‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 24 sur 71 · Stricker, Du langage et de la musique. Paria, 183.'i · texte numérisé non relu

Stricker, Du langage et de la musique. Paria, 183.'i

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recoDDaîssaDce complète, arrivée à la pleine conscience d'ellemême?

lUs abordons la seconde partie de cette étude : des lents nous passons aux souvenirs. La reconnaissance e, disions-nous, est un véritable circuit, où l'objet ir nous livre des parties de plus en plus profondes de le à mesure que notre mémoire, symétriquement adopte une plus liante tension pour projeter vers lui enirs. Dans le cas particulier qui nous occupe, l'objet interlocuteur dont les idées s'épanouissent dans sa ice en représentations auditives, pour se matérialiser en mots prononcés. Il faudra donc, si nous sommes

vrai, que l^auditeur se place d'einbUe parmi des idées jtâantes, et les développe en représentations auditives juvriront les sons bruts perçus en s'emboitaot elles-

dans le schème moteur. Suivre un calcul, c'est le lour son propre compte. Comprendre la parole d'autisis^ftrait. dfi «"Aiha à wfft nstituer intelligemment. lire en partant des idées, la continuité des sons que

perçoit. Et plus généralement, faire attention, recouvec intelligence, interpréter, se confondraient en une

même opération par laquelle l'esprit, ayant fixé son

ayant cboisl en lui-même, par rapport aux percep-

utes, le point symétrique de leur cause plus ou moins

ne, laisserait couler vers elles les souvenirs qui vont

uvrir.

s-nous de le dire, ce n'est point ainsi qu'on envisage

'ement les choses. Nos babitudes associationnistes

eu vertu desquelles aous nous représentons des sons

RÉALISATIOM DES SOUVEMRS 123

qui évoqueraient par contiguïté des souvenirs auditifs, et les souvenirs auditifs des idées. Puis il y a les lésions cérébrales, qui semblent entraîner la disparition des souvenirs : plus particulièrement, dans le cas qui nou^ occupe, on pourra invoquer les lésions caractéristiques de la surdité verbale corticale. Ainsi l'observation psychologique et les faits cliniques semblent s'accorder. Il y aurait, sous forme de modifications physico-chimiques des cellules par exemple, des représentations auditives assoupies dans l'écorcé : un ébranlement venu du dehors les réveille , et par un processus ' jntra -cérébral, peut-être par des mouvements transcorticaux qui vont chercha les représentations complémentaires, elles évoquent des idées.

Qu'on réfléchisse pourtant aux étranges conséquences d'une hypothèse de ce genre. L'image auditive d'un mot. n'est pas un objet aux contours dé&nitivement arrêtés, car le même mot, prononcé par des voies difîérentes ou par la même voix  4t&érentes hauteurs, donne des sons différents. Il y aura donc autant de souvenirs auditifs d'un mot qu'il y a de hauteurs de son et dé timbres de voix. Toutes ces images s'entasseront-elles dans le cerveau, ou, si le cerveau choisit, quelle est celle qu'il préférera ? Àdmettoos pourtant qu'il ait ses raisons pour en choisir une : comment ce même mot, prononcé par une nouvelle personne, ira-t-il rejoindre un souvenir dont il difCëre ? Notons en eilet que ce souvenir est, par hypothèse, chose inerte et passive, incapable par conséquent de saisir sous des dillérences extérieures une similitude interne. Ou nous parle de l'image auditive du mot comme si c'était une entité ou un geure : ce genre existe, sans aucun doute, pour une mémoire active qui schématise la ressem-

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ta LA HËUOIBE ET LE CERVEAU

blance des sons complexes ; mais pour uu cerveau qui n'enregistre et ne peut enregistrer que la matérialité des sons perçus, il y aura du môme mot mille et mille images distiuctes. Prononcé par uue nouvelle voix, il constituera une image nouvelle qui s'ajoutera purement et simplement aux autres.

Mais voici qui est non moins embarrassant. Un mot n'a d'Individualité pour nous que du jour où nos maîtres nous ont enseigné à l'abstraire. Ce ne sont pas des mots que nous apprenons d'abord à prononcer, mais des phrases. Un mot s'auastomose toujours avec ceux qui l'accompagnent, et selon l'allure et le mouvement de la pbrase dont il fait partie intégrante, il prend des aspects différents : telle, chaque note d'un thème mélodique reflète vaguement le thème tout entier. Admettons donc qu'il y ait des souvenirs auditifs modèles, flgurés par certains dispositifs intra-cérébraux, et attendant au passage les impressions sonores : ces impressions passeront sans être reconnues. 06 est eu eQet ta commune mesure, où est le point de contact entre l'image sèche, inerte, isolée, et la réalité vivante du mot qui s'organise avec la phrase ? Je comprends fort bien ce commencement de reconnaissance automatique qui consisterait, comme on t'a vu plus haut, à souligner les principales articulations de cette phrase, à en adopter ainsi le mouvement. Mais à moins de supposer à tous les hommes des voix identiques prononçant dans le même ton les mêmes phrases stéréotypées, je ne vois pas comment les mots entendus iraient rejoindre leurs images dans l'écorce cérébrale.

