‹ Matière et mémoireChapitre 16 sur 77 · PRE · texte numérisé non relu

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meuvent ; ou bien encore (ce qui revient à peu près au même), on imaginera des rapports de grandeur qui se composeraient entre eux, des fonctions qui évolueraient en développant leur contenu : dès lors la représentation, chargée des dépouilles | de la matière, se déploiera librement dans une conscience inextensive. Mais il ne suffit pas de tailler, il faut coudre. Ces qualités que vous avez détachées de leur soutien matériel, il faudra maintenant expliquer comment elles vont le rejoindre. | Chaque attribut dont vous diminuez la matière élargit l’intervalle entre la représentation et son objet. Si vous faites cette matière inétendue, comment recevra-t-elle l’extension ? Si . vous la réduisez au mouvement homogène, d'où naîtra donc

la qualité? Surtout, comment imaginer un rapport entre la chose et l’image, entre la matière et la pensée, puisque chacun de ces deux termes ne possède, par définition, que ce qui manque à l'autre? Ainsi les difficultés vont naître sous vos pas, et chaque effort que vous ferez pour dissiper l’une d’elles ne pourra que la résoudre en beaucoup d’autres. Que vous demandons-nous alors ? Simplement de renoncer à votre coup de baguette magique, et de continuer dans la voie où vous étiez entré d’abord. Vous nous aviez montré les images extérieures atteignant les organes des sens, modifiant les nerfs, propageant leur influence dans le cerveau. Allez jusqu’au bout. Le mouvement va traverser la substance cérébrale, non sans y avoir séjourné, et s’épanouira alors en action volontaire. Voilà le tout du mécanisme de la perception. Quant à la perception même, en tant qu’image, vous n’avez pas à en retracer la genèse, puisque vous l’avez posée d’abord et que vous ne pouviez pas, d’ailleurs, ne pas la poser : en vous donnant le cerveau, en vous donnant la moindre parcelle de

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matière, pe vous donniez-vous pas la totalité des images ? Ce que vous avez donc à expliquer, ce n’est pas comment la per-

ception naît, mais comment elle se limite, puisqu'elle serait,

en droit, l’imuge du tout, et qu’elle se réduit, en fait, à ce qui

vous intéresse. Mais si elle se distingue justement de l’image

| pure et simple en ce que ses parties s’ordonnent par rapport

à un centre variable, sa limitation se comprend sans peine : indéfinie en droit, elle se restreint, en fait, à dessiner la part

d’indétermination laissée aux démarches de cette image spé-

ciale que vous appelez votre corps. Et par suite, iïversement, lindétermination des mouvements du corps, telle qu’elle résulte de la structure de la substance grise du cerveau, donne la mesure exacte de l’étendue de votre perception. Il

ne faut donc pas s'étonner si tout se passe comme si votre

perception résultait des mouvements intérieurs du cerveau et sortait, en quelque sorte, des centres corticaux. Elle n’en saurait venir, car le cerveau est une image comme les autres, enveloppée dans la masse des autres images, et il serait absurde que le contenant sortit du contenu. Mais comme la structure Gu cerveau donne le plan minutieux des mouvements entre lesquels vous avez le choix, comme, d’un autre côté, la portion des images extérieures qui paraît revenir sur elle-même pour constituer la perception dessine justement tous les points de l'univers sur lesquels ces mouvements

… auraient prise, perception consciente et modification céré-

brale se correspondent rigoureusement. La dépendance réci-

proque de ces deux termes tient donc simplement à ce qu'ils

. sont, l'un et l’autre, fonction d’un troisième, qui est l'indé-

. termination du vouloir.

Soit, par exemple, un point lumipeux P dont les rayons

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agissent sur les différents points a, b, c de la rétine. En ce point P la science localise des vibrations d’une certaine smplitude et d’une certaine durée. En ce même point P:la conscience perçoit de la lumière. Nous nous proposons de montrer, dans le courant de cette étude, qu’elles ont raison l’une et l’autre, et qu’il n’y a pas de différence essentielle entre cette lumière et ces mouvements, pourvu qu’on rende . au mouvement l’unité, l’indivisibilité et l’hétérogénéité qualitative qu'une mécanique abstraite lui refuse, pourvu aussi | qu'on voie dans les qualités sensibles autant de contractions opérées par notre mémoire : science et conscience coïncideraient dans l’instantané. Bornons-nous provisoirement à dire, sans trop approfondir ici le sens des mots, que le point P envoie à la rétine des ébrarlements lumineux. Que va-t-il se passer ? Si l’image visuelle du point P n’était pas donnée, il y aurait lieu de chercher comment elle se forme, et l’on se trouverait bien vite en présence d’un problème insoluble. Mais de quelque manière qu’on s'y prenne, on ne peut s'empèêcher de la poser d’abord : l’unique question est donc de savoir pourquoi et comment cette image est choisie pour faire partie de ma perception, alors qu’une infinité d’autres images en demeurent exclues. Or, je vois que les ébranlements transmis du point P aux divers corpuscules rétiniens sont conduits aux centres optiques sous-corticaux et corticaux, souvent aussi à d’autres centres, et que ces centres tantôt les transmettent à des mécanismes moteurs, tantôt les arrêtent provisoirement. Les éléments nerveux intéressés sont donc bien ce qui donne à l’ébranlement reçu son efficacité; ils symbolisent l’indétermination du voulcir ; de leur intégrité dépend cette indétermination; et, par suite, toute lésion de ces élé-

ments, en diminuant notre action possible, diminuera d'autant la perception. En d’autres termes, s’il existe dans le monde matériel des points où les ébranlements recueillis ne sont pas mécaniquement transmis, s’il y a, comme nous le disions, des zones d'indétermination, ces zones doivent précisément se rencontrer sur le trajet de ce qu’on appelle le processus sensori-moteur ; et dès lors tout doit se passer comme si les rayons Pa, Pb, Pc étaient perçus le long de ce trajet et projetés ensuite en P. Bien plus, si cette indétermination est - chose qui échappe à l’expérimentation et au calcul, il n’en est - pas de même des éléments nerveux sur lesquels l'impression est recueillie et transmise. C’est donc de ces éléments que devront s'occuper physiologistes et psychologues ; sur eux se règlera et par eux s’expliquera tout le détail de la perception extérieure. On pourra dire, si l’on veut, que l’excitation, après avoir cheminé le long de ces éléments, après avoir gagné le - centre, s’y convertit en une image consciente qui est extériorisée ensuite au point P. Mais, en s’exprimant ainsi, on se pliera simplement aux exigences de la méthode scientifique ; on ne décrira pas du tout le processus réel. En fait, il n’y a pas une image inextensive qui se formerait dans la conscience et se projetterait ensuite en P. La vérité est “ que le point P, les rayons qu'il émet, la rétine et les éléments nerveux intéressés forment un tout solidaire, que le point lumineux P fait partie de ce tout, et que c’est bien en P, et non pas ailleurs, que l’image de P est formée et ‘perçue.

En nous représentant ainsi les choses, nous ne faisons que revenir à la conviction naïve du sens commun. Tous, nous Lavons commencé par croire que nous entrions dans l’objet

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