‹ MathildeChapitre 1 sur 35 · III. r · texte numérisé non relu

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litë. Il (lit un mot, et aussitôt ses troupes ëpaises se lëunissent autour de la ville; des fossés se creusent , des murs s'ëlèvent, des retranchemens se forment de toutes parts; car, si le prince est décidé à se défendre contre Melchoub, il ne voudrait point l'attaquer. Jamais mortel n'eut mieux que lui toutes les qualités qui font l'homme de guerre : à une bouillante valeur il joint une prudence consommée ; tout en combattant comme un soldat, il se souvient qu'il est chef, et dans le moment où il paraît le plus occupé à lever la lance et à pousser le javelot, il ne cesse de conduire et de diriger Tarmée à laquelle il est plus utile encore par ses lumières que par la force d'un bras que rien n'égale.

Le second jour après le départ de Mathilde, les sentinelles placées au haut des tours du Caire avertissent le prince qu'on aperçoit au loin dans la plaine ; à travers des nuages de poussière , de nombreux bataillons dont les lances étincellent dans les airs. Malck Adhel assemble ses trou-

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pes et le peuple dans la place publique, et leur dit : « Saladin me croit un rebelle, mais je jure qu'il se trompe , et je le lui prouverai; il envoie Metchoub chercber ma tête, voulez-vous la lui livrer? » Ua cri d'horreur retentit , et les regards de Malek Adhel ne rencontrent que des regards qui lui jurent qu'il n'y a pas un seul homme autour de lui qui ne soit prêt à lui donner sa vie. De si vifs témoignages d'amour le touchent, Tetonnent , l'instruisent de l'étendue du pouvoir dont il dispose , mais il ne peut aimer un pouvoir avec lequel il pourrait être maître de l'Egypte entière , et qui ne lui a pas permis de garder Mathilde près de lui ; et , si en tout temps ce héros eût dédaigné un trône usurpé , combien plus maintenant cette ambition doit paraître étroite , bornée , insuffisante aux vastes désirs d'un cœur qui ne peut être rempli que par les immenses félicités de l'amour l Malek Adhel sent bien qu'en opposant une armée à l'armée de son frère , il va donner l'exemple de la rébellion et devenir

eoupable; mais il est irrite du silence qu6 Saladin a gardé avec lui depuis le message qu'il lui envoya de Damiette^il est irrite' qu'un mot de sa part n'ait pas eu plus de poids sur l'esprit de son frère que toutes les accusations de Metchoub ; et il veut enfin ne se soumettre que quand il aura prouvé au sultan qu'il aurait pu com^ mander.

Cependant , pour éviter de verser le «ang musulman , il envoie un héros d'armes porter des propositions de paix à Met^ choub. Metchoub s'étonne d'apprendre que Maltk Adbel , prévenu de son arrivée , est déjà préparé au combat; il ne comprend point comment cette nouvelle a volé si Tite 5 mais il comprend trop que celle circonstance accroît les difficultés de son cnlrepiise. Surpris, Malek Adhnl eut fait payer cher sa défaite; prévenu , il sera assurément vicîorieux. Cet obstacle anime encore le ressentiment de Metchoub, et donne une activité nouvelle à ses désirs de vengeance; toutefois il ne peut refuser d^enlendre les propositions du prince ; Sc^-

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îacîin pourrait un jour blâmer ce refus. Suivi de quelques officiers de son armée , il s'avance vers le Caire et entre dans le palais de Malek Adhel ; il se courbe avec le respect qu'il doit au frère de son souverain. Le prince lai fait signe de s'asseoir et après un moment de silence , il lui parle ainsi : ^ Je sais que Saladin t'envoie au Caire avec Tordre de livrer la princesse d'Angleterre au plus honteux supplice ^ et de faire tomber ma tête : aucun des deux ne s'exécutera ; au moment où je parle la princesse Malhilde est bien près du roi son frère , et la disposition de mes soldats est telle , que , si je dis un mot , ce soir ton armée n'existera plus. Croismoi donc 5 Metchoub , reprends aujourd'hui même la roule de Syrie; va apprendre à mon fi ère ce que lu as vu ici ; dis-lui que la prudence ne t'a pas permis de livrer un combat où tu ne pouvais être défait sans honte , ni victorieux sans regret ; dis-lui que je n'ignore pas que les chrétiens, vainqueurs à Piolémaïs, s'apprêtent à attaquer Césarée : dis-lui

