlolphc.
— Monsoigneur, il est trop laid... nous voilà dans la foule... On arlèle les cliov;iii\... di'S t;ens de mauvaise mine...
Le vaht d.- pii'd ne piil parler ilavanlage. l-a foule, exaspérée par les forfiinlcrie. san';oiiiaiics dn Sipielelte el de Nicolas, enlmira lont a coni) la voilure en vr)ciléranl. Malgré les elforts, les miMiaccs des po-,lillous. es chevaux furent arrêtés, et Uodol|ilie ne vit de tous colés, au niveau des porlieies, que des visages horribles, furieux, meua(,auls, et, les dominant de sa grande taille, le Squelette, quis'av:inça à la portière
— Mou père... prenez nanle!... s'écria Fleur-de-Marie en jetant ses bras auloiir du cou de llodnlphc. . , „ ,
— C'c-t donc vous rpii èies le seigneur? dit le Squelette en avançant sa icle hideuse jusque dans la voiture. ,
A cclti' iusiilence, llodul|ihe, sans la présence de pa fdle, se lut livre à la violence de son caractère ; mais il se contint, et répondit froidement : . „
— Que voulez-vous ?... Pourquoi arrêtez-vous ma voilure /...
— Parce que cela nous plail, dit le Squelclle en niellant ses maiiis osseuses sur le rebord de la portière. Chacun son tour... hier tu écrasais la canaille... aiijourdliui la canaille l'écrasera si lu bouges.
— iHon père... nous sommes perdus I murmura Fleur-de-Marie a voix
btissc.
— Rassure-toi... je comprends... dit le prince; c'est le dernier jour de carnaval... Ces gens sont ivres... je vais m'en débarrasser.
— Il faut le faire descendre... et sa largue (1) .aussi... cria rhcolas. Pourquoi qu ils écrasent le pauvre inonde! .
— Vous me paraissez avoir déjà beaucoup bu, et avoir envie de boire encore, dit Rodolphe en tirant nue bourse de sa poche, lenez... voilà pour vous... ne retenez pas ma voiture plus longtemps, et il jela sa bourse.
Tortillard rattrapa au vol. . , ,
— Au fait, lu pars en voyage, tu dois avoir les goussets garnis ; abou e encore de l'argent, ou je le lue... Je n'ai rien à risquer... je le demande la bourse ou la vie en plein soleil... C'est farce '. dit le Squelette complètement ivre de vin el de rage sanguinaire.
El il ouvrit brusquement la portière. , v, •
Lapaliciicc de Rodolphe était à bout; inquiet pour FIcnr-dc-Marie, dont l'effroi augnienlait à chaque minute, et pensant qn un acle de vigueur imposerait à ce misérable qu'il crovail simplomenl ivre, il sauta de sa voilure pour saisir le Squelette à la gorge .. D abord cclui-ci se recula vivenieul en tirant de sa poche un long couteau poignard, puis il se jela sur Rodolphe. ,. , .
Fienr-de-Marie , voyant le poignard du bandit levé sur son père, poussa nu cri déchirant, se précipita hors de la voilure, et 1 en.aça de ses bras...
C'en était fait d'elle et de son père sans le (.hounneur. qui. au comnienccmenl de cette rixe, ayant reconnu la livrée du prince, était parvenu, après des elforts surhumains, à s'approcher du Squelette.
Au moment où celui-ci menaçait le prince de son couteau, le Lhourineur ai rèia le bras dn brigand d une main, et, de raiitre, le saisit au collet et le renversa à demi en arrière...
Quoique surpris a l'improvisie cl par derrière, le Squelette put se retourner, reconnut le Clioinineur et s'écria : ...
— L'homme à la blouse grise de la Force!... celle fois-ci, je te lue. Et, se précipitant avec furie sur le Chonrineur, il lui plongea son couteau dans la poitrine... , ,. , , . -,
Le Cliomiiieiir chancela... mais ne tomba pas... la loule le soutenait.
