‹ MathildeChapitre 24 sur 35 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

Forte de ses larges et profonds fossés , de ses hautes murailles, de sa vaste citadelle , de sa nombreuse garnison , et surtout du héros qui la défendait , Césarée voyait sans inquiétude l'armée entière des croisés se préparer à l'assiéger : dès les premiers jours , Richard et Lusignan , animés tous deux d'une ardeur qui allait presque jusqu'à la furie , firent environner la place d'un rivage a l'autre; leurs mineurs sautèrent dans les fossés pour saper le mur, tandis que leurs archers lançaient des flèches contre les assiégés qui, faisant jouer leurs machines du haut des murailles , écrasaient les mineurs et accablaient les ennemis de pierres et de traits. Eiîcou rainés par la présence de Malek Àdhei , et croyant tout possible à leur vaillance sous un tel capitaine , ils demandaient à faire des sorties, afin de terminer plu> tôt cette guerre désastreuse. Malek Adhel s'y refusait oboli-

nemenl : fidèle à son frère , il e'tait résolu à deTendre Ce'sare'e; mais, en remplissant ce devoir , l'amant de Malhilde désirait épargner le sang chrétien , et sauver les sujets de Saladin sans attaquer ceux de Richard.

Cette disposition donnait à sa conduite une sorte de timidité' qui enhardissait la valeur des assie'geans ; chaque jour les assauts devenaient plus terribles. Lusignan , expose' à tous les coups , présent à tous les dangers , pressait , sollicitait ses troupes , appliquait lui-même les échelles , et montait le premier à l'escalade. De concert avec Richard , ils avaient fait miner une partie des murailles du côté de l'orient ; l'intrépide Lusignan s'avance à la tête de tous ses soldats , et , en dépit des traits qui pleuvent sur lui , il met de sa propre main le feu aux étançons : aussitôt le mur s'écroule à grand bruit dans le fossé. Mais les Sarrasins ont prévu cet accident ; ih ont placé derrière cette grande ouverture une épiOrme quantité de bois qu'ils al-

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Jument à Pinstanf. Les chrétiens, montes a la brèche, trouvent une barrière fîcî feu : étonnés , ils s'arrêtent ; cependant , entraînés par Liisignan , ils allaient la franchir et revenir à la charge . U^rsquG Malek Adhel se présente tout à coup devant eux. Son aspect formidable , ses regards élincelans , sa voix terrible les ffliaient bien plus que les flammes qu'on leur opposait; en vain Richard les rallie, en vain Lusignan , resîé seul sur la brèche , les rappelle par son exemple ; la vue de Malek Adhel armé de son glaive, et se préparant à les attaquer, les a frap* pcs d'une insurmontable terreur ; ils se précipitent dans leur camp pour y chercher un refuge , et le roi de Jérusalem , aban« donné de ses soldats, se voit obligé de les suivre et d'aller cacher dans sa tente sa colère et sa honte.

Cependant, loin de perdre courage , il ranime celui de ses troupes ; il les fait rougir de leur frayeur ; il en reçoit la promesse de ne plus reculer. Alors , arec un zèle infatigable, il passe les nuiis à

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faire construire de nouvelles machines , les jours à les essayer; il envoie sur les montagnes voisines chercher des pierres que ne fournit point le terrain de Cësarée , et en fait remplir les fosses; er^fin il n'est point de soins qu'il ne prenne , point de faiigue qui le rebute ; il trouve dans RfChaid un ze'le' compagnon d'armes ; et , unis d'un nouveau nœud par les travaux qu'iU partagent ensemble , c''est d'une même voix qu'après avoir prépare' tous les instrumens meurtriers qui doivent renverser Cësarée, ils demandent à toute l'armée l'assaut général pour le lendemain.

