DE L’INCONSCIENT
manière. En d’autres termes, dans le domaine psychologique, conscience ne serait pas synonyme d'existence mais seulement d'action réelle ou d'efficacité immédiate, et l'extension de ce terme se trouvant ainsi limitée, on aurait moins de peine à
use représenter un état psychologique inconscient, c'est-à-dire,
en somme, impuissant. Quelque idée qu’on se fasse de la
conscience en soi, telle qu’elle apparaîtrait si elle s’exerçait sans eniraves, on ne saurait contester que, chez un être qui accomplit des fonctions corporelles, la conscience ait surtout «pour rôle de présider à l’action et d'éclairer un choix. Elle
projette donc sa lumière sur les antécédents immédiats de la
décision et sur tous ceux des souvenirs passés qui peuvent
s'organiser utilement avec eux ; le reste deméure dans Vombre. Mais nous retrouvons ici, sous une forme nouvelle, Pillusion sans cesse renaissante que nous poursuivons depuis
le début de ce travail. On veut que la conscience, même jointe à des fonctions corporelles, soit une faculté acciden-
tellement pratique, essentiellement tournée vers la spécula-
“tion. Alors, comme on ne voit pas l'intérêt qu’elle aurait
à laisser échapper les connaissances qu'elle tient, vouée
qu'elle serait à la connaissance pure, on ne comprend pas ‘qu’eile renonce à éclairer ce qui n’est pas entièrement perdu
pour elle. D'où résulterait que cela seul lui appartient en
\droit qu’elle possède en fait, et que, dans le domaine de la
conscience, tout réel est actuel. Mais rendez à la conscience son véritable rôle : il n’y aura pas plus de raison pour dire que le passé, une fois perçu, s'efface, qu’il n’y en a pour supposer que les objets matériels cessent d’exister quand je cesse de les percevoir.
…Insistons sur ce dernier point, car là est le centre des diffi-
cultés et la source des équivoques qui entourent le problème de l'inconscient. L'idée d’une représentation inconsciente est claire, en dépit d’un préjugé répandu; on peut même dire que nous en faisons un usage constant et qu'il n’y a pas de conception plus familière au sens commun. Tout le monde admet, en effet, que les images actuellement présentes à notre perception ne sont pas le tout de la matière. Mais d’autre part, que peut être un objet matériel non perçu, une image non imaginée, sinon une espèce d'état mental inconscient ? Au delà des murs de votre chambre, que vous percevez en ce moment, il y a les chambres voisines, puis le reste de Ia maison, enfin la rue et la ville où vous demeurez. Peu importe la théorie de la matière à iaquelle vous vous ralliez : réaliste ou idéaliste, vous pensez évidemment, quand vous parlez de la ville, de la rue, des autres chambres de la maison, à autant de perceptions absentes de votre conscience et pourtant données en dehors d'elle. Elles ne se créent pas à mesure que votre conscience les accueille ; elles étaient donc déjà en quelque manière, et puisque, par hypothèse, votre conscience ne les appréhendait pas, comment pouvaient-elles exister en soi sinon à l’état inconscient? D'où vient alors qu’une existence en dehors de la conscience nous paraît claire quand il s’agit des objets, obscure quand nous parlons du sujet? Nos perceptions, actuelles et virtuelles, s’étendent le long de deux lignes, l’une horizontale AB, qui contient tous les objets simultanés dans l’espace, l’autre verticale CI, sur laquelle se disposent nos souvenirs successifs échelonnés dans le temps: Le point TI, intersection des deux lignes, est le seul qui soit äonnèé actuellement à notre conscience. D’où vient que nous n’hésitons pas à poser la réalité de la ligne AB tout entière,