MÉTHODE A SUIVRE
M une force, — forme extérieure où s’insérerait l’agrégat, force « indéterminée et pour ainsi dire physique qui assurerait la
… cohésion des éléments. De là les deux points de vue opposés
» sur la question de la liberté : pour le déterminisme, l’acte est
la résultante d’une composition mécanique des éléments
- entre eux ; pour ses adversaires, s’ils étaient rigoureusement
d'accord avec leur principe, la décision libre devrait être un fiat arbitraire, une véritable création ex nihilo. — Nous avons
… pensé qu'il y aurait un troisième parti à prendre. Ce serait de nous replacer dans la durée pure, dont l'écoulement est … continu, et où l’on passe, par gradations insensibles, d’un … état à l’autre : continuité réellement vécue, mais artificielle-
ment décomposée pour l& plus grande commodité de la con-
* naissance usuelle. Alors nous avons cru voir l’action sortir … de ses antécédents par une évolution sui generis, de telle sorte qu'on retrouve dans cette action les antécédents qui è l’expliquent, et qu'elle y ajoute pourtant quelque chose À d'absolument nouveau, étant en progrès sur eux comme le - fruit sur la fleur. La liberté n’est nullement ramenée par là, 4 comme on l’a dit, à la spontanéité sensible. Tout au plus en “serait-il ainsi chez l’animal, dont la vie psychologique est surtout affective. Mais chez l’homme, être pensant, l'acte … libre peut s’appeler une synthèse de sentiments et d'idées, et … l'évolution qui y conduit une évolution raisonnable. L’artifice “ de cette méthode consiste simplement, en somme, à distin- À guer le point de vue de la connaissance usuelle ou utile et | celui de la connaissance vraie. La durée où nous nous regardons agir, et où il est utile que nous nous regardions, est une
-durée dont les éléments se dissocient et se juxtaposent; mais la durée où nous agissons est une durée où nos états se
fondent les uns dans les autres, et c’est là que nous devons faire effort pour nous replacer par la pensée dans le cas exceptionnel et unique où nous spéculons sur la nature intime de l’action, c’est-à-dire dans la théorie dela liberté.
Une méthode de ce genre est-elle applicable au problème de la matière? La question est de savoir si, dans cette «a diversité des phénomènes » dont Kant a parlé, la rrasse confuse à tendance extensive pourrait être saisie en deçà de
l’espace homogène sur lequel elle s'applique et par l’inter-
médiaire duquel nous la subdivisons, — de même que notre vie intérieure peut se détacher du temps indéfini et vide pour redevenir durée pure. Certes, l’entreprise serait chimérique
de vouloir s'affranchir des conditions fondamentales de 1a |
perception extérieure. Mais la question est de savoir si cer-
taines conditions, que nous tenons d'ordinaire pour fonda-
mentales, ne concerneraient pas l’usage à faire des choses, le
parti pratique à en tirer, bien plus que la connaissance pure
que nous en pouvons avoir. Plus particulièrement, en ce qui
regarde l'étendue concrète, continue, diversifiée et en même
temps organisée, on peut contester qu’elle soit solidaire de
l’espace amorphe et inerte qui la sous-tend, espace que nous
divisons indéfiniment, où nous découpons des figures arbi-
trairement, et où le mouvement lui-même, comme nous le
disions ailleurs, ne peut apparaître que comme une multi--
plicité de positions instantanées, puisque rien n’y saurait assurer la cohésion du passé et du présent. On pourrait donc, dans une certaine mesure, se dégager de l’espace sans sortir
de l'étendue, et il y aurait bien là un retour à l'immédiat,
puisque nous percevons pour tout de bon l'étendue, tandis que nous ne faisons que concevoir l’espace à la manière d'un
schème. Reprochera-t-on à cette méthode d'attribuer arbitrairement à la connaissance immédiate une valeur privilégiée ? Mais quelles raisons aurions-nous de douter d’une | connaissance, l’idée même d'en douter nous viendrait-elle jamais, sans les difficultés et les contradictions que la - réflexion signale, sans les problèmes que la philosophie pose ? Et la connaissance immédiate ne trouverait-elle pas alors en elle-même sa justification et sa preuve, si l’on pou- -vait établir que ces difficultés, ces contradictions, ces pro- … blèmes naissent surtout de la figuration symbolique qui la recouvre, figuration qui est devenue pour nous la réalité . même, et dont un effort intense, exceptionnel, peut seul . réussir à percer l'épaisseur ?