Le lendemain, au bruit des timbales, des trompettes, des cris des soldats et du fracas des machines , on donne l'assaut général. Lusignan , Richard et le duc de Bourgogne réunissent leurs efforts contre une des plus fortes tours; ils en font saper les supports, et du sein de la vaste machine qui les roule tous trois dans ses flancs , et les met à l'abri des traits ennemis , ils lancent des crochets de fer contre

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le mur , et Tébranlent arec de longs béliers; enfin, cédant à leur attaque , \i tour sVcroule et se renverse. Fiers de ce succès , et sûrs de la victoire , les chrétiens courent en cet endroit pour

i se jeter dans la ville ; mais une seconde fois la flamme les arrête : une immense quantité de paille et de foin embrasés sert de rempart aux infidèles, et aveugle les chrétiens. Ceux-ci suspendent leurs couos et ne reculent point ; ils se flattent que , quand ces matières combustibles seront épuisées, ils pourront passer librement; mais à peine la fumée est-elle dissipée , qu'ils découvrent de l'autre côté qu'un

I nouveau mur s'est élevé , un mur de piques , de lances, d'épées , non moins meurtrier que le feu, et bien plus impénétrable. Vdinement ils s'efforcent d'avancer, les musulmans, immobiles, les repoussent sans les attaquer. Richard lui-même, à la vue de ce nouveau rempart , si habilement construit qu'on n'aperçoit que les lances qui le forment , et non les hommes qui le soutiennent , l'intrépide Richard IV. 6*

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sesent emn, et s'arrête étonne'. « Mon frère ^ dit-il à Lusignan , en nous jetant contre ce mur extraordinaire , nous courons à une mort certaine; mais crois-tu que nous puissions le renverser , et buvrir ainsi un passage aux chrétiens qui nous suivent ?— Je n'en sais rien , lui re'pond Lusignan , furieux de ce nouvel obstacle; mais le moment est venu où je méprise les conseils de la prudence , et où je ne veux plus que la victoire ou la mort : recule-toi , mon frère , car , si je succombe , tu pourras venir du moins sur mon corps expirant mettre le feu à Ce'sarëe , et arracher la vie à mon odieux rival. — Qu'un autre que toi m'eût dit de reculer , s'écria Richard avec des regards enflammes , c'eût été sa dernière parole : viens , mon frère , périssons ensemble. — Chrétiens , s'écrie Lusignan 5 que ce mur ne vous intimide point; derrière sont les palmes du martyre et le tombeau de votre Dieu , et je vais vous montrer comment on le renverse. » Il dit, s'élance , les chrétiens le suivent ; mais tout à coup ce mur , d'immobile qu'il était , et

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sans changer d'aspect , s'avance avec une vélocité prorjigieusc. Les chrétiens , à la vue de cette multitude de fers aigus qui les menacent et se meuven^t comme par enchantement , se renversent les uus sur les autres , et tombent pêle-mêle dans les fossés. La déroute est générale. En dépit des efforts d'une valeur incomparable , Lusignan est entraîné par les fuyards ; le duc de Bourgogne , aidé de ses Français , résiste encore , et ne se retire que quand tout espoir est perdu, Richard, de la brèche où il combattait, saute sur l'autre bord du fossé, et là s'arrête immobile; il ne peut se résoudre à- abandonner sa proie; il la dévore du regard; il oublie qu'il est seul j que déjà tous les siens sont rentrés dans le camp ; et , emporté par ce courage qui lui acquit dans cette guerre le surnom de Coeur-de-Lion , armé de son épée , il 7a recommencer le combar. Les musulmans le reconnaissent moins à ses armes qu'àr sa valeur; ils quittent alors leur attitude menaçante , et courent vers lui pour le

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charger de chaînes , en sVcriant : a C'est le roi! c'est le roi ! — C'est le roi ? interrompt une voix bien connue de Richard. Le roi seul , et à pied ! qu'on lui amène un cheval (i). A cet ordre , les Sarrasins obéissent i ils présentent à Richard un coursier superbe , et se retirent dans la ville , où déjà Malek Adhel s'occupe à réparer les murailles ébranlées ; et Richard , honteux de sa défaite , et chargé d'un nouveau bienfait , s'achemine lentement vers le camp sans savoir lui-même si c'est la haine ou la reconnaissance qui domine le plus dans son cœur.

