‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 64 sur 71 · S CONSCIENCE EX MATÉRIALITÉ · texte numérisé non relu

S CONSCIENCE EX MATÉRIALITÉ

muB. Et il D'y a rien de commun non plus, par conséquent, entre retendue, qui est toujours tactile, et les données des sens autres que le toucher, lesquelles ne sont étendues en aucune manière.

Mais le réalisme atomistique, à son tour, qui met les mouvements dans l'espace et les sensations dans la cooscience, ne peut rien découvrir de commun enlre les modiûcations ou phénomènes de l'étendue et les sensations qui y répondent. Ces sensations se dégagerafentdecesmodifications comme des espèces de phosphorescences, ou bien encore elles traduiraient dans la langue de l'âme les manifestations de la matière ; mais pas plus dans un cas que dans l'autre elles ne reQéte< raient l'image de leurs causes. Sans doute elles remontent tontes à une origine commune, qui est le mouvement dans l'espace ; mais justement parce qu'elles évoluent en dehors de l'espace, elles renoncent, en tant que sensations, à la parenté qui liait leurs causes. Rompant avec l'espace, elles rompent aussi entre elles, et ne participent ainsi ni les unes des autres, ni de l'étendue.

Idéalisme et réalisme ne difièrent donc ici qu'en ce que le premier lait reculer l'étendue ju^u'à la perception tactile, dont elle devient la propriété exclusive, tandis que le second repousse l'étendue plus loin encore, en dehors de toute perception. Mais les deux doctrines s'accordent à affirmer la discontinuité des divers ordres de qualités sensibles, comme aussi le passage brusque de ce qui est purement étendu à ce qui n'est étendu en aucune manière. Or, les principales difQcultés qu'elles rencontrent l'une et l'autre dans la théorie de la perception dérivent de ce postulat commun.

Veut-on en effet, avec Berkeley, que toute perception d'é-

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ÉTENDUE ET EITEN'SIOM a»-

tendue se rapporte au toucher? Ou pourra, à la rigueur, refuser l'extensioD aux doDuées de l'ouïe, de l'odorat et dU' goût ; mais il laudrs au moios expliquer la geuëse d'ua espace visuel, correspoudant à l'espace tactile. On alloue, il est vrai, que la vue Huit par devenir symbolique du toucher, et qu'il n'y a rien de plus, dans la perceptiou visuelle des rapports^ d'espace, qu'une su^estion de perceptions tactiles. Mais on nous fera dilûcilement comprendre comment la perception visuelle du relief, par exemple, perception qui fait sur nousnne impression sui generis, d'ailleurs indescriptible, coïncideavec le simple souvenir d'une sensation du toucher. L'association d'un souvenir à une perception présente peut compliquer cette perceptioD en l'enrichissant d'un élément connu mais non pas créer un nouveau genre d'impression, une nouvelle qualité do perception : or la perception visuelle de relief présente un caractère absolument original. Dira-t-on <ju'oudonne l'illusion du relief avec une surface plate ? On établira pjr 1& qu'une surface, où les jeux d'ombre et de lumière de l'objet en relief sont plus ou moins bien imités, sufût à nousrappeler le relief ; mais encore faut-il, pour que le relief soit rappelé, qu'il ait été d'abord pour tout de bon perçu. Nous l'avons déjà dit, mais nous ne saurions trop le répéter : nosthéories de la perception sont tout entières viciées par celte idée que si un certain dispositif produit, à un moment donné, rUlusion d'une certaine perception, il a toujours pu suffire à produire cette perception mAme ; — comme si le râle de la mémoire n'était pas justement de faire survivre la complexité de l'effet à la simplification de la cause I Dira-t-on que la rétine est elle-même une surface plate, et que si nous percevons par la vue quelque chose d'étendu, ce ne peut être en.

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