‹ MathildeChapitre 18 sur 35 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

JlLn quittant Mathilde , Malek Adhel ne doutait point qu'elle ne se rendît à sa prière , et que l'aurore du lendemain ne les vît réunis dans le tombeau de Montmorency ; mais , en venant se renfermer dans son appartement , la princesse y fut suivie par les cruelles anxiétés de Tincertitude , et cette nuit tout entière fut pour elle sans sommeil. Les paroles de Malek Adhel retentissaient dans son cœur, et en e'taient tendrement accueillies : pouvait-elle refuser une entrevue de peu de raomens à nn he'ros qui , dès le lendemain , allait devenir peut-être le maître de sa destinée; qui plusieurs fois avait expose' sa vie pour elle, et avait sauve' celle de Richard; qui , pour lui obéir , venait de céder à un rival huit jours de triomphe et de gloire; et qui, par le nombre de ses bienfaits et la grandeur de ses sacrifices ,

lui avait impose de telles obligations, que, quoique sa reconnaissance fût devenue une passion, il lui semblait qu'elle n'était pas encore assez vive et ne l'acquittait pas assez ?

«Sans doute j'irai le joindre , se disaitelle avec véhémence, comme pour éîoufïer un murmure secret qui s'élevait au fond de son âme; je l'ai promis, rien ne lui sera refusé de ce que la religion et la Yertu me permettent de lui accorder ; et quand une si importante journée ya coDfimencer pour moi, et que peut-être chancelant encore dans la foi, il a besoin de mes avis et de mes encouragemcns pour l'y soutenir , n'est-ce pas le devoir même qui me prescrit d'aller à lui?» Mais, en prononçant ce mot de devoir , la princesse l'articula faiblement, comme si eWe avait senti que ce n'était pas là sa place. «D'ailleurs , ajoula-t-elle , n'est-il pas nécessaire que je connaisse les dispositions de Guillaume , et l'effet de ses discours sur l'esprit du prince, afin de pressentir quelle sera son opinion dans le conseil

des ëvéques , et m'effoicer de la changer si elle ne devait pas nous être favorable? 9 x\lors, s'iDterdisant de plus longues réflexions, elle s'arrêta à ce parti, résolut d'aller le lendemain au tombeau de Montmorency, et, en attendant, alla chercher sur son lit quelques heures de repos : mais reposer sur un projet coupable , l'innocente vierge le pouvaitelle? et le sommeil pouvait-il fermer des yeux que les sourdes inquiétudes d'une conscience agitée rouvraient toujours?

Au moment où Ton va s'endormir , et où les efforts qu'on a faits pour se tromper soi-même commencent à s'affaiblir , il vient une pense'e , il en vient une autre s elles ne sont plus le fi uit d'une erreur qu'on aime ; mais de la vérité qui reprend tous ses droits aussitôt que la volonté S cesse' de retenir l'erreur. Mathilde ne peut plus se soustraire à cette puissance troublée, mécontente, elle quitte brusquement ce lit où elle est si loin de trouver la paix , s'habille à la hâte, traverse son oratoire , et ouvre les croisées qui don-

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nent sur son balcon. Elle s'y promène en silence; tout est tranquille ; elle n'entend aucun bruit que celui des vagues de la mer qui se brisent contre les rochers du rivage. «Toujours agitées aussi , dit-elle, mais moins agitées que moi. » Après une pause , elle ajoute : « O mon Dieu ! guidezmoi ; car, je le jure , je ne veux point que Tamour triomphe de vous. » Elle marche encore ; mais une disposition plus religieuse vient de lui donner de meilleures pensées. « Lorsqu'en dépit de la pudeur et des bienséances, dil-elle , j'osai donner un rendez-vous à Malek Adhel , il me sembla que j'obéissais à la voix de Dieu , et qu'en l'envoyant au secours de l'archevêque de Tyr , je l'envoyais à la lumière et à son salut. Moi seule je pouvais le détermitier à ce sacrifice ; je n'avais que ce moyen d'opérer sa conversion , puisqu'elle ne* pouvait être le fruit que des soins de Guillaume ; et je n'avais pas un moment à perdre , puisqu'il fallait qu'en moins de dix jours il eût trouvé l'archevêque , se fût laissé convaincre, et l'eût ramené ici