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que je vais m^y rendre , et que , s'il vient m'y trouver, c'est là qu'il connaîtra son frère et qu'il sera maître de le punir. — Je sais y re'pond Metchoub, que , si ton bras soutient Ce'sare'e, Ce'sarëe ne succombera pas ; mais cependant je ne puis reparaître devant le sultan sans lui donner des preuves de mon obe'issance et de ta soumission. — Et quelles sont les preuves que tu exiges ?lui demanda fièrement le prince. — Que tu te rendes mon prisonnier , et que tu te laisses emmener captif aux pieds de Saladin. — Moi, ton prisonnier , reprit Malek Adhel avec un sourire amer; avec une seule parole îa veux faire ce que n'ont pu les cbrétiens avec toutes leurs arme'es : non , non , Metcboub , ce serait trop de gloire , et ce n'est pas tes mains qui donneront des chaînes aux miennes. Tu as entendu mes propositions , je n'ai plus rien à y ajouter: si tu les rejettes , retourne à l'instant dans ton camp , prepare-toi au combat , et nous verrons avant la fin du jour lequel sera le prisonnier de nous deux. »

Tout offensé qu'il est de la hauteur de

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cette menace, Metchoub se rejouit d'y trouver une raison d'accepter le combat ; il déclare au prince qu'étant cbargé par le sultan de faire respecter les droits et la suprême majesté du trône , il pe'rira pouc obéir , et qu'il va prendre les armes. Il dit, et se relire; mais il n'est pas encore arrive dans son camp , que déjà les dispositions de M ilek Adhel sont prises afin d'envelopper entièrement l'armée ennemie ; d'un coup d'œil il a tout vu , dans un instant il a tout terminé. A peine les troupes de Metchoub commencent-elles à s'ébranler, quelles se voient entourées d'ennemis, et que l'intrépide Adhel fond sur elles , la visière haute et Tépée à la main , en s'écriant : «Amis , compagnons de mes travaux , braves musulmans avec qui j'ai conquis Jérusalem, vous en voulez donc à ma vie ? » A cette voix si chère à leur cœur, à cette contenance héroïque, à ce front que la victoire couronna toujours , tous les soldats de Metchoub sont en désordre : en vain veut-il les rallier , ils ne Tentendenl plus; les uns jettent leurs ar-

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mes, d'autres fuient , le plus grand nombre court se ranger sous les drapeaux de leur ancien gênerai. Melchoub reste seul , et le soir même , ainsi que Malek Adhel le iui avait prédit , il était prisonnier au Caire , et son armée avait disparu.

Une victoire si facile permet au prince d'accorder quelques heures de repos à ses troupes ; l'aurore du jour suivant les voit réunies autour de lui dans la place du Caire. II fait amener Melchoub, et en présence des soldats et du peuple , il lui dit : « Loin d'éprouver aucun ressentiment de la conduile , Melchoub , j'y applaudis; eu obéissant à ton maîîie, lu as suivi Ion devoir ; je ne veux pas le priver plus long -temps des services d'un sujet si fidèle ; retourne auprès de lui, je te rends ta liberté; ramène les soldats qui voudront te suivre; ils sont libres comme loi : jamais les sujets de Saladin ne seront les prisonniers de Malek Adhel. Cependant, de même que je leur permels de te suivre , tu ne t'opposeras pas à ce qu'ils marchent avec moi

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à Cësaree, s'ils le préfèrent : cVst à eux de choisir entre nous. »

Il dit, et Metchoub cherdhe en vain autour de lui un homme qui le console de la désertion de tous les autres ; il n'en trouve pas un seul ; pas un seul n'a mêcne hésite; il le voit et frémit de rage. Ainsi , ces nombreux soldats qu'il amena pour châtier un rebelle sont devenus les inslrumens de son triomphe, et n'ont servi qu'à en rehausser Téciat , et celui dont il espérait se venger est celui qui lui pardonne ; il faut qu'il s'en retourne seul avec sa honte par ces mêmes chemins oa peu de jours avant il croyait marcher à la victoire. Le prince voit son chagrin et cherche à l'adoucir ainsi : « Ne l'aillige point, Metchoub , et ne vois dans la conduite de les troupes que Peiïet de leur courage ; i'ai parlé de combattre, et tous ont voulu ms suivre; si c'était loi-même qui leur eusses montré l'ennemi , c'est avec toi qu'elles auraient voulu marcher. »