Tout le camp est dans la tristesse; les troupes sont découragées; un noir chagrin dévore Fàme de Lusignan. Debout, au milieu de sa tente , appuyé sur sa longue lance , sa cotte d'armes déchirée et couverte de sang , il médite en silence de vastes projets; et, ne poavant devoir la victoire à soa courage , il cherche par quel ûulre moyen il pourra l'obtenir; il ren-

(i) Trait historique.

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ferme au fond de sa pensée les sombres desseins qui Tagitent , et se garde bien de les dire a Richard. Richard déteste la ruse ; même pour entrer à Jérusalem il ne l'emploierait pas ; et dans son âme , comme dans celle des cnrëliens , il y a une loyauté qui ne leur permettrait pas de vouloir d'un triomphe qu'ils devraient à une perfidie.

En voyant Richard arriver dans sa tente , Lusignan lui prend la main , et lui dit ; «Mon frère, il serait inutile de tenter un nouvel assaut; si une victoire ne vient ranimer nos troupes, nous pourrons mourir sans combat devant les murs de Ce'sarëe : crois-moi, Richard, portons nos forces ailleurs; voyons si Saladin ne sera pas plus facile à vaincre que Malek Adhel ; tandis que celui-ci nous croira occupés à réparernos désastres , cette nuit même, à la tête de nos meilleures troupes , avancetoi vers Ascalon; si tu as besoin de mon bras, j^irai te joindre; sinon , je resterai ici dans Tespérance que IVJalek Adhel, fatigué de son inaction et de la nôtre,

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fera enfin quelque sortie où je pourrai le trouver , le comballre, et le vaincre peutêtre, i? En achevant ces mots, dans les yeux (le Lusignan roulait un feu ardent et sombre , tel que la vengeance en allume dans les âmes haineuses. Richard approuve son projet ; il le communique aux principaux chefs ; tous y applaudissent. Alors le roi d'Angleterre partage Tarme'e : une moitié le suit] il laisse l'autre sous lé commandedément de Lusignan , et veut que , pendant son absence , tous les princes soumis à ses ordres , le soient à ceux de son ami} personne ne conteste à Lusignan la glorieuse marque d'honneur qu'il reçoit ; et le courage intrépide qu'il a montré dans les deux derniers assauts le fuit accepter avec joie pour chef suprême de tout le camp»

Malgré les précautions de Richard , rien n'échappe à l'oeil perçant de Malek Adhel; il sait qu'une partie de l'armée s'éloigne du camp et s'enfonce dans les forêts qui entourent Césarée ; mais il ignore quel chef la conduit et quelle route elle prend :

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divers bruits lui font croire qu'elle retourne vers Ptolëmais ; ce mystère l'etonne^ peutêtre il pourrait l'éclaircir en faisant une sortie, et, par des détours qui luLsont bien connus , surprendre l'armëe et remporter une facile victoire ; mais la victoire Tappelle moins que le combat ne le re'volte. Le sang des cbre'liens lui fait borreur , ce sont les frères de Malbilde , et une sorte de voix propbètique crie au fond de son coeur que le moment n'est pas loin où ce seront aussi les siens.

