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CONCLUSION

Une année s'ecoula , et durant ce temps jamais un murmure ne sortit des lèvres de la vierge, ni ne commença seulement dans son coeur : prosternée devant les saints autels , elle bénissait Dieu de n'avoir pas fait sa destinée comme son imprudence Pavait si long-temps désiré. « Hélas ! disait-elle , quel eût été mon sort , si , unie à ]\ïalek Adhel, je l'avais vu , entraîné par son frère, chanceler dans la foi? toujours combattu entre une nouvelle religion et une ancienne amitié; mauvais chrétien ou mauvais frère , et ne pouvant exercer une vertu sans qu'une autre vertu en gémît ; que de tentations nous eussent assaillis ! combien de fois aurions-nous suc^ combé ! A présent peut-être , victimes du péché, nous expierions par d'éternelles larmes nos plaisirs d'un jour; au lieu que c'est par des biens éternels que nos fugitives douleurs nous seront pajées ; en cet

instant sous les sacres parvis , mon ëpoux jouit des ineffables délices ; il me regarde, me sourit, m'attend, me désire... O moa Dieu 1 on a donc encore un désir auprès de %'ous! »

Mais ce cri , où l'amour se mêlait encore, se tempéra avec le temps , et la pensée de Malek Adhel s'entoura de tant de religion et de pureté qu'elle se confondit bientôt dans son âme avec celle de Dieu lui-même. Le tombeau de son époux , qu'elle visitait chaque jour , ne lui ofïrait que des sujets de bénédictions; elle y priait, elle d'v pleurait plus, et elle reconnaissait enfin que nos peines sont bien plus que nos joies les enfans de la miséricorde de Dieu, puisque nos joies nous ramènent à nous , et que nos peines nous ramènent à lui.

Un jour cependant , du haut d'une des tours du monastère , elle aperçut dans la vaste mer un vaisseau qui partait pour l'Europe et cinglait vers l'Occident ; elle reconnut le léopard d'Angleterre , les armes de sa patrie , et le pavillon royal

avec ses flammes et ses longues banderolles rouges. Richard, Berengère, tous ses parens , ses amis, s'ëJoignaient pour toujours; ils voguaient vers un autre hémisphère ; elle restait seule dans l'Orient, sans famille, sans liens.... A cette pense'e elle regarde encore le vaisseau ; les couleurs en éi aient efface'es , et la voile ne paraissait plus que comme un point blanchâtre dans l'horizon : bientôt elle disparut tout-â-fait. Alors le coeur de la vierse s^oppressa , et il s'en échappa un regret ; mais ses jeux s'élevèrent vers le ciel , retombèrent sur les cendres de son époux, et ce regret tut le dernier.

rm DU QUATRIÈME ET DERNIER VOLUME.

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