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LE PROBLÈME DU DUALISME

une émanation de la matière; bien au contraire, la matière, telle que nous la saisissons dans une perception concrète qui

occupe toujours une certaine durée, dérive en grande partie . de la mémoire. Or, où est au juste la différence entre les qua- - lités hétérogènes qui se succèdent dans notre perception

concrète et les changements homogènes que la science met

- derrière ces perceptions dans l’espace ? Les premières sont . discontinues et ne peuvent se déduire les unes des autres; les - seconds au contraire se prêtent au calcul. Mais pour qu'ils . s’y prêtent, point n’est besoin d'en faire des quantités pures : » autant vaudrait les réduire au néant. Il suffit que leur hétéro-

généité soit assez diluée, en quelque sorte, pour devenir, à - nôtre point de vue, pratiquement négligeable. Or, si toute

perception concrète, si courte qu’on la suppose, est déjà la ; synthèse, par la mémoire, d’une infinité de « perceptions - pures » qui se succèdent, ne doit-on pas penser que l’hétérod généité des qualités sensibles tient à leur contraction dans

notre mémoire, l’homogénéité relative des changements

» objectifs à leur relâchement naturel? Et l’intervalle de la

quantité à la qualité ne pourrait-il pas alors être diminué

; par des considérations de tension, comme par celles d’exten- - sion la distance de l’étendu à l’inétendu ?

Avant de nous engager dans cette voie, formulons le prin-

- cipe général de la méthode que nous voudrions appliquer. + Nous en avons déjà fait usage dans un travail antérieur, et même, implicitement, dans le travail présent.

Ce qu'on appelle ordinairement un fait, ce n’est pas la réalité telle qu’elle apparaîtrait à une intuition immédiate,

“ mais une adaptation du réel aux intérêts de la pratique etaux

exigences de la vie sociale. L’intuition pure, extérieure ou

interne, est celle d’une continuité indivisée. Nous la fractionnons en éléments juxtaposés, qui répondent, ici à des mots distincts, là à des objets indépendants. Mais justement parce que nous avons rompu ainsi l’unité de notre intuition originelle, nous nous sentons obligés d'établir entre les termes disjoints un lien, qui ne pourra plus être qu'extérieur et surajouté. A l’unité vivante, qui naissait de la continuité intérieure, nous substituons l’unité factice d’un cadre vide, inerte comme les termes qu’il maintient unis. Empirisme et dogmatisme s'accordent, au fond, à partir des phénomènes ainsi recons-

titués, et diffèrent seulement en ce que le dogmatisme s’attache davantage à cette forme, l’empirisme à cette matière. L'empirisme, en effet, sentant vaguement ce qu’il y a d’artificiel

dans les rapports qui unissent les termes entre eux, s’en tient” aux termes et néglige les rapports. Son tort n’est pas de priser trop haut l'expérience, mais au contraire de substituer à l'expérience vraie, à celle qui naît du contact immédiat de l'esprit avec son objet, une expérience désarticulée et par conséquent sans doute dénaturée, arrangée en tout cas pour.

Ja plus grande facilité de l'action et du langage. Justement parce que ce morcellement du réel s’est opéré en vue des” exigences de la vie pratique, il n’a pas suivi les lignes intérieures de la structure des choses : c’est pourquoi l’empirisme.

ne peut satisfaire l’esprit sur aucun des grands problèmés, et même, quand il arrive à la pleine conscience de son principe, s’abstient de les poser. — Le dogmatisme découvre et dégage les difficultés sur lesquelles l’empirisme ferme les yeux : mais, à vrai dire, il en cherche la solution dans la voie que l’empi: risme a tracée. Il accepte, lui aussi, ces phénomènes détachés, discontinus, dont l’empirisme se contente, et s'efforce

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