SCENE I
M. DARBERT, MAD. DARBERT.
Au lever du rideau, madame Darbert est debout et achève sa toilette devant une psyché. Darbert entre par la gauche, en parcourant des lettres.
DARBERT. Encore un qui ne viendra pas.
MAD. DARBERT. Qui donc?
D.\RDERT. Un de mes confrères; l'agent de changedes grands seigneurs... il va sans doute à quelque bal du faubourg St. -Germain.
MAD. DARBERT. Peut-être au bal de la cour, je vous l'ai bien dit... c'est un mauvais jour que celui-l.'i ; lorsqu'on donne un
bal, il faut faire en sorte de ne se rencontrer ni avec le roi, ni avec le président de la chambre; ils enlèvent tout Paris, et quand on demeure comme nous rue Montaigne...
aux Champs-Elysées. 1
DARCERT , continuant de parcourir les lettres. Oh! soyez sans inquiétude! vous aurezdes danseurs... M. Théobald de Pont- Cassé, M. Lucien.
MAD. DARBERT, vivement. Ah! il viendra!
DARBERT. Lucien!
MAD. DARBERT , se reprenant. Ah ! je croyais que vous parliez de M. Théobald.
DARBERT. Oh! M. Théobald, c'est différent; il est l'ame de nos fêtes; c'est
Nota. Les personnages sont placés en tête de chaque scène comme ils doivent l'être au théâtre l<' premier inscrit tient la gauche du spectateur.
»• ANHKË. TOM. II.
LE MAGASIN THEATRAL
l'homme ù bonnes fortunes de la finance; il fait la cour à toutes nos dames ; ce n'est pas comme M Lucien dont voici la carte.
MAD. DABBERT , (l'un air cCiiuliffcrmce.
Vous l'avez invité?
DARBERT. Mais oui, je l'aime assez ce pauvre jeune homme; iln'estpas heureux, et je ne me rappelle pas sans émotion que notre vieil avocat, M. Durville, quelques jours avant sa mort, le recommandait à mon amitié-
MAD. DARBERT, avec èmoUon. Ah! M.
Durville... c'était son protecteur.
DARBERT. J'ai cru long-temps que c'était son père.
MAb. DARBERT, rn-fmfnf. Oh! non! [Se l'éprenant.) Au reste, je ne connais pas la famille de ce jcmie homme.
DARBERT. Je crois bien, il n'en a pas... mais c'est un danseur... et il faut y tenir; à présont surtout, que les jeunes gens ne dansent guères. Je ne me rappelle jamais sans rire, qu'à mon dernierbal, apercevant un petit bonhomme de dix-huit ans à peu près, qui bâillait en se rengorgeant dans sa cravalte, jem'appmchaide lui, et lui montr-»nt une rangée de lemmes charmantes.
« Allons, monsieur, lui dis-je, la contredanse vous appelle; moi , me répondit-il gravement, je ne danse plus. »
MAD. DARBERT, riant. Ah! ah! ah!
Air : Un homme pour faire un talkau.
Pour la maîlresse de maiscm, Croyez-vous que ce soit commode ?
Aussi, vive un projet bouffon, Qu'on parle de mettre à la mode.
Grâce à d'heureux spéculateurs.
Dans nos bals, pour un prix modique, On nous fournira les danseurs, Comme on nous fournit la musique.
DARBERT. \ la bonne heure.
MAD. DARBERT. .Maintenant, mon ami, Toyons, comment me trouvez-vous?
DARBERT, lui baisant la main. Chamian- Ic!... votre toilette est d'un goût et d'une simplicité...
MAD. DARBERT. Aussi, je n'ai pas été long-temps à la faire.
DARBERT, regardant à sa montre. Oh!...
non... deux heures et demie, ce n'est pas trop,
MAD. DARBERT. Ali ! mon Dieu! près de neulheures, mais on doit arriver.
Un domestique remet une lettre à Darbcrt et sort.
DARBERT. ouvrant la lettre. Pas encore.
Voici iMi singulier billet. (Z.tM;i/.) «Je suis » un peu souillante; je ne pourrai pas aller
«partager vos plaisirs... je crains que mon »mari ne veuille rester auprès de moi, «ainsi ne comptez pas sur nous. Votre af- «fectionnée...
Mathilde de Savenat.»
MAD. DARBERT. Madame de Savenay ne viendrait pas, quel singulier caprice!
DARBERT. Un caprice, non, ce n'est pas cela.
MAD. DARBERT. Et quoi donc?
DARBERT. In mol affreux qui lui ronge le cœur ; il faut la plaindre et en avoir pi • tié ; mais soyez tranquille, si son mari vient, nous la verrons.
THÉOBALB, en dehors, riant. Ah! ah! ah! venez, venez...
MAD. DARBERT. Eh! mais, on arrive dansée salon. [Un domestique annonçant.) M. Théobald de Pont-Cassé... M. Lucien.
eeeeseQssesooGOOCcooooe
SCE>fE II.
Les Mêmes, ÏIIÉOBALD, LUCIEN.*
THÉOBALD , costume de bal, vioustache.
Ah! ah! c'est délicieux... Délie dame!., je mets tous mes hommages à vos pieds ! [Reviontant la seine à la cantonnnde.) Lntrez donc, mon cher !
Lucien entre.
LUCIEN, jlonsieur est parfaitement tombé.
THÉOBALD. A la renverse... {Lucien et madame Darbcrt continuent à rire, Darbert rit plus fort ; Théobald les regarde tous , sérieusement et f//<.) Alais je vous remercie île l'intérêt que vous,'prenez à ce qui m'arrive.
MAD. DARBERT. Pardon ! puisque vous ne vous êtes pas fait de mal !
DARBERT. Comment diable cela vous est-il arrivé?
LUCIEN. Monsieur faisait un entrechat...
Ils se remettent tous à rire.
TIIÉOBALD, se laissant aller aussi. Ah!
ah! ah! ah! au fait, c'est drôle? figurezvous : J'enire dans le salon, il n'y avait encore personne, et en arrangeant ma cravatte devant une glace , je m'élance avec celte légèreté qui m'est particulière, et je bats un sixl parfait! mais au lieu de retomber sur mes pieds je me trouve...
comme je vous disais tout à rheure.
LUCIEN. Et je suis entré fort à propos pour lui ollVir la main.
MAD. DARBERT. Vqus n'avcz pas pris quelque diose?
* Darbert, Théobald, Lucien, madame Darbcrt.
4JiA'i3ii"i'^>'^'
Errata .
ACTi: r. -- sci:neiï
Les Mêmes, THEOBALD. LUCIEN.
THÉOBALD, coutume de bal, moustaclw.
Ah ! ah ! entrez donc , mon cher. ^^^.^^ ^^^,^
DABBERT . Ii'i irndani lo vtain.
Boniour. M. Lucien.
UCIEX , saluant madame Darberi.
Madame... ,,,d. „,r.BEr.T.
vous êtes exact... c'est bien, (^par^) il ost charmant.
DARBERT.
Eh! mais, mon cher M. Ihcobam, i
^^''^^'- THÉOBALD
^ .< liirien\ NV.'t-(0 pa<?.. «'■••« Rien.... presque rien... {A Lucien-)
0 ciel! M. Lucien est tombé !(.. ..p.-n^) H ^'-- ^'-peut-être? ^^.^^^^
Du tout, madame...
THÉOB.ALD.
Mais non... mais non, c'estmoiî
MAD.DARBERT.
Vous! {Riant.) Ah! ah! ah!
D.ARBERT.
Votre tête n'a pas porté?
THÉOBALD
Eh! non, au contraire...