‹ Matière et mémoireChapitre 9 sur 77 · DE LA SÉLECTION DES IMAGES POUR LA REPRÉSENTATION. — LE RÔLE DU CORPS · texte numérisé non relu

DE LA SÉLECTION DES IMAGES POUR LA REPRÉSENTATION. — LE RÔLE DU CORPS

Nous allons feindre pour un instant que nous ne connais- “sions rien des théories de la matière et des théories de l'esprit, rien des discussions sur la réalité ou l’idéalité du monde “extérieur. Me voici donc en présence d'images, au sens le -plus vague où l’on puisse prendre ce mot, images perçues quand j'ouvre mes sens, inaperçues quand je les ferme. Toutes ces images agissent et réagissent les unes sur les autres dans toutes leurs parties élémentaires selon des lois constantes, que j'appelle les lois de la nature, et comme la - science parfaite de ces lois permettrait sans doute de calculer “et de prévoir ce qui se passera dans chacune de ces images, avenir des images doit être contenu dans leur présent et n’y rien ajouter de nouveau. Pourtant il en est une qui tranche “sur toutes les autres en ce que je ne la connais pas seulement “du dehors par des perceptions, mais aussi du dedans par des. “aflections : c'est mon corps. J'examine les conditions où ces affections se produisent : je trouve qu’elles viennent toujours s’intercaler entre des ébranlements que je reçois du dehors et des mouvements que je vais exécuter, comme si elles devaient

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exercer une influence mal déterminée sur la démarche finale. à Je passe mes diverses affections en revue : il me semble que chacune d’elles contient à sa manière une invitation à agir, avec, en même temps, l'autorisation d’attendre et même de ne rien faire. Je regarde de plus près : je découvre des mouvements commencés mais non pas exécutés, l'indication d'une décision plus ou moins utile, mais non pas la contrainte qui exclut le choix. J’évoque, je compare mes souvenirs : je me rappelle que partout, dans le monde erganisé, j'ai cru voir cette même sensibilité apparaître eu moment précis où la nature, ayant conféré à l'être vivant la faculié da se mouvoir dans l’espace, signale à l’espèce, par la sensation, les dangers généraux qui la menacent, et s’en remet aux individus des précautions à prendre pour y échapper. J'interroge enfin ma conscience sur le rôle qu’elle s’attribue dans l'affection : elle répond qu'elle assiste en effet, sous forme de sentiment ou de sensation, à toutes les démarches dont je crois prendre l'initiative, qu’elle s’éclipse et disparait au contraire dès que mon activité, devenant automatique, déclare ainsi n'avoir plus besoin d'elle. Ou bien donc toutes les apparences sont trompeuses, ou l’acte auquel l'état affectif . aboutit n’est pas de ceux qui pourraient rigoureusement sé déduire des phénomènes antérieurs comme un mouvement d'un mouvement, et dès lors il ajoute véritablement quelque chose de nouveau à l’univers et à son histoire. Tenons-nous-en aux apparences; je vais formuler purement et simplement ce que je sens et ce que je vois : Tout se passe comme Si, dans cet ensemble d'images que j'appelle l'univers, rien ne se pouvait produire de réellement nouveau que par l'intermédiaire de certaines images particulières, dont le type m'est fournr par mon corps.

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