LES POÉSIES SPIRITUELLES
Comme au Dieu du païs, en ses desseins parjures Tu fais que tes bontez excedent ses injures.
(REGNIER, Satire I, vers 1-16.) t
et son cœur était agréablement flatté que l’on appliquât à —. son dauphin les compliments que Bertaut avait tournés pour l’auguste fils de Blanche de Castille :
Il étoit tel... que par l’art du pinceau
Hercule est exprimé, lorsqu’encor au berceau,
Poursuivy de Junon, les monstres il assomme,
D’asge estant un enfant et de courage un homme. (BERTAUT, RHSMNE du Roy Sainct Louis.) ?
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Jeune, de ses mains la rage il deconfit, Estouffant les serpens ainsi qu'Hercule fit.
(REGNIER, Saltire I, vers 31-34.) *
À quoi bon poursuivre cette revue des œuvres diverses de Regnier? M. Roy, en publiant dans la Revue d'histoire littéraire de la France les vers composés pour célébrer l’entrée de Marie de Médicis à Paris, montrait qu’ils sont imités des vers composés par Ronsard pour célébrer l'entrée de Charles IX. Il ne me serait pas plus malaisé de retrouver dans telle pièce de l’école de Pétrarque toutes les comparaisons, toutes les images, toutes les pointes, toutes les descriptions de la Plainte sur l'absence d’une maîtresse et du Dialogue entre Cloris et Phylis. Encore ne suis-je pas loin d'être persuadé que, dans cette dernière pièce, — notre poèle n’a même pas eu le mérite de faire une com- “= binaison nouvelle des vieux éléments de l’élégie pétrar-
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4. Éd. Courbet, p. 9. Ce dernier rapprochement a été fait par M. Dezeimeris.
. 2, Éd. Chenevière, p. 68.
quiste, et je ne serais pas surpris qu'un érudit, plus heureux que moi dans ses recherches, prouvât un jour que ce Dialogue est, comme la Satire contre l'honneur, une simple traduction. ,
Les trois Sonnets spirituels sont-ils plus originaux ? Je n’ai garde de l’affirmer; j’incline au contraire à le nier : tant ils me rappellent de sonnets italiens! Mais, si le premier n’est peut-être qu’une copie, je m’étonnerais qu'elle ne fût pas supérieure à l'original. Il n’importe que le poète français se soit approprié sans doute et l’idée générale, et le mouvement, et les images de quelque confrère d’outremonts; c’est vraiment son cœur « contrit et dolent » qui parle, je le sens, dans ces quatorze vers :
O Dieu, si mes pechezirritent ta fureur, v Contrit, morne et dolent, j'espere en ta clemence; Si mou duëil ne suffit à purger mon offence, Que ta grace y supplée et serve à mon erreur.
Mes esprits éperdus frissonnent de terreur, Et, ne voyant salut que par la penitence, Mon cœur, comme mes yeux, s'ouvre à la repentance, Et me hay tellement, que je m’en fais horreur.
Je pleure le present; le passé je regrette; Je crains à l’avenir la faute que j'ay faite; Dans mes rebellions je lis ton jugement.
Seigneur, dont la bonté nos injures surpasse, Comme de Pere à fils uses-en doucement :
Si j'avois moins failly, moindre seroit ta grace ?.
Et c'est aussi de son âme sincère qu'ont découlé ces Stances émues, dont Desportes a cependant fourni le mètre et parfois la matière :
Quand sur moy je jette les yeux A trente ans me voyant tout vieux,
1. Voir p. 32, note 1, les réserves que je fais sur l'authenticité de toutes ces Poésies spirituelles.
2, Ed. Courbet, p. 217.
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