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craindra davantage sans doute; mais il sera force de vous admirer. Lusignan, je le sais, c'est de l'héroïsme que je vous demande ; mais vous n'ignorez pas combien l'âme de Mathilde y est sensible , et vous ne voudrez pas lui apprendre qu'en vous en croyant capable , elle a trop attendu de vous. » Celle beauté' gémissante s'arrête alors ; mais elle regarde Lusignan , et prie encore avec ses pleurs quand elle a cessé de parler. L'altier monarque est ému ; son visage hautain s'attendrit ; cette voix l'étonné , le pénètre; il regarde Mathilde... Ah! s'il avait pu puiser dans ses yeu-a le moindre espoir d'être aimé, il allait être généreux ; si elle lui tut adressé un mot plus tendre, il allait faire ouvrir la prison de Malek Adhel : mais 1^ vierge ne Suit pomt feindre; elle promet à Lusignan son admiration , sa reconnaissance; elle ne peut lui promettre son amour. Alors il change de projet ; il demande pardon à Maihilde; il rejette sur sa passion la témérité des menaces où il s'est laissé emporter; il promet tout ce qu'elle désire; il promet tout, et elle
MATHILDE. i^j
n'e>t point rassurée : il y a dans le ton de Lusignan quelque chose qui Tinquièle , et la glace qu'il accorde Talarme davantage que les emportemens de sa colère. Glacée j)ar une crainte dont elle n'osait dire le uiolif , elle gardait le silence, lorsqu'ils furent interrompus par un des capitaines de Lusignan. <? Sire , lui dit-il, a la nouvelle de Pemprisonnement de Malek Adhel , tous les princes croisés ont quitte' leurs tentes; ils sont accourus dans ce palais; ils demandent a vous voir ; ils veulent apprendre de vous quel sort vous destinez à cet illustre captif : que votre majesté se LâlCj car l'agitation est grande parmi eux. »
A ces mots, Lusiguan tressaillit; il prit son casque, sa lance , et se prépara à sortir. <^ Seigneur, lui dit la princesse en tendant vers lui ses mains suppliantes , souvenez-vous de vos promesses. » Avec un sourire amer , il lui répondit : « Sovez tranquille , madame ; i> et il la fit trembler en lui parlant ainsi.
Quand elle fut seule , elle tomba à genoux. Que pouvait-elle Liie.Mout son le-
iBo MATHILDE.
cours était là : les hommes PabandonnaieTit, la trompaient sans doute; mais celui qui n'abandonne point , qui ne trompe point, dont la puissance passe tous les hommes, Pecoutail encore ; et , en pleurant dans son sein , Tinfortunëe ne murmurait pas, car, en conservant son innocence, elle avait conserve les biens qui en sont inséparables : la confiance et la re'signalionv
MATHILDE. ïSr
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