Choisissons tout de suite, parmi les résultats auxquels « l'application de cette méthode peut conduire, ceux qui inté- * ressent notre recherche. Nous nous bornerons d’ailleurs à des indications; il ne peut être question ici de construire une théorie de la matière.
- L[. — Tout mouvement, en tant que passage d'un repos à un repos, est absolument indivisible.
Ilne s’agit pas ici d’une hypothèse, mais d’un fait, qu’une - hypothèse recouvre généralement.
- Voici, par exemple, ma main posée au point A. Je la porte au point B, parcourant d’un trait l’intervalle. Il y a dans ce «mouvement, tout à la fois, une image qui frappe ma vue et un acte que ma conscience musculaire saisit. Ma conscience me donne la sensation intérieure d’un fait simple, car en A était le repos, en B est le repos encore, et entre A et B se place un acte indivisible ou tout au moins indivisé, passage du repos
pee AA à ds
au repos, qui est le mouvement même. Mais ma vue perçoit le mouvement sous forme d’une ligne AB qui se parcourt, et cette ligne, comme tout espace, est indéfiniment décomposable. Il semble donc d’abord que je puisse, comme je voudrai, tenir ce mouvement pour multiple ou pour indivisible, selon que je l’envisage dans l’espace ou dans le temps, comme une image qui se dessine hors de moi ou comme un acte que j'accomplis moi-même.
Toutefois, en écartant toute idée préconçue, je m'aperçois. bien vite que je n’ai pas le choix, que ma vue elle-même saisit le mouvement de À en B comme un tout indivisible, et que si elle divise quelque chose, c'est la ligne supposée parcourue et non pas le mouvement qui la parcourt. Il est bien vrai que ma main ne va pas de À en B sans traverser les positions intermédiaires, et que ces points intermédiaires ressemblent à des étapes, en nombre aussi grand qu’on vou: dra, disposées tout le long de !a route ; mais il y a entre les” divisions ainsi marquées et des étapes proprement dites cette différence capitale qu’à une étape on s'arrête, au lieu qu'ici le mobile passe. Or le passage est un mouvement, et l'arrêt une immobilité. L'arrêt interrompt le mouvement, le passage ne fait qu’un avec le mouvement même. Quand je vois le mobile passer en un point, je conçois sans doute. qu’il puisse s’y arrêter ; et lors même qu'il ne s'y arrête pas, j'incline à considérer son passage comme un repos infiniment court, parce qu'il me faut au moins le temps d'y penser ; mais c’est mon imagination seule qui se repose ici, et le rôle. du mobile est au contraire de se mouvoir. Tout point de l'espace m’apparaissant nécessairement comme fixe, j'ai bien de la peine à ne pas attribuer au mobile lui-même l’immobi-
lité du point avec lequel je le fais pour un moment coïncider :
- il me semble alors, quand je reconstitue le mouvement total,
CA
que le mobile a stationné un temps infiniment court à tous
- les points de sa trajectoire. Mais il ne faudrait pas confondre
… les données des sens, qui perçoivent le mouvement, avec les
* artifices de l'esprit qui le recompose. Les sens, laissés à eux-
… mêmes, nous présentent le mouvement réel, entre deux arrêts
réels, comme un tout solide et indivisé. La division est l'œuvre de l’imagination, qui a justement pour fonction de fixer les images mouvantes de notre expérience ordinaire, comme l'éclair instantané qui illumine pendant la nuit une
scène d'orage.
Nous saisissons ici, dans son principe même, l'illusion qui
… accompagne et recouvre la perception du mouvement réel.