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avant la fin du conseil ; de manière a ce que Guillaume, assure de ses saintes dispositions , employât toute son éloquence à parler en notre faveur. Mais aujourd'hui qu'ai-je à lui dire ? quelle raison assez importante peut m'eniraîner à cette démarche ? Son désir ! Hëlas , mon Dieu ! ce serait bien assez pour moi ; mais ce n'est pas assez pour vous. Si Guillaume vous Ta rendu , je saurai un peu plus tard celte grâce de votre miséricorde ; mais du moins sans avoir à rougir de la manière dont je l'aurai apprise ; s'il a persévéré dans ses erreurs , si les instructions de Tarchevêque ont été infructueuses , quel espoir puis-je donc avoir dans les miennes ? Insensée ! l'amour te donnerait-il lant de présomption d'oser croire que tu réussirais quand cette source d'éloquence et de sainteté aurait coulé en vain ? Et quand j'apprendrais que la sagesse de Guillaume va s'élever contre les désirs de mon cœur , et que j'aurais la coupable volonté«de l'en détourner, puis-je croire que j'y parviendrais ? Guillaume est-il un homme faible , ca* IV. 1*

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pable d'abandonner la voie et la justice de Dieu pour désintérêts humains ? Ne suis-je pas même sûre que , s'il arrive aujourd'hui , il se rendra au conseil sans me parler ni me voir ; mais , si je ne puis rien espe'rer de la faiblesse de Guillaume , ne dois-je pas tout craindre de la mienne? et ne sais - je pas que quiconque aime et cherche le pe'ril y pe'rira (i) ? Ah l puisqu'un tel .rendez-vous n'est pas ne'cessaire, il serait criminel; et maintenant, quelle que soit ma destine'e , il faut l'attendre et me soumettre. ..Mon Dieu, faites donc taire la voix de Mâkk Adhel qui crie dans mon cœur, et acceptez mon sacrifice. » Elle dit , tombe à genoux , penche son front sur la rampe de fer du balcon, et l'arrose de larmes; pendant long-temps les sanglots qui s'e'chappent de sa poitrine sont le seul langage de sa douleur. A la fin , elle dit : « Commencer cette journée en subissant le joug du plus rude de- Toir, n'est-ce pas un moyen de rendre

(i) Jsaïe, ch. 28 , y. i5.

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le cîel plus favorable à mes vœux ? Peutêtre sera-t-il touche de Teffort que je fais pour lui plaire ; peut-être m'en recompensera-t-il en touchant le cœur de Malek Adhel...O douce obligation que de souffrir pour lui! ô divin ûls de Marie! si son salut doit êti e le prix de mon bonheur terrestre , piivtz-moi de tout celui que j'attendais de cette journée ; je puis , pour des biens plus grands , renoncer à tous les biens de ce monde, » Elle s'arrête , et maintenant elle pourrait dormir; car elle ne reposerait pas sur une pensée coupable. Cependant , au milieu de tant de perplexite's la nuit s'est e'coulêe, et à l'instant où la princesse, tristement satisfaite de ses résolutions , allait rentrer dans son appartement, les étoiles qui s'effacent et l'horizon qui blanchit vienr.nt arrêter ses pas et altérer un peu les saintes dispositions de son esprit. « Helas ! dit-elle avec un profond attendrissement , dans cet instant il part sans doute; il ne soupçonne point le cruel arrêt que j'ai porté coûtre lui i il ne croit point mon cœur

