‹ Matière et mémoireChapitre 4 sur 77 · AVANT-PROPOS Y · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS Y

d’elle à travers l’histoire de la philosophie, a été en réalité

fort peu étudiée. Si on laisse de côté les théories qui se

bornent à constater l’« union de l’âme et du corps » comme

un fait irréductible et inexplicable, et celles qui parlent

. vaguement du corps comme d’un instrument de l'âme, il ne

reste guère d’autre conception de la relation psychophysiologique que l'hypothèse « épiphénoméniste » ou Vhypothèse « paralléliste », qui aboutissent l’une et l’autre dans la pratique — je veux dire dans l'interprétation des faits

particuliers — aux mêmes conclusions. Que lon consi-

dère, en effet, la pensée comme une simple fonction du

cerveau et l'état de conscience comme un épiphénomène de

. l’état cérébral, ou que l’on tienne les états de la pensée et

les états du cerveau pour deux traductions, en deux langues différentes, d’un même original, dans un cas

comme dans l’autre on pose en principe que, si nous

pouvions pénétrer à l’intérieur d’un cerveau qui travaille

et assister au chassé-croisé des atomes dont l’écorce céré-

brale est faite, et si, d'autre part, nous possédions la clef

de la psychophysiologie. nous saurions tout le détail de ce qui se passe dans la conscience correspondante.

A vrai dire, c’est là ce qui est le plus communément admis, par les philosophes aussi bien que par les savants.

Il y aurait cependant lieu :de se demander si les faits, exa-

minés sans parti pris, suggèrent réellement une hypothèse

- de ce genre. Qu'il y ait solidarité entre l’état de conscience

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et le cerveau, c’est incontestable. Mais il y a solidarité aussi entre le vêtement et le clou auquel il est accroché. car si l’on arrache le clou, le vêtement tombe. Dira-t-on, pour cela, que la forme du clou dessine la forme du vêtement ou nous permette en aucune façon de la pressentir? Ainsi, de ce que le fait psychologique est accroché à un état cérébral, on ne peut conclure au « parallélisme » des deux séries psychologique et physiologique. Quand la philosophie prétend appuyer cette thèse paralléliste sur les données de la science, elle commet un véritable cercle vicieux : car, si la science interprète la solidarité, qui est un fait, dans le sens du parallélisme, qui est une hypothèse (et une hypothèse assez peu intelligible *), cest, consciemment ou inconsciemment, pour des raisons d'ordre philosophique. C’est parce qu’elle a été habituée, par une certaine philosophie à croire qu'il n'y a pas d'hypothèse plus plausible, plus conforme aux intérêts dela science positive. | |

Or, dès qu’on demande aux faits des indications précises pour résoudre le problème, c’est sur le terrain de la mémoire qu'on se trouve transporté. On pouvait s’y attendre, car le souvenir, — ainsi que nous essayons de le montrer dans le présent ouvrage, — représente précisément le point d'intersection entre l'esprit et la matière.

4. Sur ce dernier point nous nous sommes appesanti plus particulière-

ment dans un article intitulé : Le paralogisme psycho-physiologique (Revue de Métaphysique et de Morale, novembre 1904).

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