‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 33 sur 71 · EN QUOI CONSISTE LE PRÉSENT · texte numérisé non relu

EN QUOI CONSISTE LE PRÉSENT

empiète tout à la fois sur mon passé et sur mou avenir. Sur mon passé d'abord, car < le moment où je parle est déjà loin de moi » ; sur mon avenir ensuite, car c'est sur l'avenir que ce moment est penché, c'est à l'avenir que je tends, et si je pouvais fixer cet indivisible présent, cet élément infinitésimal de la courbe du temps, c'est la direction de l'avenir qu'il montrerait. 11 faut donc que l'état psychologique que j'appelle ( mon présent * soit tout à la fois une perception du passé immédiat et une détermination de l'avenir immédiat. Or le passé immédiat, eu tant que perçu, est, comme nous verrons, sensation, puisque toute sensation traduit une très longue succession d'ébranlements élémentaires ; et l'avenir immédiat, en tant que se délerminaQt, est action ou mouvement. Mon présent est donc à la fois sensation et mouvement ; et puisque mon présent forme un tout indivise, ce mouvement doit tenir à cette sensation, la prolonger en action. D'où je conclus que mon présent consiste dans un système combiné de sensations et de mouvements. &f on présent est, par essence, sensori-moteur.

C'est dire que mon présent consiste dans ta conscience que j'ai de mon corps. Étendu dans l'espace, mon corps éprouve des sensations et en même temps exécute des mouvements. Sensations et mouvements se localisant en des points déterminés de cette étendue, il ne peut y avoir, à un momentl donné, qu'un seul système de mouvements et de sensations.) C'est pourquoi mon présent me parait être chose absolument déterminée, et qui tranche sur mon passé. Placé entre la matière qui influe sur lui et la matière sur laquelle il influe, mon corps est un centre d'action, le lieu où les impressions reçues choisissent intelligemment leur voie pour se traus-

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VA LA HÉUOIRE ET L'ESTRIT

former ea mouvements accomplis : il représeate donc bien l'état actuel de mon devenir, ce qui, dans ma durée, est en voie de formation. Plus généralement, dans cette continuité d» devenir qui est la réalité même, le moment présent est co nstitué P ff '^ ""npft yçasi i pstantapée que n otre perception pratique dans la masse ep voie d'écoulement, et cette coupe est précisément ce que nous appelons le monde matériel : notre corps eu occupe le centre ; il est, de ce monde matériel, ce que nous sentons directement s'écouler; en son état actuel consiste l'actualité de notre présent. La matière, eu tant qu'étendue dans l'espace, devant se déGnir selon nous un présent qui recommence sans cesse, inversement notre présent est ]a matérialité même de notre existence, c'est-à-dire ua ensemble rift spnsations et de mniivementa. rJRii autre chose. Et cet ensemble est déterminé, unique pour chaque moment de la durée, justement parce que sensations et mouvements occupent des lieux de l'espace et qu'il ne saurait y avoir, dans le même lieu, plusieurs choses à la fois. — D'où vîeut qu'on a pu méconnaître une vérité aussi simple, aussi évidente, et qui u'est, après tout, que l'idée du sens commun?

La raison en est précisément qu'on s'obstine & ne trouver

qu'une diftérence de degré, et non pas de nature, entre les

'Sensations actuelles et le souvenir pur. La différence, selon

nous, est radicale. Mes sensations actuelles sont ce qui occupe

ons déterminées de la superficie de mon corps ; le

pur,, au contrairep n 'im^rpsgp aiip||nn partiA Ha ^f^n

ms doute il engendrera des sensations en se maté-

; mais à ce moment précis il cessera d'être souvenir

ter à l'état de chose présente, actuellement vécue ; et

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