Ces généreuses paroles ne calment point la confusion de Metchoub; elles irritent III. i*

au contraire son ressenliraent , en le forçant à la reconnaissance; il se hâte de quitter le théâtre de sa honte, et part avec quelques ofïiciers qui, touches de son délaissement , consentent à lui servir d'escorte. Tandis qu'il reprend la route de Kouroutba , Malek Adhel , adore des soldats qu'il vient de conque'rir, les entend se féliciter d'avoir change de chef; dans leurs avides regards , il lit que la certitude de la victoire est altachëe pour eux au bonheur de l'avoir pour maître , et il récompense une si flatteuse confiance par le seul prix digne de l'acquitter : il donne l'ordre du départ , et marche vers César ée.

Les habitans de cette viile ne considéraient point sans inquiétude les préparatifs des chrétiens qui menaçaient leurs murailles. Effrayés par l'exemple de Ptolémaïs, ils voyaient dans sa chute l'annonce de la leur; et, pour obtenir une capitulation plus douce, ils étaient résolus à se soumettre aux vainqueurs dès qu'ils paraîtraient sous leurs rem-

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paris. Mais voici une armée qui se montre tout à coup; le de'sordre est dans Cesaree; on s'ëcrie , on repèle : Ce sont les chrétiens ! ce sont les chrétiens ! et le peuple et les chefs, troubles, saisis dVffï oi , proposent d'ouvrir les portes à l'ennemi. Cependant , au moment où les chaînes crient sous les mains des soldats qui vont baisser les ponts-levis , l'étendard du croissant s'en fait reconnaître ; bientôt on apprend que c'est i\Ia]ck Adhel qui s'avance , que c'est lui qui vient défendre la ville , et à l'instant ce nom fait autant de braves de tous les lâches qui étaient prêts à se rendre; les voila déterminés à s'ensevelir sous leurs murs , et mettant l'honneur d'une mort glorieuse bien au-dessus de la honte d'une longue vie : tant il est vrai que la vue d'un héros élève tout ce qui l'entoure , bannit les pusillanimes frayeurs , et inspire les grands sentiraens ! Le peuple de Césarée sort par flols des portes de la ville , et se précipite au-devant du libérateur qui vient le sauver, en poussant des cris de joie; chacun veut toucher

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son vêtement , baiser ses mains viclorîeuses ; les bénédictions dont on le couvre s'élèvent jusqu'au ciel ; on le nomme Tappui de Césarëe , le sauveur de Tempiie ; l'ivresse que sa présence inspire éclate par les plus touchans transports ; il le voit et en gérait ; car il sent que l'amour ne peut se payer que par l'amour ; et qu'il ne serait pas digne de la tendresse de ce peuple, s'il lui refusait la sienne. «Hélas! Malhilde , se dit-il tout bas, voilà donc le peuple que ta loi me forcera d'abandonner , et dont elle me contraindrait de verser le sang peut-être! » Accablé par cette pensée, qui lui arrache toute espérance, en lui montrant toute retendue de ses devoirs, il tombe dans une profonde tristesse ; cependant il n'en accueille pas avec moins de bonté , il n'en reçoit pas avec moins de reconnaissance les vives effusions des cœurs qui se jettent au-devant de lui; il entre dans Césarée au bruit des acclamations générales : les uns couvrent de fleurs, les autres baisent la terre où il imprime ses pas; les

chefs cle la ville lui remettent les clefs , et semblent bien plus heureux de lui en ce'der le gouvernement, qu'ils ne Pont été de le recevoir. Son premier soin est de faire reposer ses troupes ; le second d'aller Tisiîer les fort.'ficalions de la ville . et de s'informer de ses moyens de défense; son infdtigable activité en a bientôt parcouru tous les de'tails : alors seulement il consent à se retirer sous le prétexte de prendre quelques heures de sommeil , mais en effet pour s'occuper de l'intérêt qui est le premier de son cœur, quoique l'honneur en ait triomphé.