— La garde ! voici la g.irde !
Crièrent quelques voix elïravées.
A ces mots, à la vue du meurtre du Chonrineur, toute celte loule si compacte, ciaii-naut d'être comprise dans cet assassinai, se dispersa comme par cncbaulemenl, et se mit à fuir dans toutes les direclioiis... Le Squelette, Mcolas .Martial cl Tortillard disparurent aussi...
Lorsque la garde arriva, guidée par le courrier, qui était parvenu a s'échapper lorsipie la foule l'avait abaiidoimé piuirentonrer la voilure du prince, il ne restait sur le théâtre de celle lugubre scène que Rodolphe, sa tille, et le Chomiuenr imuidé <li'. sang.
Les deux valets de pied du prince lavaient assis par terre et adosse à un arbre. , . ,
Tout ceci s'était passé mille fois plus raiiidcmeul qu'il 11 est possible de l'écrire, à quelques pas de la guinguette d'où étaient sortis le Squelette cl sa bande. .
Le prince, pâle et ému, entourait de ses bras Fleur-de-Marie delail-
(1) Femme.
lanlc, pendant que les postillons rajustaient les Irails, qui avaient été à moitié brisés dans la b.igaire. . „ ■ i
— Vile, dit le prince à ses gens, occupés a secourir le Chourincnr.i transportez ce mallieuieiix dans ce cabarci... El loi, a «luli-t-il s'adressaiit à son courrier, monte sur le siège, et qu'on aille ventre à terrci chercher à l'holel le docteur Uavid; il ne doit partir qu'à onze heures... ^ ou le Iroiivera... ,
Quelques minutes après, la voilure partait au galop, et les denx domcsliqiies Iransporlaient le Chouiincur dans la salle basse où avait eu ^ lieu l'orgit;, et où se trouvaient encore quelques-unes des femmes qui y j avaient ligiiré. . ...
— Ma pauvre enfant, dil Rodolphe à sa Tille, je vais le conduire dans ■ une chambre de celle maison... et tu m'y aiieudras... car je ne puk abandonner aux seuls soins de mes gens cet homme courageux qui vieul ' de me sauver encore la vie.
Oh ! mon perc, je vous en prie, ne me quittez pas... s écria Fleur- .
de-Marie avec épouvante en saisissant le bras de Rodolphe, ne me lais-» scz pas seule... je imuirrais de frayeur .. j irai où vous irez...
— Mais ce spectacle est aflrcu^! , '
— Mais, grâce à cet honiiue... vous vivez pour moi, mon père .. permettez au moins que je me joigne à vous pour le remercier et poui le consoler.
La perplexité du prince était grande : sa fille témoignait une si jiisii frayeur de rester seule dans une chambre de celle ignoble taverne qu'il se résigna à entrer avec elle dans la salle basse où se trouvai! U
Chouiiiieur. . „ . ,
Le maîire de la guingnetic et plusieurs d entre les femmes qui j
élaienl restées ( parmi lesi|uel|çs se Iroiivait l'ogresse du tapis franc
avaient à la hâte élendii le blessé sur un matelas, et puis élaucbé, lain>
pouiié sa plaie avec des servieiies.
Le Chonrineur venait d'ouvrir les yeux lorsque Rodolphe entra. A I
vue du prince, ses traits, d'une pâleur de mort, se ranimèrent un peu..
Il sourit péniblemeni, el lui dil dune voix faible :
— Ah! UKUisienr Rodolphe... comme ça s'est heureusement rcncon tré que je me sois ironvé là !.. .
— Brave el dévoué... comme toujours! lui dit le prince avec un ac cent désolé, tu me sauves encore...
— J'allais aller... à la barrière de Charenton... poiir tailier dev.,11 voir partir... heureusement... je me suis trouvé arrêté ici par la foiik . Ça devait d'ailleurs m'arriver... je l'ai dit à lyiartial... j'avais un prc>.ei liment.
