‹ Mathurin RegnierChapitre 158 sur 168 · Id, 1b1d., p · texte numérisé non relu

Id, 1b1d., p

fitil si habiluellement l'arme de son éloquence qu'à certains moments ses Satires ont l'air d’être écrites en strophes de quatre vers : ‘

Comment! il nous faut doncq pour faire une œuvre grande Qui de la-calomnie et du tans se deffende Qui trouve quelque place entre les bons autheurs Parler comme à sainct Jean parlent les Crocheteurs?

Encore je le veux, pourveu qu'ils puissent faire Que ce beau scavoir entre en l’esprit du vulgaire, Et quand les Crocheteurs seront Pœtes fameux Alors sans me facher je parleray comme eux.

Pensent-ils des plus vieux offenceant la memoire Par le mespris d’autruy s’acquerir de la gloire, Et pour quelque vieux mot, estrange ou de travers, Prouver qu’ils ont raison de censurer leurs vers 1?

Par un sentiment très juste de la puissance de cet instrument favori il sut parvenir à l'ampleur en juxtaposant deux quatrains étroitement unis par le sens :

Juste postérité, à tesmoing je f’apelle, Toy, qui sans passion maiutiens l’œuvre immortelle Et qui, selon l'esprit, la grace et le scavoir

| De race en race au peuple un ouvrage fais voir :

Vange ceste querelle et justement separe Du Cigneé d’Apollon la corneille barbare, Qui, croassant par tout d’un orgueil effronté, Ne couche de rien moins que l’immortalité 2.

Il essaya mème d'en juxtaposer quatre, et une fois au moins, s'il ne réussit pas à construire ainsi une phrase vraiment organique, il en bâtit une très remarquable, où l'équilibre des membres et l’unité de la pensée suppléent à une cohésion intime des parties :

4. Voir aussi les douze derniers vers de la Satire IN. 2. Satire 11, vers 187 et suiv.

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Marquis, que doy-je faire en ceste incertitude?

Doy-je, las de courir, me remettre à l'estude,

Lire Homere, Aristote, et, disciple nouveau, Glaner ce que les Gregs ont de riche et de beau :

Ont remporté du champ sur leurs espaules fortes, Qu'ils ont comme leur propre en leur grange entassé Egallant leurs honneurs aux honneurs du passé

Ou si, continuant à courtiser mon maistre, Je me doy jusqu’au bout d’esperance repaistre. Courtisan morfondu, frenetique et resveur,

| Reste de ces moissons que Ronsard et Desportes | Portrait de la disgrace et de la defaveur;

Puis, sans avoir du bien, troublé de resverie, Mourir dessus un coffre en une hostellerie,

En Toscane, en Savoye, ou dans quelque autre lieu, Sans pouvoir faire paix ou trefve avecques Dieu 1?

Avant Regnier, d'autre part, si l’on connaissait déjà, après lui on connaîtra mieux encore l’art de composer avec des éléments simples, par voie d’énumération, une longue phrase uniquement soutenue par la pensée et dont la conclusion n’est pas annoncée autrement que par la force, l'éclat ou l'esprit du dernier vers. Voici une période qui serait parfaite si le vers souligné n’en prolongeait pas fâcheusement la première partie après qu'elle paraît conclue : un simple changement de verbe la divise en deux tronçons, en rompt la monotonie et permet au lecteur de reprendre haleine :

J1 semble en leur discours hautain et genereux Que le Cheval volant n’aitpissé que pour eux, Que Phæœbus à leur ton accorde sa vielle,

Que la Mouche du Grec leurs levres emmielle, Qu'ils ont seuls icy bas trouvé la Pie au nit

Et que des hauts esprits le leur est le zenit;

Que seuls des grands secrets ils ont la cognoissance ; Et disent librement que leur experience

1. Salire IL, 1-16; comparer la dédicace à Rapin (Satire x 1-16), également composée de quatre quatrains juxtaposés.

A rafiné les vers, fantastiques d'humeur,

Ainsi que les Gascons ont fait le point d'honneur, Qu’'eux tous seuls du bien dire. ont trouvé la metode Et que rien n’est parfaict, s’il n’est faict à leur mode f,

Voici une autre phrase qui ne laisse rien à reprendre :

Or, que des ta jeunesse Apollon t'ait apris,

Que Caliope mesme ait tracé tes escris,

Que le neveu d’Atlas les ait mis sur la lyre,

Qu'en l’Antre Thespean on ait daigné les lire, Qu'ils tiennent du sçavoir de l’antique lecon

Et qu’ils soient imprimés des mains de Patisson : Si quelqu'un les regarde et ne leur sert d’obstacle, Estime, mon amy, que c'est un grand miracle ?.

Mais en dehors de ces deux formes de phrase, d’ailleurs susceptibles de combinaisons variées, Regnier n’a rien fait d'irréprochable. Que sont par exemple ses phrases de six vers? Les meilleures sont celles qui, étant composées, comme je viens de le dire, par voie de répétition, sont des

phrases de quatre vers dont un élément a été doublé ou triplé :

Aussi lors que lon voit un homme par la ruë, Dont le rabat est sale et la chausse rompue,

Ses greques aux genous, au coude son pourpoint, Qui soit de pauvre mine et qui soit mal en point, Sans demander son nom, on le peut recognoistre : Car si ce n'est un Poëte, au moins il le veut estre 2.

Les autres sont pour la plupart des phrases de deux ou de quatre vers, artificiellement prolongées par une proposition participe ou consécutive :

Mais instruict par le temps a la fin j'ay cogneu Que la fidelité n’est pas grand revenu,

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