‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 8 sur 71 · MATURE DE LA SEKSATIOH AFFECTIVE »T · texte numérisé non relu

MATURE DE LA SEKSATIOH AFFECTIVE »T

que cet orgaaisme a la faculté de se mouvoir pour échapper au danger ou pour réparer ses pertes, l'élément sensîtif caaserve l'immobilité relative à laquelle la division du travail le condamne. Ainsi oatt la douleur, laquelle n'est point autre chose, selon nous, qu'un eHort de l'élément lésé pour remettre les choses en place, — une espèce de tendance motrice sur un nerf sensible. Toute douleur doit donc consister dans un cfEort, et dans un effort impuissant. Toute douleur est un eflort local, et c'est cet isolement même de l'efiort qui est cause de son impuissance, parce que l'organisnie, en raison de la solidarité de ses parties, n'est plus apte qu'aux effets d'ensemble. C'est aussi parce que l'effort est local que la douleur est absolument disproportionnée au danger couru par l'être vivant : !e danger peut être mortel et la douleur légère ; la douleur peut être insupportable (comme celle d'un mal de dents) et le péril insignifiant. Il y a donc, il doit y avoir ua nioment précis où la douleur intervient : c'est lorsque la portion intéressée de l'organisme, au lieu d'accueillir l'excitation, la repousse. Et ce n'est pas seulement une différence de degré qui sépare la perception de l'affection, mais une différence de nature.

Ceci posé, nous avons considéré le corps vivant comme une espèce de centre d'oit se réfféchit, sur les objets environnants, l'action que ces objets exercent sur lui : en cette réQexioa consiste la perception extérieure. Mais ce centre n'est pas un point mathématique : c'est un corps, exposé, comme tous les corps de la nature, à l'action des causes extérieures qui menacent de le désc^réger. Nous venons de voir qu'il résiste à l'influence de ces causes. 11 ne se borne pas à réfléchir l'action du dehors ; il lutte, et absorbe ainsi quelque chose de

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cette action. Là serait la source de l'aflectiOD. Où pourrait donc dire, par métaphore, que si la perception mesure le pouvoir réilecteur du corps, l'aflectioa ea mesure le pouvoir absorbant.

Mais ce n'est là qu'une métaphore. II faut voir de plus près les choses, et bien comprendre que la nécessité de l'aflection découle de l'existence de la perception elle-même. La perception, entendue comme nous l'entendons, mesure notre action possible sur les choses et par là, inversement, l'action possible- des choses sur nous. Plus grande est la puissance d'agir du corps (symbolisée par une complication supérieure du système nerveux), plus vaste est le champ que la perception embrasse. La distance qui sépare notre corps d'un objet perçu mesure donc véritablement la plus ou moins grande imminence d'un danger, la plus ou moins prochaine échéance d'une promesse. Et par suite, notre perception d'un objet distinct de notre corps, séparé de notre corps par un intervalle, n'exprime jamais qu'une action virtuelle. Mais plus la distance décroit entre cet objet et notre corps, plus, en d'autres termes, le danger devient urgent ou la promesse immédiate, plus l'action virtuelle tend à se transformer en action réelle. Passez maintenant à la limite, supposez que la distance devienne nulle, c'est-à-dire que l'objet à percevoir coïncide avec notre corps, c'est-à-dire enfin que notre propre corps soit l'objet à percevoir. Alors ce n'est plus une action virtuelle, mais une action réelle que cette perception toute spéciale exprimera : t'aftection consiste en cela même. Nos seosations sont donc à nos perceptions ce que l'action réelle de notre corps est à son action possible ou virtuelle. Son action virtuelle concerne les autres objets et se dessine dans ces

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