LEÇON LXXI
KaLI CARBONIiCUM.
Aujourd'hui, j'étudierai avec vous le carbonate de potasse, connu dans notre nomenclature comme Kali carb. II est complémentaire de Carbo veg. et lui est semblable dans beaucoup de formes de maladie, particulièrement dans les inflammations du poumon. Quelquefois quand Tun échoue l'autre complète la guérison ; de là l'origine de leur relation complémentaire. Nous avons toute une série d'analogues de Kali carb.; nous aurons l'occasion de nous y reporter. Il y a aussi des relations complémentaires entre Kali carb, et Phosphorus.
Kali carb. exerce une influence sur la production du sang, quantitativement aussi bien que qualitativement. Cela se voit par l'anémie que cause ce médicament, et qui se traduit par les symptômes suivants : frissons fréquents; chaque fois que le malade sort il devient frissonnant si l'air est le moins du monde froid, n'ayant pas la résistance normale à la température; concordant tout à fait avec cette anémie, il v a des battements dans les vaisseaux sanguins par tout le corps. Ceci n'est pas la pléthore, mais seulement une apparence de pléthore. C'est associé à des congestions locales qui sont réellement d'origine anémique, le sang étant normal comme volume, mais n'étant pas Si^\^M riche en globules rouges qu'il le devrait. I-a congestion à In tête est accompagnée de coups de marteau dans les oreilles. Lo malade souffre de vertige quand il tourne la lêto rapidement, ou quand il est en voiture, ou par tout ce qui diminue l'arrivée du sang au cerveau. I.e malade souffro do faiblesse de la vue. spécialement à la suite d'excès sexuels.
Nous trouvons encore Kali carb, indiqué, en raison de cette anémie, après les maladies graves et prolongées. Il devient ainsi utile pour la faiblesse qui suit l'accouchement ou l'avortement quand nous avons les symptômes suivants : Il y a un mal de reins très pénible, une sensation de faiblesse, do cour-
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balure dans le bas des reins, qui rend la marche très difficile pour le malade ; le malade souffre de toux et de fréquentes sueurs la nuit. On trouve un écoulement de sang persistant par Tulérus. L'urine est chargpQ d*urçites. Ce dernier symptôme, l'excès d'urates, montre là grande destruction des tissus, et rend évidente la dépression que cause et guérit Kali carb.
Vous vous rappellerez que j'ai mentionné Kali carb. comme un médicament qui cause un grand épuisement dans le système musculaire, et c'est fréquemment dans ce genre d'épuisement, que les urates sont en quantité excessive dans l'urine.
Kcdi carb, n'agit pas seulement sur les muscles volontaires, mais aussi sur le cœur. Le cœur devient affaibli quand il esi indiqué et vous avez ainsi un pouls qui est irrégulier et intermittent, ou, étant rapide, est très faible. Ce caractère du pouls de Kali carb, qualifiera toute maladie dans laquelle vous devez employer ce médicament. C'est une caractéristique du médicament qui existe à l'origine de ses symptômes; aussi vous trouverez rarement Kali carb indiqué quand il y a un pouls plein et rond.
Cet état de l'urine, dans lequel elle est chargée d'urates, ce qui montre ÏVpuisement causé par la maladie, se rencontre aussi avec d'autres remèdes. Peut-être le meilleur remède de la matière médicale pour ce symptôme, toutes choses ègaleg d'ailleurs, est Causiicum, Rappelez-vous que cette assertion doit être vérifiée: un symptôme de ce caractère n*a pas îâ même Aaleur qu'un symptôme de l'esprit. Il est caractéristique à sa place, et cependant si des symptômes plus caractéristiques dii cas indiquent un autre médicament, alors vous ne devriez pas penser à employer Causticum, Supposez que vous ave^ un malade dont les autres symptômes sont ceilx de Kali c'àrh., par exemple, une femme après ses couches avec maux de reins, sueurs, et d'autres symptômes d'importance, alors vous devez donner Kc^li fi<irb^ avec sticcès. Mais si voiis aVez un malade sans symptômes prédominants, et avec c>e dépôt excessif d'urates dans Vur\ne,t^austicum yous tirera d'affaire.
Un aiitre remède pour ce symptôme est encore Senna, qui est un des meilleurs remèdes de la matière médicale pour la simple dépression avec destruction azotée excessive.
La combinaison particulière de symptômes que nous avons avec Rali carb,, la sueur, le mal de reins et la faiblesse, ne se trouvent dans aucun autre médicament. Il agit aussi bien aux hautes et aux basses dilutions.
