‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 51 sur 71 · LES DIVERS PLAKS DE CONSCIENCE IST · texte numérisé non relu

LES DIVERS PLAKS DE CONSCIENCE IST

blance et à se distinguer ainsi d'uD simple rapport de successioQ chronologique : c'est ainsi qu'on ne saurait dire des mots d'une langue étrangère, quand ils s'évoquent les uns les autres dans la mémoire, s'ils s'associent par ressemblance ou par contiguïté. Au contraire, plus nous nous détachons de l'action réelle ou possible, plus l'association par contiguïté tend à reproduire purement et simplement les images consécutives de notre vie passée. Il est impossible d'entrer ici dans une étude approfondie de ces divers systèmes. II suffira de faire remarquer que ces systèmes ne sont point formés de souvenirs juxtaposés comme autant d'atomes. Il y a toujours quelques souvenirs dominants, véritables points brillants autour desquels les autres forment une nébulosité vague. Ces points brillants se multiplient à mesure que se dilate notre; mémoire. Le processus de localisation d'un souvenir dans (e passé, par exemple, ne consiste pas du tout, comme on l'a dit, à plonger dans la masse de nos souvenirs comme dans un sac, pour en retirer des souvenirs de plus en plus rapprochés entre lesquels prendra place le souvenir à localiser. Par quelle heureuse chance mettrions-nous justement la main sur un nombre croissant de souvenirs intercalaires ? Le travail de localisation consiste en réalité dans un effort croissant d'expansion, par lequel la mémoire, toujours présente tout entière à elle-même, étend ses souvenirs sur une surface de plus en plus large et finit par distinguer ainsi, dans un amas jusquelà confus, le souvenir qui ne retrouvait pas sa place. Ici encore, d'ailleurs, la pathologie de la mémoire nous fournirait des renseignements instructifs. Dans l'amnésie rétrograde, les souvenirs qui disparaissent de la conscience sont vraisemblablement conservés sur les plans extrêmes de la mémoire,

lt.0 LA MËlUOlRE ET L'ESPRIT

et le sujet pourra les y retrouver par un effort excepliouael, comme celui qu'il accomplit dans l'état d'hypnotisme. Mais, sur les plans inférieurs, ces souvenirs attendaient, eu quelque sorte, l'image dominaute à laquelle ils pussent s'adosser. Tel choc brusque, telle émotion violente, sera l'événement décisif auquel ils s'attacheront ; et si cet événement, en raison de son caractère soudain, se détache du reste de nptre histoire, ils le suivront dans l'oubli. Ou conçoit donc que l'oubli consécutif à un cboc, physique ou moral, comprenne les événements immédiatement antérieurs, — phénomène bien difficile à expliquer dans toutes les autres conceptions de la mémoire. Remarquons-le eu passant : si l'on refuse d'attribuer quelque attente de ce genre aux souvenirs récents, et même relativement éloignés, le travail normal de la mémoire deviendra inintelligible. Car tout événement dont le souvenir l'est imprimé dans la mémoire, si simple qu'on le suppose, a occupé un certain temps. Les perceptions qui ont rempli ta première période de cet intervalle, et qui forment maintenant avec les perceptions consécutives un souvenir indivisé, étaient donc véritablement ■ en l'air » tant que la partie décisive de l'événement n'était pas encore produite. Entre la disparition d'un souvenir avec ses divers détails préliminaires et l'abolition, par l'amnésie rétrograde, d'un nombre plus ou moins ^rand de souvenirs antérieurs à un événement donné, il y a donc une simple diBérence de degré, et non pas de nature.

De ces diverses considérations sur la vie mentale inférieure une certaine conception de l'équilibre intellecduilîbre ne sera évidemment faussé que par la n des éléments qui lui servent de matière. Il ne

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L'ATTENTION à LA VIE 189

saurait 6tre question ici d'aborder les problèmes de pathologie mentale ; dous ne pouvons cependant les éluder entièrement, puisque nous cherchons à déterminer la relation exacte du corps à l'esprit.

Nous avons supposé que l'esprit parcourait sans cesse l'intervalle compris entre ses deux limites extrêmes, le plan de l'action et le plan du rêve. S'agît-il d'une décision à prendre ? Ramassant, organisant la totalité de son expérience dans ce que nous appelons son caractère, il la fera converger vers des actions où vous trouverez, avec le passé gui leur sert de matière, la forme imprévue que la personnalité leur imprime ; mais l'action ne sera réalisable que si elle vient s'encadrer dans la situation actuelle, c'est-à-dire dans cet ensemble de circonstances qui naît d'une certaine position déterminée du corps dans le temps et dans l'espace. S'agit-il d'un travail intellecluel, d'ane conception à former, d'une idée plus ou moins générale à extraire de la multiplicité des souvenirs? Une grande marge est laissée à la fantaisie d'une part, au discernement logique de l'autre : mais l'idée, pour être viable, 4eTra toucher à la réalité présente par quelque côté, c'est* à-dire pouvoir, de degré en degré et par des diminutions ou contractions progressives d'elle-même, être plus ou moins jouée par le corps en même temps que représentée par l'esprit. Notre corps, avec les sensations qu'il reçoit d'un cAté et les mouvements qu'il est capable d'exécuter de l'autre, est donc bien ce qui fixe notre esprit, ce qui lui donne !e lest et l'équilibre. L'activité de l'esprit déborde inHniment la masse des souvenirs accumulés, comme cette masse de souvenirs déborde influiment elle-même les sensations et les mouvements de l'heure présente ; mais ces sensations et ces mouvements cod>

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