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Freud, Zur Auffassung der Aphasien, Leipsig

d'abord confondus. Or, l’expérience était loin de donner rai-

son ici à la théorie, puisqu'elle montrait presque toujours

partiellement et diversement réunies, plusieurs de ces lésions” psychologiques simples que la théorie isolait. La compliss cation des théories de l’aphasie se détruisant ainsi elle- | même, faut-il s'étonner de voir la pathologie actuelle, de“ plus en plus sceptique à l'égard des schémas, revenir purement et simplement à la description des faits! ?

Mais comment pouvait-il en être autrement ? On croirait, à. entendre certains théoriciens de l'aphasie sensorielle, qu’ils n’ont jamais considéré de près la structure d'une phrase. Ils. raisonnent comme si une phrase se composait de noms qui vont évoquer des images de choses. Que deviennent ces

diverses parties du discours dont le rôle est.justement d'établir

entre les images des rapports et des nuances de tout genre ? Dira-t-on que chacun de ces mots exprime et évoque lui: même une image matérielle, plus coufuse sans doute, mais déterminée ? Qu'on songe alors à la multitude de rapports différents que le même mot peut exprimer selon la place qu'il occupe et les termes qu'il unit ! Alléguerez-vous que ce sont là des raffinements d’une langue déjà très perfectionnée, et qu’un langage est possible avec des noms concrets destinés à faire surgir des images de choses ? Je l’accorde sans peine: mais plus la langue que vous me parlerez sera primitive et dépourvue de termes exprimant des rapports, plus vous

devrez faire de place à l’activité de mon esprit, puisque vous

le forcez à rétablir les rapports que vous n’exprimez pas c'est dire que vous abandonnerez de plus en plus l’hypo-

1. Sommer, Communication à un congrès d'aliénistes. (Arch. de Neuro logie, t. XXIV, 1892.) e

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thèse d’après laquelle chaque image verbale irait décrochas son idée. À vrai dire, il n’y a jamais là qu’une question de mdegré : raffinée ou grossière, une langue sous-entend beaucoup plus de choses qu’elle n’en peut exprimer. Essentiel- | lement discontinue, puisqu'elle procède par mots juxta- | posés, la parole ne fait que jalonner de loin en loin les | principales étapes du mouvement de la pensée. C’est pourquoi | je comprendrai votre parole si je pars d’une pensée analogue | à la vôtre pour en suivre les sinuosités à l’aide d’images ver- Là bales destinées, comme autant d’écriteaux, à me montrer “de temps en temps le chemin. Mais je ne la comprendrai jamais si je pars des images verbales elles-mêmes, parce « que entre deux images verbales consécutives il y a un inter- | valle que toutes les représentations concrètes n’arriveraient h pas à combler. Les images ne seront jamais en effet que des | choses, et la pensée est un mouvement.

C'est donc en vain qu'on traite images-souvenirs et idées comme des choses toutes faites, auxquelles on assigne ensuite pour demeure des centres problématiques. On a beau dégui-

ser l’hypothèse sous un langage emprunté à l’anatomie et à … la physiologie, elle n’est point autre chose que la conception “associationniste de la vie de l'esprit ; elle n’a pour elle que “la tendance constante de l'intelligence discursive à découper tout progrès en phases et à solidifier ensuite ces phases en choses ; et comme elle est née, à priori, d'une espèce de pré- } jugé métaphysique, elle n’a ni l’avantage de suivre le mouve- “ment de la conscience ni celui de simplifier l'explication des faits.

- Mais nous devons poursuivre cette illusion jusqu’au point “précis où elle aboutit à une contradiction manifeste. Les idées,

disions-nous, les purs souvenirs, appelés du fond de la

mémoire, se développent en souvenirs-images de plus en plus. ;

capables de s'insérer dans le schème moteur. A mesure que

ces souvenirs prennent la forme d'une représentation plus complète, plus concrète et plus consciente, ils tendent

davantage à se confondre avec la perception qui les attire ou : dont ils adoptent le cadre. Donc il n'y a pas, il ne peut y.

avoir dans le cerveau une région où les souvenirs se figent et s'accumulent. La prétendue destruction des souvenirs par les

lésions cérébrales n’est qu'une interruption du progrès con-*

tinu par lequel le souvenir s’actualise. Et par conséquent, si

l'on veut à toute force localiser les souvenirs auditifs des

mots, par exemple, en un point déterminé du cerveau, on sera amené par des raisons d'égale valeur à distinguer ce centre imaginatif du centre percéptif ou à confondre les deux

centres ensemble. Or, c’est précisément ce que l'expérience

vérifie.

Notons en effet la singulière contradiction où cette théorie est conduite par l'analyse psychologique, d'une part, par les faits pathologiques de l’autre. D'un côté, semble-t-il, si la perception une fois accomplie demeure dans le cerveau à

l'état de souvenir emmagasiné, ce ne peut être que comme +

une disposition acquise des éléments mêmes que la perception a impressionnés : comment, à quel moment précis, irait-

elle en chercher d'autres ? Et c’est en effet à cette solution -

naturelle que s'arrêtent Bain ‘ et Ribot?. Mais d'autre part la pathologie est là, qui nous avertit que la totalité des souvenirs

1. Bain, Les Sens et l’Intelligence, p. 304. — Cf. Spencer, Princires de Psychologie, t. I, p. 483. ,

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