Le mouvement consiste visiblement à passer d’un point à un
autre, et par suite à traverser de l’espace. Or l’espace traversé est divisible à l'infini, et comme le mouvement s’ap-
plique, pour ainsi dire, le long de la ligne qu'il parcourt, il
5 paraît solidaire de cette ligne et divisible comme elle. Ne l’a-
- t-il pas dessinée lui-même ? N'’en a-t-il pas traversé, tour à
tour, les points successifs et juxtaposés ? Oui sans doute,
… mais ces points n’ont de réalité que dans une ligne tracée,
ut Det
cest-à-dire immobile ; et par cela seul que vous vous représentez le mouvement, tour à tour, en ces différents points,
… vous l’y arrêtez nécessairement ; vos positions successives “ ne sont, au fond, que des arrêts imaginaires. Vous substituez
la trajectoire au trajet, et parce que le trajet est sous-tendu
» par la trajectoire, vous croyez qu’il coïncide avec elle. Mais — comment un progrès coinciderait-il avec une chose, un mou-
vement avec une immobilité ?
BERGSoN. Matière et mémoire. 14
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210 | CONSCIENCE ET MATÉRIALITÉ | Ce qui facilite ici l'illusion, c’est que nous distinguons des. moments dans le cours de la durée, comme des positions sur . le trajet du mobile. À supposer que le mouvement d’un point É à un autre forme un tout indivisé, ce mouvement n’en remplit \ pas moins un temps déterminé, et il suffit qu’on isole de cette ; durée un instant indivisible pour que le mobile occupe à ce moment précis une certaine position, qui se détache ainsi de. toutes les autres. L’indivisibilité du mouvement implique. donc l'impossibilité de l'instant, et une analyse très sommaire de l’idée de durée va nous montrer en effet, tout à la fois, à pourquoi nous attribuons à la durée des instants, et comment $ elle ne saurait en avoir. Soit un mouvement simple, comme le trajet de ma main quand elle se déplace de A en B. Ce" trajet est donné à ma conscience comme un tout indivisé. 1e | dure, sans doute; mais sa durée, qui coïncide d’ailleurs avec l’aspect intérieur qu’il prend pour ma conscience, est com-" pacte et indivisée comme lui. Or, tandis qu’il se présente, en | tant que mouvement, comme un fait simple, il décrit dans l'espace une trajectoire que je puis considérer, pour simplifier k les choses, comme une ligne géométrique ; et les extrémités. | de cette ligne, en tant que limites abstraîtes, ne sont plus des ” lignes mais des points indivisibles. Or, si la. ligne que le mobile a décrite mesure pour moi la durée de son mouvement, comment le point où la ligne aboutit ne symboliserait-il pas | une extrémité de cette durée ? Et si ce point est un indivi-\ | sible de longueur, comment ne pas terminer la durée du | trajet par un indivisible de durée ? La ligne totale représentant la durée ttale, les parties de cette ligne doivent corres-. 1 pondre, semble-t-il, à des parties de la durée, et les points de. % ja ligne à des moments du temps. Les indivisibles de duree
ou moments du temps naissent donc d’un besoin de symétrie;
on y aboutit naturellement dès qu'on demande à l’espace une
représentation intégrale de la durée. Mais voilà précisément l'erreur. Si la ligne AB symbolise la durée écoulée du mou-
. vement accompli de A en B, elle ne peut aucunement, immo-
bile, représenter le mouvement s'accomplissant, la durée s'écoulant; et de ce que cette ligne est divisible en parties, et
de ce qu’elle se termine par des points, on ne doit conclure
- ni que la durée correspondante se compose de parties sépa-
rées ni qu’elle soit limitée par des instants.