— Un pressentiment!... . . ,,
— Oui... monsieur Rodolphe... Le rêve du sergent... celle nuit je li
eu. .
— Oubliez ces idées... espérez... votre blessure ne sera pas mor
telle...
— Oh ! si, le Squelclle a piqué juste... C est égal, j avais raison dire à Maniai... qu'un ver de terre comme moi pouvait quelquefo être... utile... à un grand seigneur comme vous...
— Mais c'esl la vie... la vie... que je vous dois encore.
— INdUS sommes quittes... monsieur Rodolphe... Vous m avez^dil qn j'avais du cœur el de l'honneur... Ce moi-là... voyez-vous... im j( touffe... monseigneur... sans vous... commander... faites-moi 1 bot neur... de... votre main... je sens que je m en vas...
— ISon... c'esl impossible... s'écria le prince en se courbant vers Chonrineur et serrant dans ses mains la main glacée du moribond, non vous vivrez .. vous vivrez... ,11
— Monsieur Rodolphe... vovez-voiis qu il y a quelque chose... I haut .. J'ai lue... d'un coup de couteau... je meurs d'un coup... de tonicaii dit le Chourineui, dune voix de plus en plus laihle
étoullée... ,., , ,, . ,., .
A ce inomeni, ses regards s'arrêtèrent sur Heur-de-Maric, qu 1! 11 av: pas encore aperc.ne. L'élonnemcnt se peignit sur sa figure mouruilc ht un monvenienl el dit :
— Ah I... mon. .. Uieu ! la Goualeuse...
— Oui... c'est ma tille... elle vous bénit de Im avoir conservé si
père...
— Elle... votre fille... ici... ça me rappelle notre connaissance monsieur Rodolphe... cl les coups de poings de la lin... mais... ce coup de contcau-là sera aussi... le coup... de la lin on me... chourinc... c'est juste... ..
Puis il fil un profond soupir en renversants» tête en arrière... ii et
1 e iiruil des chevaux retentit an dehors ; la voiture de Rodolphe av reiiconiré celle de Mnrph el de David, qui, dans leur empressemeni rejoindre le prince, avaient précipité leur départ.
liaviil et le sqiiire enirèrenl.
— David, dil Rodolphe eu essuyant ses larmes et en montrant Chonrineur, ne resle-t-il donc aucun espoir, mou Dieu?
— Aucun, inouseigueur. dit le docteur après une minute d exanu Pendant celte iniuiite, il s'était passé nue scène muette et ellrayai
entre Fleur-de-Marie el l'ogresse.,, que Rodolphe, lui, navailpas rem
''"uorsinie le Chonrineur avait prononcé à demi-voix le noim de Goualeuse, l'ogresse, levant vivement la tète, avait vu Meur-de-Mat
J'ai chouriné »
LES MYSTÈRES DE PARIS
Pi'jà riion ililc foinmc av:\it rcciinnii Roilolplic : on l':i|i|iel,iit moiisei- ' gnoiir... il :i|i|ielail la (Idiialfiiso sa lille... Une telle iniUaiiKiipliose sliipoliail l'ogressi', (|ni attachait opiiiiàtréineiil ses yeux stiipideineiit efiarés sur son aiicii^niie victime...
Fleiirde-Maiie. paie, éponvarilée, semlilait fascinée par ce regard.
La mort du (îliouiineiir, l'apparition inatlemliie de l'ogresse, qui venait réveiller, plus donloiirenx que jamais, le souvenir de sa dégradation première, lui paraissait d'nn sinistre présage.
De ce moment, Flenr-de-Mnrie fut ''■nppée d'un de ces pressentiments qui souvent ont, sur des caractères (els que le sien, une irrésistible influence.
Peu de temps après ces tristes événements, Rodolphe el sa fille avaient pour jamais quitté Paris.