capable d'une force si barbare; il part, il espère , il va m'attendre dans le se'jour de la mort , compter tous les instans, m'accuser, souffrir.... O mon Dieu ! où sont vos miséricordes ? Se peut-il que vous m'ordonniez de faire souffrir Malek Adhei ? Non , non , je m'exagère sans doute vos rigueurs, Isole'e , sans appui , sans conseil , pour éviter une faute j'en vais commettre une plus grande. Ab 1 Dieu de bonté' et d'amour, y en a-t-il de plus horrible à vos yeux que de faire souffrir ce qu'on aime ?... Si Guillaume était près de moi , son cœur, moins dur, moins cruel que le mien , me permettrait de partir , d'aller consoler l'affligé qui crie... Ab 1 créature pleine d'erreur et de misère, qu'oses-tu supposer? Ne te dirait-il pas plutôt que traiter avec sa faiblesse , c'est traiter avec la mort? Peux-tu être incertaine sur l'ordre qu'd te donnerait ? Non, non, tune l'es pas ; ne le sois donc pas dans tes résolutions. » En achevant ces mots , elle s'arrache à la vue de ce jour qui la trouble et la désole ; elle ne veut

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point que la progression de la lumière lui révèle les angoisses qui déchirent Tànae de Malek Acihel et la vaine attente ou il se consume. Ali ! qui pourrait dire quel est en cet instant le plus à plaindre des deux? Qui pourrait dire lequel souffre da- Tantage, de celui qui impose la peine , ou de celui qui l'endure ?

Maigre l'obscurile' où elle s'est renfermée, Malhilde a comp é trop exaclemeut tous les instans pour ne pas savoir que le jour doit être bien avancé : alors seulement elle sort de sa retraite , parce que l'heure d'être faible étant passée , elle ne court plus risque de l'être. Impatiente d'apprendre si Guillaume est arrivé , elle passe chez la reine. Bérengère la presse dans ses bras, et lui dit: «Ma soeur, uq heureux pressentiment m'assure que les jours de tristesse sont passés , et que celuici va commencer pour vous uce vie toute de bonheur. — Le bonheur est beaucoup, reprit la vierge; mais j'ai demandé plus que cela à Dieu. — J'ose croire , répliqua la reine, qu^il tous accordera tout ce que

vous lui avez clemandë ! Voyez comme depuis hier tout vous prospère ; Malek Adhel apparaît tout à coup pour obtenir le dernier prix et la plus belle victoire, et ce matin rarchevêque de Tyr vient d'arriver pour déterminer le conseil selon vos vœux. — L'archevêque est ici , demanda vivement Malhilde , et depuis quand ? Vous a-t-il vu ? Lui avez-vous parle ?— Il n'y a pas plus d'une heure qu'il est entre à Ptolemaïs , répondit la reine , et depuis ce temps il est en conférence secrète avec le lëgat. » A cette nouvelle la princesse, le cœur palpitant et les jambes tremblantes , fut oblige'e de s'appuyer contre le lambris pour se soutenir. Bërengere courut à elle , la fit asseoir , et lui dit en la regardant avec inquie'tude : « Assurément je ne doute point que cette journée n'ait une heureuse issue; mais s'il en était autrement , et qu'd fallût vous séparer du prince , vous ne le pourriez pas. — Pour un court pèlerinage , répliqua Malhilde, je crois que j'en aurai le courage; mais pour toujours , toujours...» Elle secoua la tête , leva les yeux au ciel ,

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et répandit un déluge de pleurs. A cet instant la porte s'ouvrit , et un page annonça le roi et rarchevêque de 1 yr.

Mathilde éperdue se leva pour fuir , se sentant également faible contre Texcès de félicite ou d'infortune dont sa destinée allait se composer ; mais , avant qu'elle eût eu le temps de faire un pas , Richard parut suivi du pieux Guillaume ; et aussitôt, renfermant son émotion, elle les salua en baissant les yeux , et s'assit en silence sans oser même chercher sur la pbysionomie de l'archevêque ce qu'elle avait à craindre ou a espérer. « Mon père, s'écria la reine, vous nous êtes donc rendu! Quel événement a prolongé si long-temps votre absence , et quel heureux destin vous ramène ? —J'ai été pris par les infidèles, • répondit l'archevêque d'un ton tranquille et grave : arrêté à Jaflfa , où commandait Metchoub , par son ordre je fus chargé de chaînes , jeté dans un cachot j et , en dépit de la trêve qui suspendait toute hostilité, le vindicatif INIetchoub , ne pouvant me pardonner la part qu^'il supposait que j'avais^

