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DE L'INCONSCIENT

quoiqu’elle reste inaperçue, et qu’au contraire, de la ligne CI le présent I actuellement perçu est le seul point qui nous paraisse exister véritablement ? Il y a, au fond de cette dis-

“tinction radicale entre les deux séries temporelle et spatiale,

| tant d'idées confuses ou mal ébauchées, tant d’hypothèses

dénuées de toute valeur spéculative, que nous ne saurions en épuiser tout d’un coup l’analyse. Pour démasquer entièrement l'illusion, il faudrait aller chercher à son origine et

suivre à travers tous ses dé-

tours le double mouvement par lequel nous arrivons à poser des réalités objectives Rraus rapport 4 14 conscience © 1 - et des états de conscience sans ‘ Lie . %

réalité objective, l’espace paraissant alors conserver indéfiniment des choses qui s’y jux-

taposent, tandis que le temps détruirait, au fur et à mesure,

des états qui se succèdent en lui. Une partie de ce travail a été faite dans notre premier chapitre, quand nous avons

| traité de l’objectivité en général, une autre le sera dans les

dernières pages de ce livre, lorsque nous parlerons de l’idée

É de matière. Bornons-nous ici à signaler quelques points

essentiels.

D'abord, les objets échelonnés le long de cette ligne AB représentent à nos yeux Ce que nous allons percevoir, tandis que

Ja ligne CI ne contient que ce qui a été déjà perçu. Or, le passé

n’a plus d'intérêt pour nous ; il a épuisé son action possible, ou ne retrouvera une influence qu’en empruntant la vitalité

“ de la perception présente. Au contraire, l'avenir immédiat

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consiste dans une action imminente, dans une énergie non

encore dépensée. La partie non perçue de l'univers matériel, grosse de promesses et de menaces, a donc pour nous une réalité que ne peuvent ni ne doivent avoir les périodes

actuellement inaperçues de notre existence passée. Mais cette

distinction, toute relative à l'utilité pratique et aux besoins matériels de la vie, prend dans notre esprit la forme de plus en plus nette d’une distinction métaphysique.

Nous avons montré en effet que les objets situés autour de

nous représentent, à des degrés différents, une action que nous pouvons accomplir sur les choses ou que nous devrons”

subir d'elles. L’échéance de cette action possible est justement

marquée par le plus ou moins grand éloignement de l’objet |

correspondant, de sorte que la distance dans l’espace mesure la proximité d’une menace ou d’une promesse dans le temps. L'espace nous fournit donc ainsi tout d’un coup le schème

de notre avenir prochain; et comme cet avenir doit s'écouler -

indéfiniment, l’espace qui le symbolise a pour propriété de demeurer, dans son immobilité, indéfiniment ouvert. De là vient que l’horizon immédiat donné à notre perception nous paraît nécessairement environné d’un cercle plus large, existant quoique inaperçu, ce cercle en impliquant lui-même un autre qui l’entoure, et ainsi de suite indéfiniment. Il est donc de l’essence de notre perception actuelle, en tant qu’étendue

de n'être toujours qu'un contenu par rapport à une expé-

rience plus vaste, et même indéfinie, qui la contient : et cette

expérience, absente de notre conscience puisqu’elle déborde * l'horizon aperçu, n’en paraît pas moins actuellement donnée. *

Mais tandis que nous nous sentons suspendus à ces objets matériels que nous érigeons ainsi en réalités présentes, au contraire nos soavenirs, en tant que passés, sont autant de

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