‹ Mathilde, ou, La jalousieChapitre 36 sur 46 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

DARBEUT, THÉOBALD.

THÉOBALD, en dehors. Merci, mon clier, merci ; cela suffît, c'est très bien... (Entrant) Scélérat de cabriolet, va! Mais je ne partirai pas sans remercier, de'sa généreuse hospitalité, cet honnête M. Darbert...

DARBERT, revenant d lui. On m'a nommé? .

THÉOBALD, l'aperceront. Ah! c'est lui...

ma foi! mon cher monsieur, nous pouvez vous flatter d'avoir pour \alet de-chambre, un drijle qui joue de la brosse d'une manière c.Klrêmcment distinguée .. voyez, il n'y parait plus, il m'a remis à neuf des pieds à la tête, car j'étais dans un étal! éclaboussé surtoutes lescoutiires.. [Hiant.) Ah, ah, ah! infâme cabriolet, va! j'étais horrible, et quand j"ai voulu me jeter dans le café voisin, la limonadière a poussé un

LE MAGASIN THÉATBAL.

cri. . . (Faisant la petite voix.) Ah! mon Dieu! ah! fi! ah! l'horreur... [Changeant de ton.) Et elle m'a jeté la porte au nez, c'e^t t'i la lettre... Stupide cabriolet, je ne regrette qu'une cho?e, c'est de ne pas savoir son numéro.

D\RCERT, if un air (riridi/firence. Il fallait le prendre.

TIIÉOBALD. Eh! parbleu! c'était bien mon intention, mais impossible, je n'y Toyais plus, j'avais les yeux obstrués, et ce qui m'a molesté le pins profondément. .. c'est que le propriétaire de cet exécrable cabriolet riait aux éclats... {Riant d'indignation ) Ah, ah, ah! iindécent cocher!

mais je me veogerai, d^ûle!.. oui, dès demain... et nous Terrons, je rirai, ah, ah, ah!

DARBEPiT, le retenant. Je suis bien aise, monsieur, d'avoir pu vous être utile , j'espère que vous serez moins malheureux...

I [tHÉOBALD. Ma for, je n'en sais rien, je suis en veine; chez vous, cette nuit, et ce matin, chez M. de Savenay.

DARBERT, le ramenant. M. de Savenay.

ce malin... que parlez-vous de M. de Savenay ? vous l'avez vu ?

THÉOBALD. Parbleu! et sa femme aussi, voilà encore un ménage... ah! Dieux! si j'y remets jamais les pieds. . .

DARBERT. Oui, une querelle, n'est-ce pas? une scène de jalousie?

THÉOBALD. OÙ je me suis trouvé englobé d'une manière atroce, le mari d'un côté, la femme de l'autre , l'un qui me lait taire, l'autre qui me fait parler, M. Alfred qui a un rendez-vous...

DARBERT, vitcmcnt. Chez lui!

THÉOBALD. .\u contrare... c'est à dire, il n'en avait pas du tout; c'est égal, elle veut que je l'empêche d'y aller... lui, exige que j'accompagne sa femme, laquelle veut arriver la première, tandis que, de son côté, le mari. . est-ce que je sais? est-ce que j'y comprends quelque chose.

DARBERT. Mais enfin, madame de Savenay vous a dit...

THÉOBALD. Ah! oui, elle m'a dit...voi là le comique... Quand nous sommes arrivés, et qu'elle n'a trouvé personne, chez la vieille, une pauvre femme, rue de Choiseul ; cent-vingt marches... avec une corde en f(nmc de rampe... moi, j'étais tout cssoudlé... elle... Ah! bien oui... elle était rouge, pourpre, cran\oisie scsyeux étaient en feu... sortez, m'a -t -elle dit, à moi, à moi! vous vous entendez avec mon mari, monsieur, vous me tronqioz, monsieur...

moi! je vous dcuiundu un peu, dans ma po-

sition... comme si, lorsqu'on fait la cour à une femme...

DARBERT. Yous dites?

THÉOBALD. Plaît- il? {A part.) Oh!

qu'est-ce que j'ai dit-là...

DARBERT. Achevez donc... vous êtes revenu chez Al. de Savenay...

THÉOBALD. Uu tout... au contraire...

c'est alors que j'ai rencontré ma robe pensée garnie de fourrure...

DARBERT. Hein?

THÉOBALD. Je dis : garnie de fourrure... c'est lu cause de mt;S malheurs... Oui, une belle dame, qui, en passant près de moi, au coin de la rue de la Paix, m'a regardé et a poussé un cri... un petit cri... Ah!

DARBERT, rcfcchissant. C'est singulier.

THÉOBALD Oui... mais ce n'est pas désagréable.

DARBEPiT. Une robe pensée...

THÉOBALD. Garnie de fourrure.

DARBERT. Et cette femme, vous l'avez vue?

THÉOBALD. Certainement... j'ai vu son pied, sa taille, sa tournure imposante... mais pour la figure... voire serviteur. ..elle fuyait rapidement en retournant vers moi sa tête couverte d'un grand voile blanc.

DARBERT, ièrs agile. Un voile blanc...

après ?

THÉOBALD. Moi, piqué au vif par les Savenay, et pressé de prendre une revanche... d'ailieur-, naturellement aventureux, je m'élance sur les pas de la belle!.. Mais je m'amuse là à vous conter des vétilles...

DARBERT, le retenant. Du tOutJcf^x»t!P nuez... une robe pensée!.. /'

THÉOBALD. Garnie de fourrure... j'allais l'atteindre et la connaître, quand, tout ù coup, elle se jetle dans une citadine qui l'attendait... en me faisant un geste de...

DARRERT. D'efl'roi.

THÉOBALD. Ou d'amitié... comme ça...

(Faisant un geste de la 7)iain.) ce qui semblait dire : « Amour, discrétion, et une » foule de choses pareilles ! » r*as d'autre voiture... Ijeureusement j'ai du jarret... je la suis de loin... mais, jugez de ma contrariété quand je la vois se diriger >ers ce faubourg... j'ai cru un moment qu'elle al^ lait sortir de Paris... qui sait! gagner la province... ça pouvait me mener loin.

DARBERT. Enfin..; elle s'est arrêtée?..

THÉOBALD. Un peu plus bas qiiç votre rue. . et quand j'y suis arrivé... bon*ftir!.. mon inconnue avait disparu!., et je cherchais sa trace, le nez en l'air, et les mains dans les poches... (piand ce cabriolet, cet imbécile de cabriulut, m'a jeté un tombe-

SIATHILDE.

reau ù la tête... sur le corps et partout... j'étais fait...

DAR13EI\T, d part. Oh! mon cœur se brise ..

THÉOBALD. C'est alors qiic vous m'avez ramasse-, cl que vos (lomcslicjnos...

DAKDEUT. l'A celle rcninic <iuc vous avez vue... bien vue... si vous la retrouxicz...

THÉODALD. Je la reconnailrais tout de suite... il nie semble la voir eiu oie... avec sa robe pensée, garnie de Iburruic... son grand voile blanc... et...

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