‹ Matière et mémoireChapitre 60 sur 77 · LES DIVERS PLANS DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LES DIVERS PLANS DE CONSCIENCE

un nombre indéfini de fois dans ces mille et mille réductions | nossihles de notre vie passée. Ils prennent une forme plus Mhanale quand la mémoire se resserre davantage, plus personnelle quand elle se dilate, et ils entrent ainsi dans une multi- Mtude illimitée de « systématisations » différentes. Un mot “d'une langue étrangère, prononcé à mon oreille, peut me faire penser à cette langue en général ou à une voix qui W

Mprononçait autrefois d’une certaine manière. Ces deux associations par ressemblance ne sont pas dues à l’arrivée acci “dentelle de deux représentations différentes que le hasard b aurait amenées tour à tour dans la sphère d'attraction de la L perception actuelle. Elles répondent à deux dispositions men- | | tales diverses, à deux degrés distincts de tension de la F3 mémoire, ici plus rapprochée de l’image pure, là plus disposée a la réplique immédiate, c’est-à-dire à l’action. Classer ces Lsyetèmes, rechercher la loi qui les lie respectivement aux divers « tons » de notre vie mentale, montrer comment h ê chacun de ces tons est déterminé lui-même par les nécessités qu moment et aussi par le degré variable de notre effort pernet, serait une entreprise difficile : toute cette psychologie est encore à faire, et nous ne voulons même pas, pour le | moment, nous y essayer. Mais chacun de nous sent bien que | 4 ces lois existent, et qu’il y a des rapports stables de ce genre. Nous savons, par exemple, quand nous lisons un roman 4 es que certaines associations d’idées qu'on nous dépeint sont vraies, qu’elles ont pu être vécues ; d’autres nous choquent ou ne nous dorvent pas l’impression du réel, 1 parce que nous y sentons l’effet d’un rapprochement méca- . “nique entre des étages différents de l esprit, comme si l’auteur “g'avait pas su se tenir sur le plan qu’il avait choisi de la vie

mentale. La mémoire a donc bien ses degres successifs et distincts de tension ou de vitalité, malaisés à définir, sans doute, mais que le peintre de l’âme ne peut pas brouiller entre eux impunément. La pathologie vient d’ailleurs con firmer ici, — sur des exemples grossiers, il est vrai, — une vérité dont nous avons tous l'instinct. Dans les « amnésies systématisées » des hystériques, par exemple, les souvenirs qui paraissent abolis sont réellement présents ; mais ils se rattachent tous, sans doute, à un certain ton déterminé de vitalité intellectuelle, où le sujet ne peut plus se placer.

S'il y a ainsi des plans différents, en nombre indéfini, pour l'association par ressemblance, il en est de même de l’association par contiguité. Dans le plan extrême qui représente la base de la mémoire, il n’y a pas de souvenir qui ne soit lié, par contiguité, à la totalité des événements qui le précèdent et aussi de ceux qui le suivent. Tandis qu’au point où se con-" centre notre action dans l’espace, la contiguïténe ramène, sous forme de mouvement, que la réaction immédiatement consécutive à une perception semblable antérieure. En fait, toute association par contiguité implique une position de l'esprit intermédiaire entre ces deux limites extrêmes. Si l’on: suppose, ici encore, une foule de répétitions possibles“ de la totalité de nos souvenirs, chacun de ces exemplaires de notre vie écoulée se découpera, à sa manière, en tranches * déterminées, et le mode de division ne sera pas le même si l'on passe d’un exemplaire à un autre, parce que chacun d'eux est précisément caractérisé par la nature des souvenirs dominants auxquels les autres souvenirs s’adossent comme à des points d'appui. Plus on se rapproche de l’action, par exemple, plus la contiguité tend à participer de la ressem-

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