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PLAN DU RÊVE ET PLAN DE L'ACTION

Transportons-nous maintenant, d’un seul bond, à l’autre

m extrémité de notre vie mentale. Passons, selon nutre méthode,

de l'existence psychologique simplement « jouée » à celle qui

serait exclusivement « rêvée ». Plaçons-nous, en d’autres M termes, sur cette base AB de la mémoire (page 177) où se des-

sinent dans leurs moindres détails tous les événements de notre vie écoulée. Une conscience qui, détachée de l’action, tiendrait ainsi sous son regard la totalité de son passé, n'aurait

«aucune raison pour se fixer sur une partie de ce passé plutôt … que sur une autre. En un sens, tous ses souvenirs différeraient

de sa perception actuelle, car, si on les prend avec la multi-

| -plicité de leurs détails, deux souvenirs ne sont jamais identi-

quement la même chose. Mais, en un autre sens, un souvenir

BE quelconque pourrait être rapproché de la situation présente:

“il suffirait de négliger, dans cette perception et dans ce sou-

« venir, assez de détails pour que la ressemblance seule apparût.

D'ailleurs, une fois le souvenir relié à la perception, une “ multitude d'événements contigus au souvenir se rattache-

| - raient du même coup à la perception, — multitude indéfinie, : qui ne se limiterait qu'au point où l’on choisirait de l’arrêter.

Les nécessités de la vie ne sont plus là pour régler l'effet de

la ressemblance et par conséquent de la contiguïté, et comme,

au fond, tout se ressemble, il s'ensuit que tout peut 8’as80- | cier. Tout à l’heure, la perception actuelle se prolongeait en mouvements déterminés ; maintenant elle se dissout en une infinité de souvenirs également possibles. En AB l'association

provoquerait donc un choix arbitraire, comme en S ‘une

démarche fatale.

Mais ce ne sont là que deux limites extrêmes où le psychologue doit se placer tour à tour pour la commodité de l’étude,

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et qui, en fait, ne sont jamais atteintes. Il n’y a pas, chez l’homme au moins, d'état purement sensori-moteur, pas plus qu'il n’y a chez lui de vie imaginative sans un substratum d'activité vague. Notre vie psychologique normale oscille, disions-nous, entre ces deux extrémités. D'un côté l’état sensori-moteur S oriente la mémoire, dont il n’est, au fond, que l'extrémité actuelle et active; et d’autre part cette mémoire elle-même, avec la totalité de notre passé, exerce une poussée en avant pour insérer dans l’action présente la plus grande partie possible d’elle-même. De ce double effort résultent, à tout instant, une multitude indéfinie d'états possibles de la mémoire, états figurés par les coupes A’B', A"B", etc., de notre schéma. Ce sont là, disions-nous, autant de répétitions de notre vie passée tout entière. Mais chacune deces coupes est plus ou moins ample, selon qu’elle se rapproche davan:« tage de la base ou du sommet ; et, de plus, chacune de ces représentations complètes de notre passé n’amène à la lumière ‘de la conscience que ce qui peut s’encadrer dans l’état sensori-moteur, ce qui, par conséquent, ressemble à la percep» tion présente au point de vue de l’action à accomplir. En d’autres termes, la mémoire intégrale répond à l'appel d’un état présent par deux mouvements simultanés, l’un de translation, par lequel elle se porte tout entière au-devant de l'expérience et se contracte ainsi plus ou moins, sans se” diviser, en vue de l’action, l’autre de rotation sur elle-même, * par lequel elle s’oriente vers la situation du moment pour | lui présenter la face la plus utile. À ces divers degrés de“ contraction correspondent les formes variées de l’association par ressemblance.

Tout se passe donc comme si nos souvenirs étaient répétés |

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