‹ Mathilde, ou, Les anglais en Italie (volume 3)Chapitre 98 sur 101 · CHAPITRE X. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. l

l'interrompant , ne vous laissez pas aller ainsi à ces tristes présages de mort; vous n'avez aucun sujet d'alarmes ; vous re verrez Ormsby , vous le reverrez bientôt ! »

« Il est ici....! il vit.... ! je ne l'ai pas perdu....! je lis tout cela dans vos yeux. 0 mon Dieu ! laissez moi vivre pour le revoir, s'écria Mathilde, qui., épuisée par cet effort, tomba sans connaissance sur son oreiller. »

Elle était dans les bras d'Ormsby , lorsqu'elle reprit l'usage de ses sens.

Ce fut de sa main tremblante qu'elle reçut les cordiaux que sa faiblesse lui rendait nécessaires. La faulx inflexible de la mort parut même un instant suspendue par l'énergie nouvelle que lui rendit l'excès de sa joie et de son

l84 MATHlLBË.

amour : pendant Un instant, ils ne sentirent tous deux que le bonheur enivrant de se trouver réunis.

«Mon enfant!... notre enfant!...

Ormsby, l'avez-vous vnîduMathildcj tandis que hiistriss Sydney plaçait la petite fille à côté de sa mère. »

« Cher enfant, dit Ormsby en l'embrassant, ôli ! ma bien aimée Mathilde, quel irésor il sera pour nous î Combien noire bonheur s'au<mienléra à mesure que nous le verrous croître sous nos y eux! y*

« Notre bonheur! . ., Oh! Ormsbyî. .

donnez moi de l'air ! je suis très-faible. Mais, iie me quittez pas. >*

ce Te quitter ! Oh! pourquoi irai je quittée un seul moment l Comment âi-je pu me décider à m/arracher un

CHAfÎTRÉ X. l85

instant des bras de moîi unique bien! »

t<Ne parle pas ainsi... ne murmure pas, mon ami. J'ai la confiance que ce mal sera pour moi la source du bien. Oui, Ormsby , je sens que je suis maintenant mieux préparée à mourir: si j'avais toujours été près de loi, plusieurs réilextons tristes, mais salutaires, auraient élé perdues pour moi. Pense à notre chère Emilie... le bonheur dont elle est si digne ne sera pas trop acheté par ma mort.»

« N'y a-t-il donc pas de médecin ici? dit Ormsby. Calme toi, je t'en conjure j tu ne pourrais pas résister à tant d'émotions... c. elles sont trop fortes pour toi.... »

Ormsby ue se trompait pas. Malliiîde était entièrement épuisée: cependant on ne pouvait en attribuer la cause à ces émotions délicieuses, dont elle avait joui trop lard. Si quelque chose, au contraire, avait pu prolonger sa fragile existence , c'eût été le bonheur qu'elle ressentait maintenant.

Mais son âme errait déjà sur le bord de l'éternité^ et , dans peu d'heures, elle devait prendre son vol vers le ciel .

a L'amour ne peut-il donc pas donner de bonheur parfait dans ce monde? dit mistriss Sydney en soupirant.

Faut-il donc que ces êtres chéris se séparent au moment même où ils auraient pu vivre dans l'innocence , et se repentir ensemble de leurs fautes passées? 0 mon Dieu! que ta volonié

CiîAriTRE x. îbj

soit faite! mais pourquoi permets-tu qu'une personne triste et isolée , comme je le suis, scit destinée à rester derrière eux et à leur survivre? »

Il y eut quelques iostans dans le reste de la soirée, pendant lesquels les yeux de Mathilde parurent si Lrillans, sa voix sidouceel si sonore, qu'Ormsby etmislriss Sydney ne purent s'empêcher de concevoir L'espcraucequ'elle pourrait encore leur être rendue 5 mais le médecin pensa qu'il était de son devoir de leur ôter un espoir si peu foudé; il se crut obligé de les avertir qu'elle pourrait à peine passer la nuit , et qu'il craignait beaucoup que son enfant ne pût pas lui survivre.

Mathilde entendit en partie ce

Page 1