‹ Mathurin RegnierChapitre 126 sur 168 · Satires XI, 32; II, 129; éd, Courbet, p. 89 et · texte numérisé non relu

Satires XI, 32; II, 129; éd, Courbet, p. 89 et

l’estourdi » dans la salle obscure, ce sôt « faict à la fourche » laisse « choir son chappeau » pour saluer l’assistance, fait «comme un entre-chat avec un escabeau »

Et grondant se fascha qu'on estoit sans lumiere ;

ou si c'est la seconde, quand la chandelle faisant étinceler les rubis de son nez, resplendir le rouge qui borde ses yeux, ressortir les arabesques dessinées par la teigne sur sa robe illustre et vénérable, il s’avance vers notre poète du pas majestueux qui convient à l’arrière-petit-fils de dix Catons et de quatre-vingts préteurs :

Ainsi ce personnage en magnifique arroy

Marchant pedetentim s'en vint jusques à moy,

Qui sentis à son nez, à ses levres décloses

Qu'il fleuroit bien plus fort, mais non pas mieux que roses 1.

Et de ces deux individus, crayonnés dans l'exercice de leur profession, on hésite à dire quel est le mieux attrapé, de l'avocat qui se tient debout dans un parquet « une cornete au col », ou du médecin dont on voit tour à tour la main se promener sur le corps du malade, rédiger l'ordonnance, tirer le bonnet doctoral pour saluer le client, enfin s’entr'ouvrir lestement pour se serrer aussitôt sur l'écu qu'elle vient de recevoir et qu'elle a l'air de refuser *. À quoi bon multiplier les exemples? Si l’on voulait en épuiser la liste, des Satires entières y passeraient. Quelles que soient les poses, les attitudes, les allures, par où la vie se manifeste, elles sont toujours saisies avec la mème sûreté de coup d'œil et fixées sur la toile avec la mème précision.

Apte à copier la nature sans savoir l’animer, moins capable par conséquent de rendre le mouvement que les contours, les formes etles couleurs, Boileau était né pour

1. Salire X, vers 91 et 216, éd. Courbet, p. 77 RATE 2, Satire IV, vers 51, éd. Courbet, p. 31.

peindre les choses, et les choses immobiles, plutôt que pour peindre les hommes. Jamais, en effet, il n’a manié le pinceau avec plus de fermeté, d’audace et de bonheur, que lorsque, s’enfermant dans les limites de l’art auquel son astre l'avait destiné, il a pris pour modèle une cruche au large ventre ‘ ou un poulet rôti. « Rappelez-vous avec quelle franchise hardie d'expression il nous présente dans son Repas ridicule tous les plats qui défilent : le potage où paraît un coq, les deux assiettes,

2 dont l’une étoit ornée.

D' une langue en ragout de persil couronnée, L'autre d’un godiveau tout brulé par dehors Dont un beurre gluant inondoit tous les bords;

le rôt où trois lapins de choux s’élevaient

Sur un lièvre flanqué de six poulets étiques.….

et les salades :

L'une de pourpier jaune et l’autre d’herbes fades, * Dont l'huile de fort loin saisissoit l’odorat Et nageoït dans des flots de vinaigre rosat;

et le jambon de Mayence, avec les deux assiettes qui l’accompagnent,

L'une de champignons avec des ris de veau Et l’autre de pois verts qui se noyoient dans l’eau.

Nous savons le goût et la composition des sauces; le poète nous dit le jus de citron mis dans la soupe, la muscade et le poivre des sauces trop épicées, la blancheur molle et fade du lapin, le goût plat du petit vin d'Orléans ?. » Il est vrai; mais, si l’on excepte le fameux laquais qui marche comme un recteur suivi de quatre facultés, nous ne connaissons ni

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