On attribue ce propos à Boileau
ue sitting Se ii
Quand le mari de Rhée au siecle d’innocence, Gouvernoit doucement le monde en son enfance : Mais si tost que le Fils le Pere dechassa,
Tout sans desus desous icy se renversa ?:
Lon ne pria les saincts qu'au fort de la tempeste…. Et l'Hipocrile fist barbe de paille à Dieu 1.
Je n'aurais pas eu l’outrecuidance de dire tout à l’heure :
Supprimez Regnier, vous supprimez Molière, ni même : Pas de Mathurin, pas de Nicolas; mais je dirai hardiment maintenant : Enlevez de notre littérature certaines Satires de Regnier, vous enlevez les Grotesques, pour me servir du nom par lequel on est convenu de désigner les écrivains pittoresques et folâtres de l’époque Louis XIII. Que des causes diverses, politiques et littéraires, aient au moment de la Fronde favorisé l'épanouissement du burlesque, on l’a excellemment démontré ?; que d’autres, avant Regnier ou en même temps que lui, un Motin et un Sygognes, aient tenté d’acclimater chez nous la poésie bernesque, nous l'avons prouvé plus haut; que Saint-Amant et Scarron se soient abreuvés parfois directement aux sources italiennes, que le premier, surtout dans son Fromage, sa Berne, son Melon, son Poëte crotté, sa Chambre du débauché, ait traité des sujets analogues à ceux de Berni et dans son goût, il serait aisé de l’établir. Le seul Regnier n’est donc pas responsable de tout ce qui s’est écrit de fantasque dans le deuxième quart du xvu° siècle. Mais on peut affirmer que jamais cette épidémie de littérature badine ne fût née chez nous sans l’éclatant succès qui accueillit (témoin les innombrables imitations qu’elle suscita aussitôt)
Ja partie plaisante de son œuvre. On conçoit que Boileau
ait été sévère pour ceux qui s’en inspirèrent, Accumulant à seule fin d’être « drôles » ces comparaisons ingénieuses
‘dont Regnier n'avait usé à l'ordinaire que pour mieux
1. Satire NI, 118-136, éd. Courbet, p. 48, 2. M. Morillot-dans sa thèse sur Scarron.
‘318 STUMATAGRINTREGNIER ? :
peindre la nature, du réalisme de leur maître ils conservèrent presque uniquement son obscénité. Regretteronsnous cependant avec Boileau que l'œuvre de notre satirique ait donné le jour à cette poésie « grotesque »? Non certes. Car deux siècles plus tard de très grands poètes s’approprièrent ce qu'il y avait de bon dans le style pittoresque des disciples de Regnier ct retrouvèrent le secret de mettre, comme lui, la fantaisie au service de la réalité. Chacun sait par cœur les vers fameux, si vifs d’ailleurs, mais si démesurés :
« Oui, j'écris rarement et me plais de le faire
- Non pas que la paresse èn moi soit ordinaire ; Mais, sitôt que je prends la plume à ce dessein, Je crois prendre en galère une rame à la main. »
Qui croyez-vous, mon cher, qui parle de la sorte? C'est Alfred, direz-vous, ou le diable m’emporte! Non ami! Plüt à Dieu que j'eusse dit si bien Et si net et si court pourquoi je ne disrien! L'esprit mâle et hautain dont la sobre pensée Fut dans ces rudes vers librement cadencée (Otez votre chapeau), c'est Mathurin Regnier, De l’immortel Molière immortel devancier;.
Qui ploya notre langue, et dans sa cire molle Sut pétrir et dresser la romaine hyperbole ; Premier maître jadis sous lequel j'écrivis, Alors que du voisin je prenais les avis,
. Et qui me fut montré, dans l’âge où tout s’ignore, Par de plus fiers que moi, qui l’imitent encore.
En lisant les quatre premiers de ces vers, l’ani Buloz a-t-1l vraiment cru que « c'était Alfred qui parlait de la sorte »? Alors, il est bien excusable de s'être trompé : car si l'on retrouve quelque part les qualités du style de de Regnier, c’est chez Alfred de Musset, C'est aussi chez Théophile Gautier et chez Victor Hugo. Soit directement, soit par l'intermédiaire des Saint-Amant, des Scarron, des Théophile de Viaud, son talent a beaucoup contribué à la formation de leur génie. Et c’est pourquoi, avec moins
d'emphase que l’auteur de l'épitre Sur la paresse, nous ôterons notre chapeau à Mathurin Regnier : si sa vie valut peu, si son œuvre eût pu mieux valoir, il a ce double titre à notre gratitude que sans lui n’auraient pas été tout à fait ce qu'ils furent, ni les meilleurs des classiques, ni les plus « fiers » des romantiques.