‹ Mathurin RegnierChapitre 142 sur 168 · LES POÉSIES SPIRITUELLES · texte numérisé non relu

LES POÉSIES SPIRITUELLES

Mon cœur de frayeur diminué :

Estant vielly dans un moment, Je ne puis dire seulement

Que ma jeunesse est devenuë !.

On ne peut relire ces Stances d’un tour si facile, d’un accent si pénétré, d’un mouvement si simple, sans songer à Villon. Un peu de l’âme de François avait certainement passé dans l'âme de Mathurin. Pourquoi donc ce grand enfant de Regnier, au lieu de « tenter la fiction » sur les traces de Ronsard, ou de chanter « les grandes passions » à la mode d'Ovide et de Pétrarque, n’a-t-il pas cherché plus souvent l'inspiration lyrique là où elle était? Il eût enrichi le répertoire des chefs-d'œuvre de la poésie personnelle de quelques pièces délicates qu'on lirait encore, tandis qu'à la différence de ses Satires, ses Eléqies, son Discours, ses Plaintes et son Dialogue ne sauraient plus nous intéresser que comme des spécimens curieux de ce que la descendance dégénérée de Ronsard considérait comme la haute poésie lyrique.

1. Éd. Courbet, p. 211; voir Desportes, éd. Michiels, p. 492-497.

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