‹ Mathurin RegnierChapitre 99 sur 168 · Cravache · texte numérisé non relu

Cravache

3. Regnier, Satire VIII, vers 9 et suiv.; Salire IV, vers 151 et-suiv.: Safire V, vers 221. Baron de Fœneste, liv. I, chap. 11; liv. I, chap. r. Berthelot, l’Inventaire du courtisan.

elle s’épanouissent aussitôt toutes les petites vanités. On cherche à être remarqué par la qualité de son pourpoint, parce qu'on n’a plus l’occasion de l'être par la qualité de son courage, et, comme il devient difficile de se mettre au-dessus des autres par un beau fait d'armes, on prétend sy mettre par un beau titre. On ne se contente plus, en effet, à cette date, comme encore sous François [°, d'être un gentilhomme de bonne race; on veut être appelé Monsieur le comte ou Monsieur le marquis. Le temps viendra bientôt où l’on imaginera une hiérarchie des titres et une classification des nobles, où, à mesure qu’on fera moins parler de son épée, on parlera davantage de celle de ses pères. Déjà Regnier connaît des courtisans qui vantent sans cesse la valeur déployée par leurs ancêtres à la bataille de Cérizolles, où ils ont acquis « avec tant d'honneur » à leurs descendants le titre de comte ou de marquis; Berthelot a trouvé chez son courtisan un « discours fort antique »

De la grandeur de ses ayeux Descendus des rois de Bayeux;

et le baron de Fœneste a des titres qui, commençant par cette formule : « Sous le règne de Jésus-Christ », prouvent sans contredit qu'il est plus noble que le roi de France; peut-être sa race remonte-t-elle jusqu'à David, puisqu'on trouve le nom de Fœneste en plusieurs passages de la Bible *.

H est regrettable que les parchemins ne donnent pas des titres de rente en même temps que des titres de noblesse. Car le luxe coûte cher à cette date. Le costume que nous avons décrit (et l’on en fait porter d'aussi beaux à ses

UE Regnier, Satire IT, vers 101 et suiv.; Berthelot, l’Inventaire du courlisan; d'Aubigné, Baron de Fœneste, liv. IV, chap. vi et xiv, Œuvres

complètes de d'Aubigné, éd. Réaume et de Caussade (Paris, Lemerre), t. II p. 582 et 618.

laquais ‘) a dû épuiser la bourse du fâcheux qui importune Regnier. Aussi je crains bien qu'il n'ait sacrifié à la partie du vêtement « qui paraît » celle qu'on ne voit pas, qu’il n'ait pas de chemise par exemple, ou que sa chemise, comme celle du baron de Fœneste, ne soit pourrie.

Piolez, riolez, fraisez, satinisez Veloutez, damassez et armoirinisez,

et « parez comme des reliquaires », nous dit l’auteur de l'Espadon satyrique, ces courtisans ont sur eux tout le prix de leur moulin, de leur pré et de leur terre,

Et n’ont pas dans leur poche un demy quart d'écu.

La guerre avait commencé leur ruine; les habits brodés, les chiens et les oiseaux l’ont achevée ?. Malheureusement le temps n’est plus où un cabaretier se croyait trop honoré de leur servir à dîner sans oser leur demander de l'argent. Aujourd’hui ils ont beau jurer en gascon et en français, demander « si l’on ne sait pas qui ils sont, si l’on traite ainsi les gentilshommes », l'hôte ne se laisse plus éblouir par de vains titres :

..soit sot ou gentilhomme, Macette de Regnier, il prend garde à la somme;

Car, selon que on frippe, on paye le gibier, Le noble tout autant que le plus roturier.

Aussi le noble meurt-il de faim ou vit-il d’expédients. Je ne sais si l’ami de Regnier fait jouer ses valets, comme le baron de Fœneste, avec des dés pipés, pour prendre ensuite sur les bénéfices la part du seigneur; si, lorsqu'il loge à l'hôtellerie il emporte les serviettes et les draps; s’il

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