‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 67 sur 71 · L'AME ET LE CORPS 2H · texte numérisé non relu

L'AME ET LE CORPS 2H

raison de dire, au début de ce livre, que la distinction du corps et de l'esprit ne doit pas s'établir en fonctiop de l'espace, mais du temps.

Le tort du dualisme vulgaire est de se placer au point de rue de l'espace, de mettre d'un cdté la matière avec ses modifications dans l'espace, de l'autre des sensations inextensives dans la conscience. De là l'impossibilité de comprendre comment l'esprit agit sur le corps ou le corps sur l'esprit. De là les hypothèses qui ne sont et ne peuvent être que des constatations déguisées du fait, — l'idée d'un parallélisme ou cella d'une barmonie préétablie. Maïs de là aussi l'impossibilité de constituer soit une psychologie de la mémoire, soit une métaphysique de la matière. Nous avons essayé d'établir que cette psychologie et cette métaphysique sont solidaires, et que les difficultés s'atténuent dans un dualisme qui, partant de la perception pure oii le sujet et l'objet coïncident, pousse le développement de ces deux termes dans leurs durées respectives, — la matière, à mesure iju'on en continue plus loin l'analyse, tendant de plus en plus à n'être qu'une succession de moments in&oiment rapides qui se déduisent tes uns des autreset par là s'éqmvatent; l'esprit étant déjà mémoire dans la perception, et s'afârmant de plus en plus comme un prolongement du passé dans le présent, un progrès, une évolution véritable.

Mais la relation du corps à l'esprit en devient^elle plus claire? A une distinction spatiale nous substitoons une distinction temporelle : les deux termes en sont-ila plus capables de s'unir ? Il faut remarquer que la première distinction oe comporte pas de degrés : la matière est dans l'espace, l'esprit est hors de l'espace ; il n'y a pas de transition possible entre

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S4S CONSCIENCE ET HATËRIALITË

eux. Au contraire, si le rôle le plus humble de l'esprit est de lier les moments successifs de la durée des choses, si c'est dans cette opération qu'il prend contact avec la matière el i qu'il s'en distingue d'abord, on conçoit une ;rés entre la matière et l'esprit pleinement dévet capable d'action non seulement indéterminée, ible et Téfléchie. Chacun de ces degrés succesire une intensité croissante de rie, répond à une msion de durée et se traduit au dehors par un tveloppement du système sensori-moteur- Gonors ce système nerveux? Sa complexité croisi laisser une latitude de plus en plus grande à Hre vivant, la faculté d'attendre avant de réagir, 'excitation reçue en rapport avec une variété de riche de mécanismes moteurs. Mais ce n'est là t, et l'organisation plus complexe du système semble assurer une pins grande indépendance A ds-à-vîs de la matière, ne fait que symboliser it cette indépendance même, c'est-à-dire la force i permet à l'être de se dégager du rythme des choses, de retenir de mieux en mieux le luencer de plus en plus prolondément l'avenir, Un, au sens spécial que nous donnons à ce mot, dusi, entre la matière brute et l'esprit le plus flexion il y a toutes les intensités possibles de u, ce qui revient au même, tous les degrés de is la première hypothèse, celle qui exprime la l'esprit et du corps en termes d'espace, corps comme deux voies ferrées qui se couperaient à dans la seconde, les rails se raccordent selon

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une courbe, de sorte qu'on passe îusensiblemeDt d'une voie sur l'autre.

Mais y a-t-il là autre chose qu'une image? Et la dislinctioa ne reste-t-elle pas tranchée, l'opposition irréductible, entre la matière proprement dite et le plus humble degré de liberté ou de mémoire ? Oui sans doute, la distinction subsiste, mais l'union devient possible, puisqu'elle serait donnée, sous 1 forme radicale de la coïncidence partielle, dans la perception pure. Les difficultés du dualisme vulgaire ne viennent pas df ce que les deux termes se distinguent, mais de ce qu'on m, voit pas comment l'un des deux se grefie sur l'autre. Or, nous l'avons montré, la perception pure, qui serait le plus bas degré de l'esprit, — l'esprit sans la mémoire, — ferait véritablement partie de la matière telle que nous l'entendons- Allons plus loin : la mémoire n'intervient pas comme une fonction dont la matière n'aurait aucun presseatiment et qu'elle n'imiterait pas déjà à sa manière. Si la matière ne se souvient pas du passé, c'est parce qu'elle répète le passé sans cesse, parce que, soumise à la nécessité, elle déroule une série de moments dont chacun équivaut au précédent et peut s'en déduire : ainsi, son passé est véritablement donné dans son présent. Mais un être qui évolue plus ou moins librement crée à chaque moment quelque chose de nouveau : c'est donc en vain qu'on chercherait à lire son passé dans son présent Si le passé ne se déposait pas en lui à l'état de souvenir. Ainsi, pour reprendre une métaphore qui a déjà paru plusieurs fois dans ce livre, il faut, pour des raisons setçhlables, que le passé soit joué par la matière, imaginé par l'esprit.

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