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eue à la prise de Piolëœaïs , profita de l'autorité suprême qu'il exerçait à JafFa pour ordonner ma mort. Déjà on en faisait les apprêts , je n'avais plus qu'un jour à vivre ; et , soumis , résigne', je le voyais finir sans murmure ; car ne pouvais-je pas me dire : «J'ai combattu, j'ai rempli ma carrière , et j'ai gardé la foi ? Mais au milieude la nuit, que je regardais comme lu dernière , j'entends briser les portes de ma prison ; je crois qu'on veut bâter l'beure de ma mort; je marche au-devant d'elle.... Qu'aperçois-je , un guerrier qui vole à mon secours , qui brise ma chaîne : un

libérateur ! » A ce mot , la vierge laisse

échapper un cri de reconnaissance et de joie. » Et ce libérateur , quel était-il ? demanda vivement Richard. » Le cœur de la princesse venait de le deviner : c'était Malek Adbel en effet qui avait rendu à Guillaume la Hberté et la vie. « Je ne sais, ajouta Tarchevêque , par quel miracle de la Providence il a été conduit vers moi quand tout concourait à le retenir ici; il a constamment refusé de s'expHquer là- dessus.

— Celte conduile renferme d'ëlran£»es mystères, repartit Richard d'un air meconteni, et il est assez difficile d'imaginer comment Malek Adhel a ëlë conduit vers vous si à propos , quand il n'y avait ici que ma sœur et la reine qui connussent le raolif de votre absence. ^ — Ce sont des mystères , il est vrai, répondit l'archevêque , mais des mystères de vertu , de générosité que je me garderai d'approfondir par respect pour la main qui ne veut verser ses bienfaits qu'en se cachant. — Mon père, repaitit Richard d'un ton vif et emporté, vous êtes singulièrement prévenu en faveur de Ma-» lek Adhel ; tout ce qu'il fait , tout ce qui se rapporte à lui , est toujours excusé ou approuvé pu vous , et je ne sais s'il n'y pas lieu de craindre que cette prévention n'allère un peu Tintégrité de votre opinion dans ie jugement qu'on va prononcer. — Sire , répliqua l'archevêque, je ne prétends point le nier : Malek Adhel m'est cher; j'ai conçu pour lui une affection vraiment paternelle ; ses vertus m'en feraient une loi quand la reconnais-

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sance ne m'en ferait pas un devoir ; jg dirai au conseil des ëvêques , comme je le dis ici , tout le bien que je pense de ce grand prince. Pourquoi le cacherais~je? Est-il ne'cessaire d'être injuste pour soutenir les droits de la religion, et le cœur le plus équitable n'est-il pas celui qui les connaît le mieux ? Il ne m'est pas permis de coramuniq!!er à votre majesté mes pcnse'es et mes projets; mais j'ose croire que l'oeil perçant de celui à qui rien n'ëcbappe sera content de leur pureté'. » Richard répondit avec un peu de confusion qu'il e'tait loin d'avoir soupçonné sa droiture. « Et quand vous Tduriez fait , sire , repartit Guillaume , aiaais-je le droit de m'en plaindre ? Je suis homme ; tout homme est fragile; partout où il passe, la faiblesse et Timperfection montrent qu'il a passé; et, puisqu'il est sujet à Terreur, il doit être soumis au soupçon. — O vénérable saint ! s'écria la vierge dans l'enthousiasme de son cœur , vous seul ê(es comme l'agneau sans tache , au-dessus de la corruption comme des censures du monde.

