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LE PROBLÈME DU DUALISME

D'autre part, la même observation psychologique qui nous a révélé la distinction de la matière et de l'esprit nous fait

« assister à leur union. Ou bien donc nos analyses sont entachées

d'un vice originel, ou elles doivent nous aider à sortir des difficultés qu'elles soulèvent. |

L'obscurité du problème, dans toutes les doctrines, tient à la double antithèse que notre entendement établit entre l’étendu et l’inétendu d’une part, la qualité et la quantité de

l’autre. Il est incontestable que l'esprit s'oppose d’abord à la

matière comme une unité pure à une multiplicité essentiellement divisible, que de plus nos perceptions se composent de

À qualités hétérogènes alors que l’univers perçu semble devoir

se résoudre en changements homogènes et calculables. Il y aurait donc l’inextension et la qualité d’un côté, l’étendue et la quantité de l’autre. Nous avons répudié le matérialisme,

Es qui prétend faire dériver le premier terme du second; mais

nous n’acceptons pas davantage l'idéalisme, qui veut que le second soit simplement une construction du premier. Nous

‘soutenons contre le matérialisme que la perception dépasse

infiniment l’état cérébral ; mais nous avons essayé d'établir

… contre l’idéalisme que la matière déborde de tous côtés la

représentation que nous avons d'elle, représentation que

l'esprit y a pour ainsi dire cueillie par un choix intelligent.

… De ces deux doctrines opposées, l’une attribue au corps et

l'autre à l'esprit un don de création véritable, la première voulant que notre cerveau engendre la représentation et la seconde que notre entendement dessine le plan de la nature. Et contre ces deux doctrines nous invoquons le même témoignage, celui de la conscience, laquelle nous montre dans

notre corps une image comme les autres, et dans notre enten-

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dement une certaine faculté de dissocier, de distinguer et d'opposer logiquement, mais non pas de créer ou de construire. Ainsi, prisonniers volontaires de l’analyse psychologique et par conséquent du sens commun, il semble qu’après avoir exaspéré les conflits que le dualisme vulgaire soulève, nous ayons fermé toutes les issues que la métaphysique pou-. vait nous ouvrir.

Mais justement parce que nous avons poussé le dualisme à l'extrême, notre analyse en a peut-être dissocié les éléments contradictoires. La théorie de la perception pure d’un côté, de la mémoire pure de l’autre, préparerait alors les voies à un rapprochement entre l'inétendu et l’étendu, entre la qualité et la quantité.

Considère-t-on la perception pure ? En faisant de l’état cérébral le commencement d’une action et pas du tout la condition d’une perception, nous rejetions les images perçues des choses en dehors de l’image de notre corps; nous replacions donc la perception dans les choses mêmes. Mais alors, notre perception faisant partie des choses, les choses participent de la nature de notre perception. L'étendue matérielle n’est plus, ne peut plus être cette étendue multiple dont parle le géomètre; elle ressemble bien plutôt à l’extension indivisée de notre représentation. C’est dire que l’analyse de ia perception pure nôus a laissé entrevoir dans l’idée d'extension un rapprochement possible entre l’étendu et l’inétendu.

Mais notre conception de la mémoire pure devrait conduire, par une voie parallèle, à atténuer la seconde opposition, celle de la qualité et de la quantité. Nous avons séparé radicalement, en effet, le pur souvenir de l’état cérébral qui le contipue et le rend efficace. La mémoire n’est donc à aucun degré”

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