‹ Mathurin RégnierChapitre 9 sur 9 · UNI · texte numérisé non relu

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transformer ses emprunts, de les faire entrer dans la trame de ses pensées, de les convertir pour ainsi dire en sa propre substance.

Mais, nous l'avons vu, sa syntaxe est souvent obscure et confuse ; ses périodes sont mal construites et se développent avec peine : en cela il laisse voir son manque de travail, son mépris de la correction dès l'instant qu'il en doit coûter quelque chose à sa paresse et à son insouciance. Seulement Régnier a du génie, ce qui n'est pas donne à tous les grands écrivains, et c'est là ce qui lui assure l'immortalité littéraire. Par là, en effet, il trouve de verve et d'instinct ces mots bien frappés, qui surprennent et font image ; il éclaire toute une phrase d'une seuleexpression piquante ou vigoureuse ; il ajoute qu'il appelait lui-même « la moisson de Ronsard » quelques gerbes sans lesquelles la récolte poétique du XVIe siècle n'eût point été complète.

Ace trésor de poésie, chacun avait apporté sa part : Marot l'esprit, Ronsard la force, du Bellav la incolie , d'Aubigné la chaleur. Régnier apporta une qualité nouvelle sans laquelle il n'est pas d'inspiration heur; a la liberté, c'est la naturelle qui va droit au cœur et l'enchante.

Le Beauceron qui sommeillait dans l'esprit de Mathurin Régnier n'a donc jamais perdu ses droits, â travers toutes les aventures de sa vie. Par sa franchise et vi brusquerie d'allures, pai ^on mépris des préjugés et mondaine- il sent une

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.té vigoureuse des sillons de Beauce, après les labours d'automne. C'est une âme saine et bien trempée, dont le contact ne saurait être que salutaire, dans une époque comme la nôtre, où les caractères s'abaissent et s'amollissent. Aussi serait-ce que justice d'élever à ce joyeus Rabelais une statue dans sa ville natale, car il est bien un des nôtres et nous pouvons Le revendiquer fièrement. Cette image de bronze ou de marbre serait comme un défi jeté à toutes les hypocrisies, à toutes les sottises, à toutes les platitudes que le bon Régnier a flagellées : elle attesterait que parmi nous du moins survit le culte de ces fortes vertus qu'on nomme indépendance d'esprit et simplic vertus feraient école peut-être, et l'on pourrait dire que dans la terre de Beauce a germé une fois de plus la moisson réparatrice

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