RÉALISME ET IDÉALISME
et le spiritualisme, se pose donc, selon nous, dans les termes
- suivants : D'où vient que les mêmes images peuvent entrer à la
fois dans deux systèmes différents, l’un où chaque image varie pour elle-même et dans la mesure bien défime où elle subit l'action réelle des images environnantes, l'autre où toutes varient pour une seule, et dans la mesure variable où elles réfléchissent
… l'action possible de cette image privilégiée ?
Toute image est intérieure à certaines images et extérieure à d’autres: mais de l’ensemble des images on ne peut dire qu’il nous soit intérieur ni qu'il nous soit extérieur, puisque
. l'intériorité et l’extériorité ne sont que des rapports entre
images. Se demander si l'univers existe dans notre pensée
seulement ou en dehors d’elle, c’est donc énoncer le pro-
blème en termes insolubles, à supposer qu'ils soient intelli-
. gibles ; c’est se condamner à une discussion stérile, où les
termes pensée, existence, univers, seront nécessairement pris
de part et d'autre dans des sens tout différents. Pour trancher
- le débat, il faut trouver d’abord un terrain commun où la
lutte s'engage, et puisque, pour les uns et pour les autres, nous ne saisissons les choses que sous forme d'images, c’est en fonction d'images, et d'images seulement, que nous devons poser le problème. Or, aucune doctrine philosophique ne
» conteste que les mêmes images puissent entrer à la fois dans
deux systèmes distincts, l’un qui appartient à la scence, et où
1 chaque image, n'étant rapportée qu'à elle-même, garde une
valeur absolue, l’autre qui est le monde de la conscience, et
où toutes les images se règlent sur une image centrale, notre - corps, dont elles suivent les variations. La question posée
- entre le réalisme et l’idéalisme devient alors très claire :
quels sont les rapports que ces deux systèmes d'images sou-
Lé
tiennent entre eux ? Et il est aisé de voir que l’idéalisme sub jectif consiste à faire dériver le premier système du second, le. réalisme matérialiste à tirer le second du premier. Le réaliste part en effet de l’univers, c'est-à-dire d'un ensemble d'images gouvernées dans leurs rapports mutuels. par des lois immuables, où les effets restent proportionnés à" leurs causes, et dont le caractère est de n’avoir pas de centre, toutes les images se déroulant sur un même plan qui se prolonge indéfiniment. Mais force lui est bien de constater qu’en. jutre de ce système il y a des perceptions, c’est-à-dire des systèmes où ces mêmes images sont rapportées à une seule d’entre elles, s’échelonnent autour de celle-ci sur des plans” différents, et se transfigurent dans leur ensemble pour des modifications légères de cette image centrale. C’est de cette | perception que part l’idéaliste, et dans le système d’images: qu'il se donne il y a une image privilégiée, son corps, sur laquelle se règlent les autres images. Mais dès qu'il veut. rattacher le présent au passé et prévoir l'avenir, il est bien. obligé d'abandonner cette position centrale, de replacer toutes les images sur le même plan, de supposer qu’elles ne varient plus pour lui mais pour elles, et de les traiter comme si elles faisaient partie d’un système où chaque changement donne la mesure exacte de sa cause. A cette condition seule-. ment la science de l’univers devient possible; et puisque cette science existe, puisqu'elle réussit à prévoir l'avenir, l'hypothèse qui la fonde n’est pas une hypothèse arbitraire. Le premier système est seul donné à l'expérience pré sente; mais nous croyons au second par cela seul que nous ‘affirmons la continuité du passé, du présent et de l’avenir. Ainsi, dans l’idéalisme comme dans le réalisme, on pose