Il appelle Kaled. <^ Kaled , dit-il , j'ai besoin d'un ami qui expose sa vie pour raoi^ et c'est toi que j'ai choisi. — Tous les liens m'envieraient celte glorieuse préférence, répond Kaled, mais nui ne la mériterait mieux que moi : parle, me voila prêt, tout mon sang t'appartient. — Sors cette nuit de Césa» rée , avance-toi vers le camp des chrétiens , lâche même d'y pénétrer, infoime-toi si la princesse d'Angleterre y est arrivée, Kaled, je le l'avoue, jusqi.'a ce que je

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la sache en sûreté , la blessure que son de'part a laissée dans mon cœur ne se fermera point. Si tu pouvais la voir ! mais comment l'espérer , on ne te le permettra pas... Cependant , si lu étais surpris , traité comme un espion par les chrétiens , si tes jours étaient menacés, demande à être conduit devant la princesse : elle reconnaîtra mon ami et saura bien empêcher qu'il lui soit fait aucun mal. — Je t'entends, reprend Kaled , et je te promets que la prudence ne dirigera pas mes démarches au point de m'empêcher d'être conduit devant la femme que tu aimes ; sois sûr que je ne reviendrai pas ici sans l'avoir vue. » A ces mots , le prince ému , le serre dans ses bras ; et Kaled , plein de respect , s'incline et lui dit : « Maintenant je peux mourir, j'ai reçu ma récompense. — O amitié! s'écrie Malek Adhel , que tes larmes sont douces et que tes sentimens sont grands ! —Tu vois ce ciel qui est au-dessus de nos têtes, reprend Kaled, eh bien!

l'amilié d'un homme tel que toi élève le coeur bien plus haut encore. Grand prince,

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demeure toujours ce que tu es , le soutien de cet empire dont tu pourrais être le maître : soumis à ton frère, laisse-lui la puissance et règne par l'amour; porte les armes de Saladin jusqu'aux bornes du monde, et sois sûr que dans l'étendue de cette vaste domination , si tout se fait par ses ordres, rien ne se fera qu'en ton nom. » Kaled , répliqua tristement le prince, que me dis-tu? Ai-je jamais envie le pouvoir de mon frère? Est-ce l'éclat d'un trône qui m'a séduit! Est-ce pour y monter que j'ai pris les armes? Ah! loin d'être touché par ces misérables grandeurs , je gérais d'y tenir de si près : dans un rang plus obscur 5 je pourrais me livrer aux faibesses de mon cœur sans craindre les reproches de mon souverain , de ma patrie et de ma conscience : quand l'amour gémissant m'a demandé d'abandonner mon frère, et me l'a demandé en vain, que peux-tu craindre de l'ambition ?— Pardonnemoi , répondit Kaled, d'avoir pu concevoir un pareil doute : d'autres pourront le concevoir aussi, car il est donné à

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peu d'hommes de savoir lire les grandes choses qui sont dans ton cœur , et de croire que celui qui peut tout ne veuille rien Mais en voila assez, la nuit s'avance, je vais partir; compte sur mon zèle : si je suis destine à ne plus te revo r ici-bas , nous nous retrouverons dans un meilleur monde, et la , si tu me dis : <ç Kaled , je suis content de toi, Kaled n'aura plus rien à demander a Mahomet. » En achevant ces mots, il n'attend point la réponse du prince; il part, il part heureux d'avoir trouve une occasion de prouver son dévouement à son maître; et Malek Adhel , en se voyant Tobjet d'un zèle si ardent et si pur , verse des larmes plus tranquilles , et la douce affection , que l'amitië re'pand dans son âme, y calme un moment les de'vorantes ardeurs de la passion : depuis le départ de Mathilde il goûte quelques instans d'un sommeil tranquille , et c'est à la bienfaisante amitié qu'd le doit.

