M AT H UR IN R KG NIER
empoisonner les âmes de ses discours perfides et immoraux,
A pas lents et posés, La parole modeste et les yeux composés.
De pareilles peintures, vivantes et colorées, font oublier certaines scènes que l'auteur étale sous nos yeux avec une complaisance trop grande qu'expliquent peut-être sans la justifier la liberté des mœurs de l'époque et le tempérament trop libre de l'auteur. Aussi ne peut-on que souscrire à ce jugement porté par Sainte-Beuve sur Régnier, poète satirique :
Une bouche de satyre aimant encore mieux rire que mordre; de la rondeur, du bon sens, une malice exquise, par instants une amère éloquence, des récits enfumés de cuisine, de taverne et de mauvais lieu ; aux mains, en guise de lyre, quelque instrument bouffon, mais non criard; en un mot, du laid et du grotesque à foison; c'est ainsi qu'on peut se figurer, en gros, Mathurin Régnier. Placé à l'entrée de nos deux principaux siècles littéraires, il leur tourne le dos et regarde le XVIe, il y tend la main aux aïeux gaulois, à Montaigne, à Ronsard, à Rabelais.