PASSAGE AU PROBLÈME DE LA MÉMOIRE
cience avec des sensations inextensives. C'est au contraire | dans une perception extensive que sujet et objet s’uniraient | d'abord, l'aspect subjectif de la perception consistant dans la
contraction que la mémoire opère, la réalité objective de la | matière se confondant avec les ébranlements multiples et suc- | cessifs en lesquels cette perception se décompose intérieure- ment. Telle est du moins la conclusion qui se dégagera, nous
l'espérons, de la dernière partie de ce travail : les questions
relatives au sujet et à l'objet, d leur distinction et. à leur union, … doivent se poser en fonction du temps plutôt que de l'espace.
| Mais notre distinction de la « perception pure » et de la
… «mémoire pure » vise un autre chjet encore. Si la perception
pure, en nous fournissant des indications sur la nature de la
matière, doit nous permettre de prendre position entre le
réalisme et l’idéalisme, la mémoire pure, en nous ouvrant
ue perspective sur ce qu’on appelle l'esprit, devra de son
côté départager ces deux autres doctrines, matérialisme et
spiritualisme. Même, c'est cet aspect de la question qui nous
; préoccupera d'abord dans les deux chapitres qui vont suivre,
parce que c’est par ce côté que notre hypothèse comporte, en quelque sorte, une vérification expérimentale.
On pourrait résumer, en effet, nos conclusions sur la perception pure en disant qu il y a dans la matière quelque chose on plus, mais non pas quelque chose de différent, de ce qui est actuellement donné. Sans doute la perception consciente n’atteint pas le tout de la matière, puisqu'elle consiste, en tant que consciente, dans la séparation ou le < discernement »
deice qui, dans cette matière, intéresse nos divers besoins. Mais entre cette perception de la matière et la matière même
-. Bercson. Matière et mémoire. 5
il n’y a qu'une différence de degré, et non de nature, la per
ception pure étant à la matière dans le rapport de la partie
au tout. C’est dire que la matière ne saurait exercer des pou-.
voirs d'un autre genre que ceux que nous y apercevons. Elle
u’a pas, elle ne peut recéler de vertu mystérieuse. Pour. prendre un exemple bien défini, celui d’ailleurs qui nous intéresse le plus, nous dirons que le système nerveux, masse
matérielle présentant certaines qualités de couleur, de résis- |
tance, de cohésion, etc., possède peut-être des propriétés.
physiques inaperçues, mais des propriétés physiques seule
ment. Et dès lors il ne peut avoir pour rôle que de recevoir,
d’inhiber ou de transmettr e du mouvement.
Or, l'essence de tout matérialisme est de soutenir le con
traire, puisqu'il prétend faire naître la conscience avec toutes
ses fonctions du seul jeu des éléments matériels. Par là il est"
conduit à considérer déjà les qualités perçues de la matière”
elles-mêmes, les qualités sensibles et par conséquent senties,
comme autant de phosphorescences qui suivraient la trace
des phénomènes cérébraux dans l’acte de perception. La ma-
tière, capable de créer ces faits de conscience élémentaires, 4 engendrerait aussi bien les faits intellectuels les plus élevés «
Il est donc de l'essence du matérialisme d'affirmer la parfaite Â
relativité des qualités sensibles, et ce n’est pas sans raison.
que cette thèse, à laquelle Démocrite a donné sa formule f
précise, se trouve être aussi ancienne que le matérialisme.
Mais, par un étrange aveuglement, le spiritualisme a tou-
jours suivi le matérialisme dans cette voie. Croyant enrichir « l'esprit de tout ce qu’il ôtait à la matière, il n’a jamais hésité
À dépouiller cette matière des qualités qu’elle revêt dans notre perception, et qui seraient autant d' apparences subjec-