Vous pouvez ausQi vous rapp)eler l'hypophosphite de chaux
qui ^ trouve auprès de Kaii carb, dans les sueurs excessives, la faiblesse et la pâleur de la peau.
yqus pouvez encore penser, comme analogue à KcUi carb., à P.sorinum qui, comme vous l'avez déjà appris, est éminemment utile dans la convalescence d'une maladie quand il y a grande faiblesse, sueur profuse, et en plus un état mental de parfait désespoir. Le malade désespère de son complet rëtabliissement.
Considérons maintenant l'aetion de Kali carb. sur le système nerveux. Vu au point de vue mental, le malade est très grognon et nerveux, et est très facilement effrayé. Cela se trouve souverit chez les femmes. Elles sont effrayées par des hallucinations imaginaires; elles s'imaginent que quelqu'un est dans la pièce ou que quelque figure se présente à leur esprit et les tourmente. Celte anxiété se manifeste spécialement à tous les bruits, comme le plus léger choc d'une porte ou d'une fenêtre, particulièrehient si le bruit était inattendu. Elles ne sont pas seulement effrayées en sursaut comme beaucoup de personnes bien portantes le seraient dans des circonstances semblables, mais elles sont terrifiées, et tombent dans une crise de tremblement. Vous trouverez quelquefois l'intelligence sérieusement atteinte quand Kali carb. est indiqué. Le malade semble ne faire attention à rieri. Cette indifférence est associée à une grande dépression corporelle. Quand on le questionne, le malade, ordinairement ufae femme, ne paraît pas savoir exactement quoi dire ou ce qu'elfe veut. Cet état voisine celui de Phosphoric acid., mais cependant l'apathie des deux remèdes nVsl pas exactement la môme. TCali carb. n'a pas une apathie sensorielle, mais il a la' dépressioh trop grande pour bâtir des réponses à vos questions. Vous trouverez fréquemment ces symptômes de l'esprit demandant Kali carb. dans la matiie puerpérale et dans la fièvre puerpérale.
Nous trouvons encore que des spasmes peuvent survenir coipme un symptôme du système netveux avec Kali carb. Le malade ne perd pas la conscience pendant les convulsions, aussi le remède n'est pas indiqué dans l'épilepfeie vraie ; mais il peut être indiqué dans l'éclampsie puerpérale, les spasmes semblant se terminer avec des éructations de gaz.
La moelle souffre d'une façon intense chez le malade de Kali carb. En plus du mal de dos déjà mentionné comme résultat de l'anémie ou de Pavortement; nous avons l'irritation spinale qui, soit dit en passant, est un symptôme aussi vague que tout autre symptôme d'un caractère général, comme le mal de tête. Vous devez toujours savoir ce qui cause cette irritation spinale.
Vient-elle d'une perte de liquides, de troubles cérébraux, de causes émotionnelles, ou quoi ? Chez le malade de Kali carb.. vous trouverez qu'elle survient fréquemment avec les symptômes utérins. Ainsi, vous aurez la pression dans le bas des reins comme s'il y avait là un poids lourd f)oussant en bas. Il y a aussi une pesanteur dans la région utérine pendant les règles de la brûlure le long de la colonne vertébrale, particulièrement sur son côté droit. Ceci n'est pas une réelle congestion. C'est plutôt une sensation subjective causée par l'irritation des nerfs postérieurs de la moelle. Le mal de dos est pire quand la malade marche. Elle se sent si épuisée qu'elle doit se laisser tomber sur une chaise ou se soutenir de quelque manière. Quelquefois on trouve, le matin, une pulsation dîans le bas du dos, tout à fait concordante avec les pulsations qui se rencontrent en d'autres parties du corps. Ici le médicament est tout à fait analogue à Sepia et au bien connu Cimicl{uga. Ce mal de reins pulsalile et tirant est particulièrement soulagé quand la malade est couchée. Ceci suggère une comparaison entre Kali carh. ei Ncdrum mur. Vous reconnaîtrez la ressemblance dans les symptômes spinaux, l'iritation spinale, le mal de dos et le soulage ment par la position couchée. Ncdrum mur. a particulièrement le soulagement en étant couché à plat sur le dos avec une ferme pression. Vous trouverez aussi que ces deux médicaments marchent la main dans la main dans le traitement de l'aménorrhée. Hahnemann dit que Kali carb. fera revenir le flux menstruel quand Natrum mur,, bien qu'indiqué, échoue.
