XVII INTRODUCTION
de Malherbe, il prenait en somme du Bellay pour maître ; encore moins ce bon Nicolas s'est-il douté qu'à travers Regnier il a plus d’une fois imité « l'oreueilleux poète trébuché de si haut ». Peut-être après avoir lu notre étude, acceptera-t-on cette conclusion : Regnier est l’un des plus importants de nos poètes de transition; il est, en effet, avec Malherbe le principal anneau qui rattache l’école classique de Ronsard à l’école classique de Boileau; il est le principal anneau qui, par l'intermédiaire de Rabelais, de l’Arétin, des nouvellistes et poètes italiens, mais seulement par cet intermédiaire, et non pas directement, rattache notre comédie classique à notre satire du moyen âge; il est le principal anneau qui, soit directement, soit par ses disciples en style, les Théophile, les Faret, les Saint- Amant, ces véritables ancêtres du romantisme, rattache les Victor Hugo, les Alfred de Musset et Les Théophile Gautier à Rabelais et aux poètes de la renaissance italienne. Parmi les précurseurs, en est-il beaucoup qui puissent se vanter d’avoir une descendance plus nombreuse et plus illustre?
En même temps qu’elle essaiera de déterminer exactement la place occupée par l’œuvre de Regnier dans l’histoire de notre littérature, la présente étude en tera par cela même mieux comprendre la valeur intrinsèque et les lacunes. Les idées morales de Regnier ne comptent pas; tout le monde est d'accord là-dessus : ne sera-t-on pas moins tenté de s’en étonner, lorsqu'on aura constaté qu’au lieu de puiser sa philosophie dans son expérience — qui n’a pas sa petite