S*0 CONSCIENCE ET MATÉRIALITÉ
tout cas que rimage rétinienne ? Mais n'est-il pas vrai, comme nous l'avons montré au début de ce livre, que, dans la peruelle d'un objet, le cerveau, les nerfs, la rétine et iSme Eorment un tout solidaire, un processus coaimage rétinienne n'est qu'un épisode : de quel droit image pour résumer toute la perception en elle? nme nous l'avons montré également ', une surface le être perçue comme surface autrement que dans [ont on rétablirait les trois dimensions ? Berkeley, illâit jusqu'au bout de sa tbëse : il déniait à la vue ption de l'étendue. Mais les objections que nous a acquièrent alors que plus de force, puisqu'on ne )as comment se créerait par une simple sssociaveuirs ce qu'il y a d'original dans dos perceptions I la ligne, de la surface et du volume, perceptions ue le mathématicien s'en contente, et raisonne sur un espace exclusivement visuel. Mais n'insis- - ces divers points, non plus que sur les argumeats s tirés de l'observation des aveugles opérés : la ssique depuis Berkeley, des perceptions acquises î parait pas devoir résister aux assauts multipliés ologie contemporaine*. Laissant de cOté les diffire psychologique, nous nous bornerons à' appeler mr un autre point, qui est pour nous l'essentiel, un instant que la vue ne nous renseigne original-
■ Ui donnétt imméàiaUs de la corueience, Paris, 1889, p. 71
î sujet ; Paul Janet, La perceplion visuelle dt la distance, ihique, 1879, t. VII, p. 1 et suiv. — William James, i>rin- -.hology, t. II, cbap. xiri. — Cf. an sujet de la perception iteDdKe ; Dunan, L'espace visuel et l'espace tactile (Rsvut Kviier et aviil 1888, janvier 1889).
Dg,t,.™byGOOglC
ÉTENDUE ET EXTEHSIOS renient sur aucuoe des relatioas d'espace. La le relief visuel, la distance visuelle devieanea iwles de perceptions tactiles. Mais il faudra c pourquoi ce symbolisme réussit. Voici des oi gent de forme et qui se meuvent. La vue com tions déterminées qu'ensuite le toucher vériQ dans les deux séries visuelle et tactile ou dan quelque chose qui les fait correspondre l'une assure la constance de leur parallélisme. Quel de cette liaison ?
Pour l'idéalisme anglais, ce ne peut être qu €x machina, et nous sommes ramenés au mystè lisme vulgaire, c'est dans un espace distinct que se trouverait le principe de la correspond tioDS entre elles; mais cette doctrine recute même l'aggrave, car il faudra qu'elle nous dii système de mouvements homogènes dans l'esi sensations diverses qui n'ont aucun rapport a l'heure, la genèse de la perception visuelle d'es association d'images nous paraissait implique création ex nihilo; ici, toutes les sensatioi rien, ou du moins n'ont aucun rapport avec qui les occasionne. Aufond, cette seconde tbéoi coup moins qu'on ne croit de la première. L'et les atomes gui se poussent et s'entre cboqueni autre chose que les perceptions tactiles objecti des autres perceptions en raison de l'import; nelle qu'on leur attribue, et érigées en réalités pour être dislioguées par là des autres seni deviennent les symboles. On les a d'ailleurs vi< Behgsom. UatiËre et më moire.
byGooglc
Si! CONSCIENCE ET MATËBIALITË
Opération, d'une partie de leur conteau ; après avoir fait cod- Terger tous les sens vers le toucher, on ne conserve plus, du toucher lui-même, que le schème abstrait de la perceptioo tactile pour coustruire avec lui le monde extérieur. Faut-il -s'étonner qu'entre cette abstraction, d'une part, les sensation» de l'autre, on ne trouve plus de communication possible? Mais la vérité est que l'espace n'est pas plus en dehors de nous qu'en nous, et qu'il n'appartient pasà un groupe privilégié de sensations. Toutes les sensations participent de l'étendue; toutes poussent dans l'étendue des racines plus ou moins profondes ; et les difficultés du réalisme vulgaire viennent de ce que, la parenté des sensations entre elles ayant été extraite et posée à part sous forme d'espace indéfini et vide, nous ne voyons plus ni comment ces sensations participent de l'étendue ni comment elles se correspondent entre elles.
L'idée que toutes nos sensations sont extensives à quelque degré pénètre de plus en plus la psychologie contemporaine. On soutient, non sans quelque apparence déraison, qu'il n'y a pas de sensation sans < extensité ' » ou sans < un sentiment de volume' >. J^'idéalisme anglais prétendait réserver à la perception tactile le monopole de l'étendue, les autres sens ne s'exerçant dans l'espace que dans la mesure où ils nous rappellent les données du toucher. Une psychologie plus attentive nous révèle, au contraire, et révélera sans doute de
1, Ward, article Fayckology de YBncyclop. Brilannica. S, W. James, Principles of Psychology, t. II, p. 13i et suiv. — Remarquons en passant qu'on pourrait, à la rigueur, attribuer cette opinion à Knnt. nuisquo l'Esthétique transcendantale ne lait pas de différence entre es des divers sens en ce qui concerne leur extension dans l'ess il ne faut pas oublier que le point de vue de la critique est tout celui de la psychologie, et qu'il suf&t & son objet que toutes nos 3 finissent par être localisées dons l'espace quand la perception a forme déSnitive.
