‹ Mathurin RegnierChapitre 9 sur 168 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

et dont l’autre fait de lui le premier en date de nos poètes classiques ‘.

Mais qui dit œuvre de précurseur, dit habituellement œuvre de transition. Or, entre quelles époques ou entre quels auteurs Regnier a-t-il servi de lien? Est-ce entre le moyen âge et le xvn° siècle? entre Villon et La Fontaine? entre Ronsard et Boileau? Voilà une question à laquelle, faute d’avoir suffisamment étudié les prédécesseurs de Regnier dans la satire au xvr° siècle et les sources de son œuvre, on apporte des réponses très différentes et souvent très erronées. Pour me borner à un seul exemple, la plupart des critiques vous diront avec. Sainte-Beuve : « Regnier admira Ronsard un peu sur parole; il estimait au contraire Marot, Villon et nos vieux trouvères en toute connaissance de cause. » La vérité est que Regnier, qui prenait ses vers partout où il en trouvait de bons à emprunter, ne doit rien à Marot; qu'il comprenait sans doute trop mal la langue de Villon pour faire de ce poète une lecture assidue; qu'il n’a pas connu le moyen âge autrement que par le Roman de la Rose, le Pantagruel de Rabelais, les Nouvelles et les Satires italiennes; qu’il s’est au contraire nourri des œuvres de Ronsard et de Desportes, répétant leurs mouvements, s’appropriant leurs images, dércbant leurs rimes, leur volant des hémistiches et des vers entiers. On eût beaucoup étonné Boileau en lui disant que, lorsqu'il se mettait à l’école

4. De ces maîtres savants disciple ingénieux, Regnier seul parmi nous, formé sur leurs modèles, Dans sou vieux style encore a des grâces nouvelles.

Page 1