Les cioise's renfermes dans leur camp, ont cesse leurs attaques , et Malek Adbei poursuit en paix ses travaux. Il rëédifie la tour écroulée; il répare les brèches et redonne une solidité nouvelle aux murailles chancelantes. Pendant qu'il s'e'tonne du peu d'obstacles que les ennemis opposent à la défense qu'il prépare , les musulmans descendus dans les fosses de la ville pour soutenir les fondemens des murs, ont surpris un soldat qui semblait les observer avec allenlion ; ils s'en saisissent et l'amèneiit devant Maltk Adheî. A la vue de

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ce prince, il se trouble , il pâlit, et caclie dans ses mains des pleurs qu'il s'efïbrce en vain de retenir. Malek Adhel étonné lui dit : «Si c'est la frayeur qui l'agite ainsi , et que tu redoutes le châtiment qui t'es du pour t'êlre approche' de nos murailles , afin d'espionner nos travaux, connais-tu si peu ton juge que tu ne puisses espérer en sa clémence?— Ah ! c'est parce que je le connais ce juge magnanime, lépondit le soldat d'une voix entrecoupée et en frappant sa poitrine, que je ne puis me pardonner ma perfidie. — Ta perfidie quelle est- elle? Explique-toi; un aveu sincère peut tout réparer. — Hélas ! repartit le guerrier avec une expression de douleur plus vive encore, il en est que rien ne répare, et peut-être au moment où je parle, tout est-il perdu pour vous. — Que veux-tu dire, s'écria vivement le prince ? qu'ai-je perdu , et qu'est-ce que ta perfidie m'a ravi ? — Je ne puis le dire qu'a vous , répondit le soldat tremblant et confus. » Malek Adhel fit un signe, tous les témoins s'éloignèrent; les voilà seuls , l'étranger tombe aux ge-«

noux (îii prince : « Ah ! lui dit-il, je suis indigne de vivre , je vous ai trahi , j'ùi trahi la princesse Mathilde; à cette heure-ci elle vous accuse sans doute (je n'avoir pas prévenu son malheur... — Chreiien , interrompt le prince, que dis-tu de MalhîlJe et de son malheur ? Parle , précipite tes paroles; ton silence me fait mourir. — Seigneur, détournez de moi votre colère , ne voyez (pie mon repentir.... — Ne me parle ni de ton repentir ni de ma colère , s'écria impétueusement le piince; ne me parle que de Malhilde; que la frayeur ne t'arrête plus : quoique tu aies fait , ta grâce t'est assurée.—Noble prince , reprit le soldat avec un peu plus de hardiesse , prêtez donc l'oreille au récit que j'ai à vous faire , et plaise au ciel que ce ne soit pas trop tard. j'ignore si volie pénétration , à qui rien n'échappe , a eu connaissance de l'absence de Jlichard , et des intentions de Lusi-

gnan. »

Malek Adhel , dont le cœur commençait a concevoir d'hornbles soupçons , s'écria : {i J'ai aperçu un partie de l'armée se delà-

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cher du camp, mais je n'en sais pas le motif, hâle-toi de me Pexpliquer. » L'étranger reprit : « La nuit même qui suivit le Jour où vous repoussâtes les chrétiens avec tant d'habileté', Richard, à la têle de ses meilleures troupes, s'avança du côté d'Ascalon dans l'espoir de surprendre Saladin et de venger sur lui notre défaite; il s'éloigna , laissant Lusignan maître du camp et chef de tous les souverains ; mais à peine ce dernier se vit-il libre de disposer de l'autorité que l'absence de Richard lui laissait , qu'il dit au conseil réuni , qu'avant de marcher à Ascalon , l'intention du roi d'Angleterre était de se rendre au Carmcl. C'est là qu'il m'attend , ajouta Lusignan , pour me donner une épouse que j'aime , pour ranimer par cette auguste union le courage de nos troupes désolées , et nous venger ensuite de Malek Adhel, Il dit, chacu» le croit; suivi de peu de soldats , il quitte le camp, prend la route du Carmel : nul ne s'oppose à son départ. Attaché depuis longtemps au service du roi d'Angleterre , je

