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L'IMAGE, ISOLÉE DE LA SENSATION AFFECTIVE

outre pour elle des faits mal interprétés, qu’il convient dès maintenant d'examiner.

D'abord , il semble que la localisation d’une sensation affective en un endroit du corps exige une véritable éducation. Un certain temps s’écoule avant que l’enfant arrive À toucher du doigt le point précis de la peau où il a été piqué. Le fait est incontestable, mais tout ce qu’on en peut conclure, c'est qu'un tâtonnement est nécessaire pour coordonner les impressions douloureuses de la peau, qui a reçu la piqûre, à celles du sens musculaire, qui dirige les mouvements du bras et de la main. Nos affections internes, comme nos percep- “tions externes, se répartissent en genres différents. Ces genres, comme ceux de la perception, sont discontinus, séparés par des intervalles que comble l’éducation. Il ne suit nullement de là qu’il n’y ait pas, pour chaque genre d'affection, une localisation immédiate d’un certain genre, une couleur ocale qui lui soit propre. Allons plus loin : si l’affection n’a pas cette couleur locale tout de suite, elle ne l’aura jamais. Car tout ce que l’éducation pourra faire sera d’associer à la sensation affective présente l’idée d’une certaine perception possible de la vue et du toucher, de sorte qu’une affection “déterminée évoque l’image d’une perception visuelle ou tactile, déterminée également. Il faut donc bien qu’il y ait, dans cette affection même, quelque chose qui la distingue des autres affections du même genre et permette de la rattacher “à telle donnée possible de la vue ou du toucher plutôt qu’à toute autre. Mais cela ne revient-il pas à dire que l’aflection possède, dès le début, une certaine détermination extensive ? ” On allègue encore les localisations erronées, l'illusion des amputés (qu’il y aurait lieu, d’ailleurs, de soumettre à

un nouvel examen). Mais que conclure de là, sinon que l’'édu-«

cation subsiste une fois reçue, et que les données de la k

mémoire, plus utiles dans la vie pratique, déplacent celles

de la conscience immédiate ? Il nous est indispensable, en

vue de l’action, de traduire notre expérience affective en don-«

nées possibles de la vue, du toucher et du sens musculaire:

Une fois cette traduction établie, l'original pâlit, mais elle

n'aurait jamais pu se faire si l'original n'avait été posé

d’abord, et si la sensation affective n’âvait pas été, dès le début, localisée par sa seule force et à sa manière.

Mais le psychologue a une très grande peine à accepter

cette idée du sens commun. De même que la perception, à ce

qu’il lui semble, ne pourrait être dans les choses perçues que

si les choses percevaient, ainsi une sensation ne pourrait

être dans le nerf que si le nerf sentait : or le nerf ne sent 5 e s\

évidemment pas. On va donc prendre la sensation au point

où le sens commun la localise, l'en extraire, la rapprocher

du cerveau, dont elle paraît dépendre plus encore que du

nerf ; et on aboutirait ainsi, logiquement, à la mettre dans le

cerveau. Mais on s’aperçoit bien vite que si elle n’est pas au

point où elle paraît se produire, elle ne pourra pas davan-

tage être ailleurs ; que si elle n’est pas dans le nerf, elle ne ;

sera pas non plus dans le cerveau; car pour expliquer sa

projection du centre à la périphérie, une certaine force est

nécessaire, qu'on devra attribuer à une conscience plus ou«

moins active. Il faudra donc aller plus loin, et après avoir ‘

fait converger les sensations vers le centre cérébral, les pous-

ser tout à ia fois hors du cerveau et hors de l’espace. On se :

représentera alors des sensations absolument inextensives, et

d'autre part un espace vide, indifférent aux sensations qui

viendront s’y projeter ; puis on s’épuisera en efforts de tout genre pour nous faire comprendre comment les sensations inextensives acquièrent de l'étendue, et choisissent, pour s’y localiser, tels points de l’espace de préférence à tous les autres. Mais ceite doctrine n’est pas seulement incapable de nous montrer clairement comment l’inétendu s'étend ; elle rend également inexplicables l’affection, l’extension et la représentation. Elle devra se donner les états affectifs comme autant d’absolus, dont on ne voit pas pourquoi ils apparaissent ou disparaissent à tels ou tels moments dans la

… conscience. Le passage de l'affection à la représentation

restera enveloppé d’un mystère aussi impénétrable, parce

que, nous le répétons, on ne trouvera jamais dans des états

intérieurs, simples et inextensifs, une raison pour qu’ils

ù adoptent de préférence tel ou tel ordre déterminé dans l’es-

pace. Et enfin la représentation elle-même devra être posée comme un absolu : on ne voit ni son origine, ni sa destination.

Les choses s’éclaircissent, au contraire, si l’on part de la représentation même, c'est-à-dire de la totalité des images perçues. Ma perception, à l’état pur, et isolée de ma mémoire, ne va pas de mon corps aux autres corps : elle est dans l’ensemble des corps d’abord, puis peu à peu se limite, et adopte mon corps pour centre. Et elle y est amenée justement par l'expérience de la double faculté que ce corps possède d’accomplir des actions et d’éprouver des affections, en un mot par l’expérience du pouvoir sensori-moteur d’une certaine

image, privilégiée entre toutes les images. D’un côté, en effet,

. cette image occupe toujours le centre de la représentation,

de manière que les autres images s’échelonnent autour d'elle

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