Les arguments de Zénon d’ Élée n’ont pas d'autre origine que cette illusion. Tous consistent à faire coïncider le temps et le mouvement avec la ligne qui les sous-tend, à leur attribuer les mêmes subdivisions, enfin à les traiter comme elle. » À cette confusion Zénon était encouragé par le sens commun, qui transporte d'ordinaire au mouvement les propriétés de sa - trajectoire, et aussi par le langage, qui traduit toujours en espace le mouvement et la durée. Mais le sens commun et le . langage sont ici dans leur droit, et même, en quelque sorte, ; font leur devoir, car envisageant toujours le devenir comme une chose utilisable, ils n’ont pas plus à s'inquiéter de l’orga- - nisation intérieure du mouvement que l’ouvrier de la struc- * ture moléculaire de ses outils. En tenant le mouvement pour divisible comme sa trajectoire, le sens commun exprime sim- . plement les deux faits qui seuls importent dans la vie pra- » tique : 1° que tout mouvement décrit un espace : 2 qu’en chaque point de cet espace le mobile pourrait s'arrêter. Mais » le philosophe qui raisonne sur la nature intime du mouve- * ment est tenu de lui restituer la mobilité qui en est l'essence, set c'est ce que ne fait pas Zénon. Par le premier argument (la
Dichotomie) on suppose le mobile au repos, pour ne plus envi- | sager ensuite que des étapes, en nombre indéfini, sur la ligne qu'il doit parcourir : vous chercheriez vainement, nous dit-on,
comment il arriverait à franchir l'intervalle. Mais on prouve
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simplement ainsi qu’il est impossible de construire a prior! 4 le mouvement avec des immobilités, ce qui n’a jamais fait de 1 doute pour personne. L’unique question est de savoir si, le | mouvement étant posé comme un fait, il y a une absurdité en quelque sorte rétrospective à ce qu'un nombre infini de |
points ait été parcouru. Mais nous ne voyons rien là que de H très naturel, puisque le mouvement est un fait indivisé ou f une suite de faits indivisés, tandis que la trajectoire est % indéfiniment divisible. Dans le second argument (l’Achille), À on consent à se donner le mouvement, on l’attribue même à i deux mobiles, mais, toujours par la même erreur, on veut # que ces mouvements coïncident avec leur trajectoire et soient, A comme elle, arbitrairement décomposables. Alors, au lieu de reconnattre que la tortue fait des pas de tortue et Achille des ri pas d'Achille, de sorte qu’après un certain nombre de ces actes ou sauts indivisibles Achille aura dépassé la tortue : 1 on se croit en droit de désarticuler comme on veut le g: mouvement d'Achille et comme on veut le mouvement re de la tortue : on s'amuse ainsi à reconstruire les deux È mouvements selon une loi de formation arbitraire, incompa- - À tible avec les conditions fondamentales de la mobilité. Le a même sophisme apparaît plus clairement encore dans le troi- ‘4
sième argument (la Flèche), qui consiste à conclure, de ce @: qu'on peut fixer des points sur la trajectoire d’un projectile, h qu’on a le droit de distinguer des moments indivisibles dans %.
2 durée du trajet. Mais le plus instructif des arguments de 4
Zénon est peut-être le quatrième (le Stade), qu’on a, croyonsnous, bien injustement dédaigné, et dont l’absurdité n’est plus manifeste que parce qu'on y voit étalé dans toute sa
. franchise le postulat dissimulé dans les trois autres ‘. Sans
nous engager ici dans une discussion qui ne serait pas à sa
place, bornons-nous à constater que le mouvement immé:diatement perçu est un fait très clair, et que les diffcultés ou contradictions signalées par l’école d'Élée concernent beaucoup moins le mouvement lui-même qu’une réorganisation artificielle, et non viable, du mouvement
par l'esprit. Tirons d’ailleurs la conclusion de tout ce qui
précède :
Il. — Ii y a des mouvements réels.