Teux m'assurer s'il est en effet auprès de sa sœur, et je suis Lusignan... Seigneur , que vous dirai-je ? tous les discours du roi de Je'rusaleai n'étaient qu'un tissu d'horribles faussetés, et sa conduite n'e'tait que 'perfidie; c'était à dessein qu'il avait éloigne' Richard; et, en s'appuyant de son autorité aupiès des chrétiens, il les avait trompés. J'ai vu Seigneur , j'ai vu ce roi sacrilège violer la sainte retraite , abattre les grilles sacrées ; j'ai vu la princesse d'Angleterre , pâle , tremblante, amenée en esclave devant lui; mais, sans pitié pour elle, sans remords sur sa trahison , il a Lit décorer l'église ; les flambeaux d'hymen se sont allumés ; il a juré (p'un jour de plus ne se passerait pas avant que la princesse fut à lui. Cependant, au mih'eu des guerriers qui accompagnent Lusignan , une des femmes de la princesse , la fidèle Herminie , me reconnaît ; elle accourt vers moi , me remet un papier , et me dit : Si demain ce billet est entre les mains du prince Adhel j il n y a point de plaça

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si brillanfe où il ne l'élève. Elle ache-* vait à peine , qu'ayant aperçu Lusignan qui entrait à l'autre bout du grand corridor où elle me parlait , la frayeur la saisit , et elle s'enfuit précipitamment. Mais Lusignan a tout vu; il s'approche, et me dit : Donne-moi le papier que tu caches dans ton sein , et celle bourse est à toi. Seigneur , vous Tavouerai-je ? continua le soldat en redoublant de sanglots , je cédai à une vile tentation; les promesses de la princesse pouvaient être chimériques , l'or de Lusignan était devant mes yeux; il m'éblouit , je cétiai ; je donnai le papier; mais depuis ce moment, déchiré de remords , il me fut impossible de demeurer témoin du sacrifice qui allait se consommer , je partis la nuit même en secret ; le repentir m'entraîna vers Cesarée ; j'espérais être pris , être traîné devant vous, ne pouvant vous remettie le billet de la princesse , vous dire du moins son malheur.... — Et , dis-moi, dis, interrompit le prince d'une voix tremblante de la plus violente étnolion, quel est le

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jour désigne par Lusignan pour consommer son horrible forfait ? — Seigneur, reprit le solfiai , cVst aujourd'hui qu'était le jour désigne' par Lusignan ; mais il se pourrait que l'ëlat et les prières de la princesse eussent obtenu un délai jusqu'à demain... ^- Je serai demain auprès d'elle , s'e'cria impe'tueuseraent le prince; j'y serais aujourd'hui, s'il n'était pas indispensable au succès de mes desseins de ne sortir de Cesare'e qu'à la nuit, afin de n'être pas aperçu des chrétiens. » A peine l'obscurité commence-t-elle à se re'pandre sur l'univers , que Malek Adhel fait appeler Mohamed et Kaled , ses deux plus fidèles serviteurs ; li dit au premier : «Ecoute, Mohamed , des inte'rêts pressans m'appellent hors de Ce'sarèe ; pendant deux jours que durera mon absence , commande à ma place ; sois sans inquiétude , tu ne seras pas attaqué , j'en suis certain ; Richard et Lusignan ont quitté le camp des chrétiens , et sans eux les chrétiens n'oseront pas combattre. Toi , Kaled , assemble trente de mes plus braves soldats , et suis-moi

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dans la périlleuse entreprise où je vais m'engager. Kaîed , si nous trouvons Pennewi , de quelque nombre qu'il soit accompagné , nous ne reculerons pas ; hâfonsnous , ami , un moment peut tout perdre» Mohamed et Kaled , persuades que le soldat e'tranger a de'voile' au prince une marche secrète des chre'liens , se réjouissent de le voir enfin décidé à les combattre ; tous deux jusqu'ici savaient bien que le seul amour avait enchaîné la valeur du héros; ils se flattent enfin qu'il a vaincu Tamour ; du moment qu'il consent à marcher à rennemi , ils sont sûrs que la victoire ne quittera plus leurs drapeaux, et 5 remplis de cette espérance , tous deux exécutent avec allégresse les ordres qu'ils viennent de recevoir.

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