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PASSAGE AU PROBLÈME DE LA MÉMOIRE

| tives. Il a trop souvent fait ainsi de la matière une entité

mystérieuse, qui, justement parce que nous n’en Connaissons plus que la vaine apparence, pourrait aussi bien engendrer les phénomènes de la pensée que les autres.

La vérité est qu’il y aurait un moyen, et un seul, de réfuter le matérialisme : ce serait d'établir que la matière est absolu-

… ment comme elle paraît être. Par là on éliminerait de la

| matière toute virtualité, toute puissance cachée, et les phé-

nomènes de l'esprit auraient une réalité indépendante. Mais

pour cela il faudrait laisser à la matière ces qualités que matérialistes et spiritualistes s'accordent à en détacher, ceux-

cdi pour en faire des représentations de l’esprit, ceux-là pour

n'y voir que le revêtement accidentel de l’étendue. Telle est précisément l'attitude du sens commun vis-à-vis

“de la matière, et c’est pourquoi le sens commun croit à l’es-: >

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prit. Il nous a paru que la philosophie devait adopter ici l'attitude du sens commun, en la corrigeant toutefois sur un point. La mémoire, pratiquement inséparable de la perception, intercale le passé dans le présent, contracte aussi dans. une intuition unique des moments multiples de la durée, et

“ainsi, par sa double opération, est cause qu’en fait nous per-

cevons la matière en nous, alors qu’en droit nous la percevons en elle,

De là l'importance capitale du problème de la mémoire. Si “la mémoire est ce qui communique surtout à la perception Son caractère subjectif, c’est, disions-nous, à en éliminer l'apport que devra viser d’abord la philosophie de la matière. “Nous ajouterons maintenant : puisque la perception pure nous donne le tout ou au moins l'essentiel de la matière,

“puisque le reste vient de la mémoire et se surajoute à la

LA

matière, il faut que la mémoire soit, en principe, une puis- ; sance absolument indépendante de la matière. Si donc l' esprit.

est une réalité, c’est ici, dans le phénomène de la mémoire” que nous devons le toucher expérimentalement. Et dès lors, toute tentative pour dériver le souvenir pur d’une opération

du cerveau devra révéler à l’analyse une illusion iondamentale. 3 Disons la même chose sous une forme plus claire. Nout soutenons quela matière n’a aucun pouvoir occulte ou inconnaissable, qu’elle coïncide, dans ce qu’elle a d’essentiel, ave la perception pure. De là nous concluons que le corps vivant en général, le système nerveux en particulier, ne sont que des lieux de passage pour les mouvements, qui, reçus sous orme d’excit ation, sont transmis sous forme d'action réflexe ou volontaire. C’est dire qu’on attribuerait vainement, à la substance cérébrale la propriété d’engendrer des représen tations. Or, les phénomènes de la mémoire, où nous préten” dons saisir l'esprit sous sa forme la plus palpable, sont précisément ceux qu’une psychologie superficielle ferait le. plus volontiers sortir de l’activité cérébrale toute seule, justement parce qu’ils sont au point de contact entre la conscience et la matière, et que les adversaires mêmes du matérialisme. ne voient aucun inconvénient à traiter le cerveau comme un | récipient de souvenirs. Mais si l’on pouvait établir positive: | ment que le processus cérébral ne répond qu’à une très faible

partie de la mémoire, qu'il en est l'effet plus encore que. la cause, que la matière est ici, comme ailleurs, le véhicule.

d’une action et non le substrat d’une connaissance, alors la | thèse que nous soutenons se trouverait démontrée sur l'exemple qu’on y juge le plus défavorable, et la nécessité.

ra

d'ériger l'esprit en réalité indépendante s'imposerait. Mais | par là même s'éclaircirait peut-être en partie la nature de ce qu’on appelle l'esprit, et la possibilité pour l'esprit et la matière d’agir l’un sur l’autre. Car une démonstration de ce genre ne peut pas être purement négative. Ayant fait voir | ce que la mémoire n’est pas, nous serons tenus de chercher ce qu’elle est. Ayant attribué au corps l’unique fonction | de préparer des actions, force nous sera bien de rechercher pourquoi la mémoire paraît solidaire de ce corps, comment des lésions corporelles l’influencent, et dans quel sens elle se - modèle sur l'état de la substance cérébrale. Il est d’ailleurs impossible que cette recherche n’aboutisse pas à nous renseigner sur le mécanisme psychologique de la mémoire, comme aussi des diverses opérations de l’esprit qui s’y rattachent. Et inversement, si les problèmes de psychologie pure semblent recevoir de notre hypothèse quelque lumière, U l'hypothèse y gagnera elle-même en certitude et en solidité. ‘Mais nous devons présenter cette même idée sous une troi-