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— Apaisez ces. transports , ma fille , lui dit Guillaume , ou réservez-les pour de plus grands objets : nul n'est pur et sans tache sur la terre , et chacun porle son pëché en lui; mais ne nous en plaignons point, c'est notre gloire qu'il y soit , puisque c'est notre force qui nous en délivre. » La reine prit la parole alors , et demanda à Guillaume d'une voix timide, si, dans le nombre des éloges qu'il donnerait à Malek Adhel, il parlerait de sa docilité^ à l'entendre. Cette q'iestion , qui intéressait si vivement Mathilde, puisque tout son sort y était compris , bouleversa son âme , et le regard qu'elle jeta sur Guillaume l'en instruisit ; il délourna les yeux pour ne point la voir , et répondit a la reine , qu'en salisfaisant sa curiosiié , ce serait lui apprendre l'opinion qu'il allait prononcer au conseil , et que son devoir ne le lui permettait pas : « Je me reliie même a l'instant , ajouta - t - il , pour ne pas m'exposer davantage à de muettes sollicitations que je ne puis m'empécher d'entendre et que je ne dois pas écouler. » Il dit

et s'éloigne ; maîl sur les rides de son front Tcnërable la princesse a aperçu Tempreinle d'une forte agitation et d^un combat intérieur ; avec Taffection qu'il porte a Malek Adhel , s'il avait à parier pour lui, pourquoi ne serait-il pas tranquille ? Comme son cœur palpite de douleur à cette pensée ! comme elle accumulé sur quelques minutes de sa vie tous les tourmens d'une vie entière 1 pâle , immobile, les yeux fixes vers la terre, elle ne voit plus rien que ses craintes , et demeure en ce moment également indifférente à l'amilie' de la reine et au rae'contentement de Richard. Cependant il ne peut, en la regardant, s'empêcher à la fin d'être ëmu; il s'assied près d'elle, lui prend la main , la trouve froide et humide. « Ma sœur , lui àit-il , ma chère Mathilde , comment votre piêtê vous permet-elle d'attacher tant de prix aux choses qui passent? » D'une voix, faible et inarticulée elle répond : « Ce n*est pas âes choses qui passent que je m'occupe en ce moment. » Le roi l'examine avec surprise et

tombe dans la rêverie. Berengcrej debout, garde le silence comme eux ; mais une rumeur sourde vient de se faire entendre; un page accourt, ouvre la porïe, et dit : « Sire 5 le prince Malek Adbel s'est présente chez la princesse d'Angleterre ; il demande à la voir; le roi de Jérusalem s'y oppose, et jure qu'il n'entrera pas sans un ordre exprès de votre majesté. Le prince furieux a tiré l'épée; Lusignan Va imité, et leur sang va couler si votre majesté ne vient apaiser cette terrible querelle. » A ces mots, Richard regarde sa sœur; elle n'était plus la même : son visage pâle s'était animé d'une vive rougeur , et sa main qu'il tenait encore était devenue brûlante.

« Etrange créature ! dii-il en se levant , comment aurait-on soupçonné qu'un extérieur si timide et si doux cachât tant de passions? Madame, continua-t-il en s'adressant à la reine , faites retirer cette jeune fille , elle n'est pas en état d'être vue. » A peine fut-il sorti , que Mathilde se leva. «Le roi a raison, dit-elle, je ne suis pas en état d'être vue; aucun regard

humain ne doit tomber sur moi j aucun ne peut m'apporter «Je soulagement, de secours ni de force. Passez dans Talcove de mon oratoire, lui dit la reine, vous y trouverez le consolaleur que votre cœur appelle; et même, a travers les rideaux qui le séparent de cette pièce , vous pourrez entendre sans être vue tout ce qui se passera ici. » Mailiilde se hâta d'y aller. Les voix confuses de plusieurs personnes , parmi lesquelles elle distinguent celles de Malek Adhel et de Lusignan , pre'cipitèrent encore davantage sa fuite. En entrant dans Talcove de l'oratoire, elle se prosterna devant l'image du Christ mourant, et répéta à plusieurs reprises et d'un cœur fervent ces paroles écrites au-dessous : Mo/2 père ^ s'il est possible ^ que cette coupe passe loin de moi ; cepen^ dant non pas ce que je veux y mais ce que vous voulez. Mais bientôt ces paroles , quoique si bien assorties à sa situation , moururent sur ses lèvres, et elle n'eut plus d'attention ni de pensée que pour ce qui se duait auprès d'elle.

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