.byGoogIc
ÉTEHDUB ET EXTEHSION Î13
mieux en mieux la uécessité de tenir toutes les gensations pour primitivement exteosives, leur étendue pâlissant et s'eflaçant devant l'inteasitë et l'utilité supérieures de l'étendue tactile, et sans doute aussi de l'étendue visuelle.
Ainsi enteQd<i> l'espqce est bien le symbole de la fixité et de la divisibilité & l'infini. L'étendue concrète, c'est-à-dire la diversité des qualités' sensibles, n'est pas en lui ; c'est lui que nous mettons en elle. Il n'est pas le support sur lequel le mouvement réel se pose ; c'est le mouvement réel, au contraire, qui le dépose aii-dessous de lui. Mais notre imaginatioD, préoccupée avant tout de la commodité de l'expression et des exigences de la vie matérielle, aime mieux renverser l'ordre naturel des termes. Habituée à chercher son point d'appui dans un monde d'images toutes construites, immo' biles, dont la fixité apparente reflète surtout l'invariabilité de nos besoins inférieurs, elle ne peut s'empécber de croire le repos antérieur à la mobilité, de le prendre pour point de repère, de s'installer en lui, et de ne plus voir enfin dans le mouvement qu'une variation de distance, l'espace précédant le mouvement. Alors, dans un espace homogène et indéfioiment divisible elle dessinera une trajectoire et fixera des positions : appliquant ensuite le mouvement contre la trajectoire, elle le voudra divisible comme cette ligne et, comme elle, dépourvu de qualité. Faut-il s'étonner si notre entendement, s'exerçaut désormais sur cette idée qui représente justement l'inversion du réel, n'y découvre que des contradictions ? Ayant assimilé les mouvements à l'espace, on trouve ces mouvements bomogënee comme l'espace ; et comme on ne veut plus voir entre eux que des diâéreuces calculables de direction et de vitesse, toute relation est abolie entre le mou-
n,g,t,7.cbyGOOglC
Sil CONSCIENCE ET H&TËRIALITÉ
vement et la qualité. Il ne rest* pliis alors qu'à parquer le mouvement dans l'espace, les qualités dans la coUBcience, et à établir eotre ces deux séries parallèles, incapables par hypothèse de se rejoindre jamais, une mystérieuse correspondauce. Rejetée dans la cODscience, la qualité sensible devient impuissante à reconquérir l'étendue. Relégué dans l'espace, et dans t'espace abstrait, où il o'y a jamais qu'un instant unique et où tout recommence toujours, le mouvement renonce à cette solidarité du présent et du passé qui est son essence même. Et comme ces deux aspects de la perception, qualité et mou> vement, s'enveloppent d'une égale obscurité, le phénomène de la perception, où une conscience enfermée en elle-même et étrangère à l'espace traduirait ce qui a lieu dans l'espace, devient un mystère. — Écartons au contraire toute idée préconçue d'interprétation ou de mesure, plaçons-nous face à face avec ta réalité immédiate : nous ne trouvons plus une distance infranchissable, plus de différence essentielle, pas même de distinction véritable entre la perception et la chose perçue, entre la qualité et le mouvement.
Nous revenons ainsi, par un long détour, aux conclusions que nous avions dégagées dans le premier chapitre de ce livre. Notre perception, disions-nous, est originairement dans les choses plutôt que dans l'esprit, hors de nous plutôt qu'en nous. Les perceptions des divers genres marquent autant de directions vraies de la réalité. Mais cette perception qui coïncide avec son objet, ajoutions-nous, existe en dro it plutO t qu'en fait : elle aurait lieu dans l'instantané. Dans la perception concrète la mémoire intervient, et la subjectivité des qualités sensibles tient justement à ce que notre conscience.
D<,,i,....b,.Googlc
L'AME ET LE CORPS qui commence par n'être que mémoire, prolong< les autres, pour les contracter dans une intui une pluralité de moments.
Conscience et matière, âme et corps entrai contact dans la perception. Mais cette idée restai un certain cfité, parce que notre perception, et p; aussi notre conscience, semblaient alors particip sibilité qu'on attribue à la matière. Si nous rëp rellemeot, dans l'hypothèse dualiste, à accept dence partielle de l'objet perçu et du sujet qui parce que nous avons conscience de l'anîté iadii perception, au lieu que l'objet nous parait être, indéfiniment divisible. De là l'hypothèse d'un avec des sensations inextensives, placée en face plicité étendue. Mais si la divisibilité de la ma entière relative à notre action sur elle, c'est-à faculté d'en modifier l'aspect, si elle appartient, tiëre même, mais à l'espace que nous tendons s cette matière pour la|aire tomber sous nos pi difficulté s'évanouira matière étendue, envisa ensemble, est comme une conscience où tout s compense et se neutralise! elle ofire véritablemi bilité de. notre perception ; de sorte qu'inver pouvons, sans scrupule, attribuer à la percep chose de l'étendue de la matière, Cesdeus terme et matière, marchent aiasi l'un vers l'autre â nous nous dépouillons davantage de ce qu'on pou les préjugés de l'action : la sensation reconquiei l'étendue concrète reprend sa continuité et son naturelles. Et l'espace homogène, qui s& dresE
byGooglc