| Sième forme encore, pour bien établir comment le problème de la mémoire est à nos yeux un problème privilégié. Ce qui ressort de notre analyse de la perception pure, ce sont deux conclusions en quelque sorte divergentes, dont l’une dépasse

la psychologie dans la direction de la psycho-physiologie,

l'autre dans celle de la métaphysique, et dont ni l’une ni l’autre ne comportait par conséquent une vérification immédiate. La première concernait le rôle du cerveau dans la perception : le cerveau serait un instrument d’action, et non de

représentation. Nous ne pouvions demander la confirmation

directe de cette thèse aux faits, puisque la perception pure

porte par définition sur des obiets présents, actionnant nos

organes et nos centres nerveux, et que tout se passera toujours par conséquent comme si nos perceptions émanaient de notre … état cérébral et se projetaient ensuite sur un objet qui diffère absolument d'elles. En d’autres termes, dans le cas de la per-« ception extérieure, la thèse que nous avons combattue et celle que nous y substituons conduisent exactement aux mêmes conséquences, de sorte qu'on peut invoquer en faveur de | lune ou de l’autre d’entre elles son intelligibilité plus haute, mais non pas l'autorité de l’expérience. Au contraire, une étude empirique de la mémoire peut et doit les départager. | Le souvenir pur est en effet, par hypothèse, la représentation d'un objet absent. Si c’est dans une certaine activité céré brale que la perception avait sa cause nécessaire et suffisante, | cette même activité cérébrale, se répétant plus ou moins | complètement en l’absence de l’objet, suffira à reproduire la J | perception : la mémoire pourra donc s’expliquer intégrale\ ment par le cerveau. Que si, au contraire, nous trouvons que

le mécanisme cérébral conditionne le souvenir d’une certaine : | manière, mais ne suffit pas du tout à en assurer la survivance, ñ qu’il concerne, dans la perception remémorée, notre actions | plutôt que notre représentation, on pourra inférer de là qu’il jouait un rôle analogue dans la perception elle-même, et quel

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ETS TT ET ET RE. 7 Ve te da

sa fonction était simplement d'assurer notre action efficace | sur l’objet présent. Notre première conclusion se trouverait

ainsi vérifiée. — Resterait alors cette seconde conclusion, | ; d'ordre plutôt métaphysique, que nous sommes véritablement s placés hors de nous dans la perception pure, que nous tou- |

chons alors la réalité de l’objet dans une intuition immédiate. ci encore une vérification expérimentale était impossible, puisque les résultats pratiques seront absolument les mêmes,

soit que la réalité de l’objet ait été intuitivement perçue, soit qu'elle ait été rationnellement construite. Mais ici encore une étude du souvenir pourra départager les deux hypothèses. Dans la seconde, en effet, il ne devra y avoir qu’une différence d'intensité, ou plus généralement de degré, entre la perception et le souvenir, puisqu'ils seront ïj'un et l’autre des phénomènes de représentation qui se suffisent à eux-mêmes. Que si, au contraire, nous trouvons qu’il n’y a pas entre ie souvenir et la perception une simple différence de degré, mais une différence radicale de nature, les présomptions seront en faveur « de l'hypothèse qui fait intervenir dans la perception quelque -chose qui n’existe à aucun degré dans le souvenir, une réalité intuitivement saisie. Ainsi le problème de la mémoire est bien véritablement un problème privilégié, en ce qu’il doit conduire à la vérification psychologique de deux thèses qui paraissent invérifiables, et dont la seconde, d'ordre plutôt métaphysique, semblerait dépasser infiniment la psychologie. . La marche que nous avons à suivre est donc toute tracée. Nous allons commencer par passer en revue les documents de divers genres, empruntés à la psychologie normale ou pathologique, d’où l’on pourrait se croire autorisé à tirer une explication physique de la mémoire. Cet examen sera nécessairement minutieux, sous peine d’être inutile. Nous devons, en serrant d’aussi près que possible le contour des faits, chercher où commence et où finit, daris l'opération de la mémoire, le rôle du corps. Et c’est au cas où nous trouverions dans cette » étude la confirmation de notre hypothèse que nous n’hésiterions pas à aller plus loin, à envisager en lui-même le travail élémentaire de l'esprit, et à compléter ainsi la théorie que nous aurons esquissée des rapports de l’esprit avec la matièra

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