Mais , tandis que le repos s'est approché de lui, quelle confusion règne dans la cour de Saladin, quelle rage embrase

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le cœur d'Agnès 1 En revenant , Metchoub l'a rencontrée qui s'avançait vers le Caire à la tète d'un parti nombreux de musulmans ; elle venait aider à la défaite du prince, et jouir du supplice de sa rivale; mais , en apprenant que Malek Adhel est vainqueur et que Maihiicle est sauvée , elle serait morte de douleur et de colère , si Melcboub ne lui avait donné l'espoir de pouvoir , par une marche rapide , atteindre et punir la princesse d'Angleterre avant son arrivée au camp des croisés* Agnès n'en écoule pas davantage ; la jalousie et la vengeance lui prêtent des ailes , et , suivie des soldats qu'elle commande , elle vole sur la route de Ptolémaïs. Metchoub poursuit son chemin ; il arrive , il apprend au sultan que son fi ère a levé hautement l'étendard de la rébellion , qu'il est maître de l'Egypte entière; que, séduit par ses largesses , les douze mille hommes envoyés pour le combattre sont passés sous ses drapeaux; que, peu content de dominer sur l'Afrique , il marche vers Gésarée , et que c'est là où il doit

conclure son alliance avec les chre'tiens ^ et défier avec leurs forces réunies toutes celles de l'empire du croissant.

Pâle et immobile , Saladin a e'couté ce récit dans un profond silence ; mais à peine Metchoub a-t-il cessé de parler , qu'il ne retient plus sa fureur , et que des cris terribles s'écbappent de sa poitrine ; jamais il n'éprouva de telles angoisses , jamais il n'essuya de pareils affronts : ses plus fidèles soldats Pont trahi , ils l'ont abandonné pour le perfide auquel il avait livré sou cœur et la moitié de son empire, Malheu* reux prince, déchiré dans tes sentimens les plus vifs , dans ton orgueil et dans ton amitié , tu ne respires que la vengeance , et ce n'est plus sur les chrétiens que tu brûles de la verser ; les chrétiens ne sont plus les ennemis que tu crains , que lu hais davantage ; il te semble même que tu n'as plus dans le monde d'autre ennemi que Malek Adhel : c'est de son sang seul que lu as soif; la chute de Ptolémaïs n'est plus rien pour toi ; tu ne songes qu'à la résistance de Césarée, et il t'importe peu

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que les chre'tiens triomphent de ton empire , pourvu que l'indigne ami qui t'a osé trahir périsse de ta main.

Saladin sort de sa tente, il assemble son armée, il parcourt tous les rangs, il lance des imprécations terribles contre ceux qui ne maudiraient pas avec lui la perfidie de Malek Adhel et celle des troupes qui ont abandonné Metchoub.

« Césarée ! Césarée ! s'écrie-t-il , c'est toi qui seras témoin de ma vengeance ; elle sera terrible comme le forfait. Mahomet , toi dont l'indigne Adhel a déserté le culte , aide-moi à frapper le perfide ; que tous ceux qui nous ont outragés éprouvent les effets de notre colère ; que le glaive de Dieu arrache les esprits de leurs corps , moissonne leurs âmes , abandonne leurs cadavres à la poussière ; qu'en un moment la campagne en soit toute couverte comme des feuilles qui tombent dans l'automne ; que nos épées s'abreuvent de leur sang jusqu'à l'ivresse ; que les lions des combats s'en rassasient avec les dents de la victoire : je m'élèverai sur moa

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cheval pour passer ce fleuve de sang* etj en voyant le parjure Malek Adhel rendre son dernier soupir, je lui dirai : Toi , qui as si bien su comment Saladin savait aimer, vois maintenant comme il sait punir. »

Il dit, et toute Parme'e, touchée de âa douleur , e'mue de sa colère , partagé son indignation ; des milliers d'e'pe'es s'ëlèvent dans les airs ; des cris forcene's en troublent le silence ; on entend retentir de tous côte's : <^ Ge'sarëe ! Gësarëe I Oui , c'est là que nous trouverons le traître, et qu^il faut marcher. » A l'instant même ses troupes sont prêtes à marcher. Saladin quitte son camp , qu'il a soin de mettre à Tabri de toute attaque; il donne à Metchoub le commandement de Tavantgarde de l'armée ; il se place au centre , marche à grands pas , et ne sort du silence sinistre où la douleur le plonge , que pour re'pe'ter d'une voix courroucée et formidable : « Gësarëe l Gësarëe I »

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