1. Rappelons brièvement cet argument. Soit un mobile qui se déplace avec une certaine vitesse et qui passe simultanément devant deux corps dont l’un est immobileet dont l’autre se meut à sa rencontre avec la même vitesse que lui. En même temps qu'il parcourt une certaine longueur du premier corps, il franchit naturellement une longueur double du second. D'où Zénon conclut « qu’une durée est double d’elle-même ». — Raisonnement puéril, dit-on, puisque Zénon ne tient pas compte de ce que la vitesse est doub!e, dans un cas, de ce qu’elle est dans l’autre. — D'accord, mais comment, je vous prie, pourrait-il s’en apercevoir ? Que, dans le même temps, un mobile parcoure des longueurs différentes de deux corps dont l'un est en repos et l'autre en mouvement, cela est clair pour celui qui fait de la durée une espèce d’absolu, et la met soit dans le conscience soit dans quelque chose qui participe de la conscience. Pendant qu'une portion déterminée de cette durée consciente ou absolue s'écoule, en effet, le même mobile parcourra, le long des deux corps, deux espaces doubles l’un de l'autre, sans qu'on puisse conclure de là qu’une durée est double
À d'elle-même, puisque la durée reste quelque chose d'indépendant de l’un
et l'autre espace. Mais le tort de Zénon, dans toute son argumentation, est justement de laisser de côté la durée vraie pour n’en considérer que la trace objective dans l'espace. Comment les deux traces laissées par le même mobile ne mériteraient-elles pas alors une égale considération, en tant que mesurés de la durée ? Et comment ne représenteraient-elles pas la même durée, lors même qu’elles seraient doubles l’une de l’autre ? En concluant de: là qu'une durée « est double d'elle-même », Zénon restait dans la logique de son hypothèse, et son quatrième argument vaut exactement autant que les trois autres.
Je A *
Le mathématicien, exprimant avec plus de précision une » idée du sens commun, définit la position par la distance à 1 des points de repère ou à des axes, et le mouvement par la | variation de la distance. Il ne connaît donc du mouvement que des changements de longueur; et comme les valeurs ab- 4 solues de la distance variable entre un point et un axe, par exemple, expriment tout aussi bien le déplacement de l'axe par rapport au point que celui du point par rapport à l'axe, il attribuera indifféremment au même point le repos ou la mobilité. Si donc le mouvement se réduit à un changement de # distance, le même objet devient mobile ou immobile selon les ‘ points de repère auxquels on le rapporte, et il n’y a pas de 4 mouvement absolu. | A1
Mais les choses changent déjà d'aspect quand on passe! des M mathématiques à la physique, et de l'étude abstraite du mou-
complissent dans l'univers. Si nous sommes libres d'attribuer le repos ou le mouvement à tout point matériel pris isolément | il n’en est pas moins vrai que l’aspect de l’univers matériel “ change, que la configuration intérieure de tout système réel Li varie, et que nous n’avons plus le choix, ici, entre la mobilité 3 4 etle repos : le mouvement, quelle qu’en soit la nature intime, + + devient une incontestable réalité. Admettons qu’on ne puisse * dire quelles parties de l’ensemble se meuvent; iln y en a pas £ moins du mouvement dans l’ensemble. Aussi ne faut-il pas À s'étonner si les mêmes penseurs qui considèrent tout mOuve- à ment. particulier comme relatif traitent de la totalité des D: mouvements comme d’un absolu. La contradiction a été # relevée chez Descartes, qui, après avoir donné à la thèse de la relativité sa forme la plus radicale en affirmant que tout mou- | k:
vement est « réciproque »!, formule les lois du mouvement comme si le mouvement était un absolu ?. Leibniz, et d’autres après lui, ont signalé cette contradiction* : elle tient simple ment à ce que Descartes traite du mouvement en physicien après l’avoir défini en géomètre. Tout mouvement est relatif pour le géomètre : cela signifie seulement, à notre sens, qu'il n'y a pas de symbole mathématique capable d'exprimer que ce soit le mobile qui se meut plutôt que les axes ou les points auxquels on le rapporte. Et c'est bien naturel, puisque ces . symboles, toujours destinés à des mesures, ne peuvent exprimer que des distances. Mais qu’il y ait un mouvement réel, personne ne peut le contester sérieusement : sinon, rien ne changerait dans l'univers, et surtout on ne voit pas ce que signifierait la conscience que nous avons de nos propres . mouvements. Dans sa controverse avec Descartes, Morus faisait plaisamment allusion à ce dernier point : « Quand je suis assis tranquille, et qu’un autre, s’éloignant de mille pas, est rouge de fatigue, c’est bien lui qui se meut et c’est moi qui me repose ‘.»
Mais s’il y a un mouvement absolu, peut-on persister à ne voir dans le mouvement qu'un changement de lieu ? Il faudra alors ériger la diversité de lieu en différence absolue, et distinguer des positions absolues dans un espace absolu. Newton est allé jusque-là‘, suivi d’ailleurs par Euler‘ et par