Maintenant, s'il y a véritablement des souvenirs déposés dans les cellules de l'écorce, on constatera, dans l'aphasie

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RËALISATIOn DES SOCYENiRS ISS

sensorielle par exemple, la perte irréparable de certains mots déterminés, la conseryatioD intégrale des autres. Ea fait, ce n'est pas aÎQSi que les choses se passent. Tantôt c'est la totalité des souvenirs qui disparaît, la faculté d'audition mentale étant purement et simplement abiilie, tanfdt on assiste à uif afiaiblissement général de cette fonction ; mais c'est ordinairement la fonction qui est diminuée, et non pas le nombre des souvenirs. Il semble que le malade n'ait plus la force de ressaisir ses souvenirs acoustiques, qu'il tourne autour de l'image verbale sans arriver à se poser sur elle. Souvent, pour lui faire retrouver un mot, il suffit qu'on le mette sur la voie, qu'on lui indique la première syllabe', ou simplement qu'on l'encourage *■ Une émotion pourra produire te même effet '. Toutefois des cas se présentent où il semble bien que ce soient des groupes de représentations déterminées qui se sont effacés de la mémoire. Nous avons passé en revue un grand nombre de ces faits, et il nous a semblé qu'on pouvait les répartir eu deux catégories absolument tranchées. Dans la première, la perte des souvenirs est généralement brusque ; dans la seconde elle est progressive. Dans la première, les souvenirs détachés de la mémoire sont quelconques, arbitrairement et même capricieusement choisis : ce peuvent être certains mots, certains chiffres, ou même, souvent, tous les mots d'une langue apprise. Dans la seconde, les mots suivent, pour disparaître,

1. BerDard, op. ci'., p. ]T2 et 179. Cf. Babilée, Les troubles de la mémoirt dans l'alcoolisme, Paris, 1886 (théae de médecine), p. 44.

2. Rieger, BMcflreiiunj der IntelHjtnzst/irungen in Folge ei'ner HimverieiiMuff, Wûrabure,1889, p. 35.

S.Wernicke, Der aphaaische Symptomencomplex, Brealau, 1874, p. 39. — et. Valenlin, Sur un cas d'aphasie d'origine traumaligue (Bsti. médicale de fBîi, 1880, p. 171.)

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UD ordre méthodique et grammatical, celui-là même qu'indique la loi de Ribot : les noms propres s'éclipsent d'abord, puis les noms communs, enfin les verbes'. Voilà les différences extérieures. Voici maiotenant, nous seinble-t-il, la différence interne. Dans les amnésies du premier genre, qui sont presque toutes consécutives à un choc violent, nous inclinerions à croire que les souvenirs apparemment abolis sont réellement présents, et non seulement présents, mais agissants. Pour prendre un exemple souvent emprunté à Winslovf ', celui du sujet qui avai| oublié la lettre F, et la lettre F seulement, nous nous demandons si l'on peut faire abstraction d'une lettre déterminée partout où on la rencontre, la détacher par conséquent des mots parlés ou écrits avec lesquels elle fait corps, si on ne l'a pas d'abord implicitement reconnue. Dans nn autre cas cité par le même auteur S le sujet avait oublié des langues qu'il avait apprises et aussi des poèmes qu'il avait écrits. S'étant remis à composer, il refit à peu près les mêmes vers. On assiste d'ailleurs souvent, en pareil cas, à une restauration intégrale des souvenirs disparus. Sans vouloir nous prononcer trop catégoriquement sur une question de ce genre, nous ne pouvons nous empêcher de trouver une analogie entre ces phénomènes et les scissions de la personnalité que M, Pierre Janet a décrites' : tel d'entre eux ressemble étonnamment à ces < hallucinations négatives > et < suggestions avec point de repère >

natadies de la mémoire, Paria, 1881, p. 131 et luivanfes.

leur.)

)n obscure Diseates of ihe Brain, Loadon, 1861.

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nëALISATION DES SOUVENIRS t2T

qu'induisent les hypnotiseurs'. — Tout autres sont les aphasies du second genre, les aphasies véritables. Elles tienueut, comme nous essaierons de le montrer tout à l'heure, à la diminution pn^ressive d'uae fonction bien localisée, la <af.iiii^ ri'apfiialjg flr les souvenirs de mots. Comment expliquer que l'amnésie suive ici une marche méthodique, commençant par les uomd propres et finissant par les verbes? On n'eu verrait guère le moyen, si les images verbales étaient véritablement déposées dans les cellules de l'écorce : ne serait-il pas étrange, en eQet, que la maladie entamât toujours ces cellules dans le même ordre'? Mais le fait's'éclaircira si l'on admet avec nous que les souvenirs, pour s'actualiser, ont besoÎD d'un adjuvant moteur, e t qu'ils PTifrant^ pni][- atra

r app ej^l "nw i^snftffP H'>iH;t../To manlaln ina^rj^g nllfl.n^^jpf.

Hana .1 no pHJM.^A /.^pynnrftllq. Alftfs les verbes, dont l'essenco est d'exprimer des actions imitables, sont précisémeut lea niots qu'un eflort corporel nous permettra de ressaisir quand la fonction du langage sera près de nous échapper : au contraire les noms propres, étant, de tous les mots, les plus éloignés de ces actions impersonnelles que notre corps peut esquisser, sont ceux qu'un affaiblissement de la fonction atteindrait d'abord. Notons ce fait singulier qu'un aphasique^ devenu régulièrement incapable de jamais retrouver le substantif qu'il cherche, le remplacera par une périphrase appro-

1. Voir le cas de Grashey, étudié à nouveau par Sommer, et que cetul ci déclare inexplicable dons l'état actuel des théories de l'aphasie. Dans cet exemple, les mouvements exécutés par le sujet ont tout l'air d'être des signatix adressés à une mémoire indépendante. (Sommer, Zur Psychologie der Sprache, Zeitechr. f. Fsijchol. u. Fhysiol. der Sinneaorgane,l. 11,1891, p. 1i3 et suiv. — Cf. la communication de Sommer au Congrès des aliénistea allemands, Arch. de Neurologie, t. XSIV, 1862.)

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