J'ai ime fois guéri un singulier mal de dos avec Kali carb. Une malade très nerveuse vint se soumettre à mon traitement pour une dyspepsie. Elle me dit : Il y a quelque chose de très étrange dans mon cas. Chaque fois que je mange un mets, je souffre pendant une demi-heure ou plus, d'une très intense douleur dans le dos. Ceci était certainement un symptôme bizarre. Je ne savais où le trouver dans la matière médicale. Je cherchai, et je trouvai à Kali carb. ce symptôme : douTeur dans la colonne vertébrale en mangeant. Je donnai Kali carb. qui guérit complètement la malade.
Sur les muqueuses, Kali carb. agit en causant toute une série de symptômes catarrhaux. Nous pouvons le donner dans le coryza avec enrouement ou perte de la voix. ]je malade prend froid à chaque petite exposition à l'air frais. Ceci est un très fort symptôme de Kali carb. Le malade de Kali carb. a une tendance à l'obésité, et a plutôt un développement musculaire faible. Avec les symptômes catarrhaux de ce remède on trouve souvent une sensation dans la <?orge comme s'il y avait une masse à avaler.
Le cou est raide et la luette élongée. Il y a des douleurs piquantes dans la gorge en avalant tout aussi marquées qu'avec Apis-
Quelquefois nous avons une forme plus chronique de catarrhe dans le nez ; les passages du nez sont obstrués, et le malade ne peut respirer que la bouche ouverte. Cette obstruction est soulagée au plein air, mais revient dès que le malade rentre dans une pièce chaude. Il y a soit un écoulement de mucus vert fétide, ou, le matin, le nez est gonflé et rouge, et il y a un écoulement sanglant. Il y a une sensation de picotement dans le pharynx, comme si une arête y était logée, chaque fois que le malade prend froid (un rhume). Ceci est un bon symptôme pour Kcdi carb. Vous le trouverez dans YEncyclopédie d'Allen.
En plus de ces symptômes, il y a presque toujours une accumulation de mucus dans le pharynx. Le malade se gratte la gorge et crache avec bruit le matin. Ce crachement bruyant se trouve avec tous les alcalis, mais celte particularité, la sensation d'une arête dans gorge dès qu'il prend froid, avec le râclement bruyant, ne se trouve avec aucun autre remède. Hepar, Acide nitric, Alumen, Carbo veg., et Arg. niir, ont tous cette sensation comme d'une écharde ou d'une arête dans la gorge.
Dans les toux, nous trouvons quelquefois l'usage de Kali carb, La toux est d'un caractère paroxystique, et s'accompagne de bâillement et de vomissement de phlegme sûr et de nourriture. Ceci suggère l'emploi de Kali carb. dans la coqueluche, maladie dans laquelle il a eu beaucoup de succès. Bœnninghausen nous a donné un symptôme caractéristique de Kali carb,, qui est un petit sac plein d'eau entre les paupièi^es supérieures et les sourcils. Vous rencontrerez souvent ce symptôme. Je veux vous avertir de ne pas le confondre avec un état semblable qui n'est pas du tout une particularité pathologique, et qui est une certaine lâcheté des tissus dans cet endroit survenant chez les personnes âgées.
Maintenant, voyons l'action de Kali carb, sur les poumons. Nous le trouvons indiqué dans la bronchite, la pneumonie, et la phtisie pulmonaire. Je vous donnerai les symptômes qui l'indiquent dans ces états séparés. Le symptôme le plus caractéristique de tous, et qui se trouve dans toute la symptomatologie du médicament, est les douleurs piquantes qui sont localisées d'une manière prédominante dans les parois de la poitrine. Elles sont empirées par tout mouvement, maïs, contrairement h Bryon^, elles surviennent à tout moment indépendamment de o^tte- aggravation. Elles viennent d'une façon caractéristique au tiers inférieur du poumon droit, traversant la poitrine vers le dos. Elles
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peuvent survenir dans toute la poitrine, mais leur situation la plus' trëquénte çsi jg priîcélîënle. plies sqjit aussi erratiques et se prfamèrierit dans toiil ie corps. Ici cela vbiis rappelle fiati Inebr., Pu/sa(. et Sulpkur.
Kali carb. est inqîijuë dans la pneumouiç infantile oii la bronchiie capillaire quâiid exjstent les syiriplômtes sulvàjits : dysp-
qu'il y ait béaùçpùp <|f miicus dans la poitrine,
c j^ifficulté-l-'e'ni'ànl est si oppressé qu'il ne peut ré. La respiration es}, d'un cara(;tère bruyant el [1). à une joiix siiffocanje. Il Taudrail ici conipait ifoii carh. avpc. 4»''/". tari, et ainsi délecmiiqùe le mieux. I.'un rie peui pas être je remède
jJans la p|itisie, po» carb. est indiqué qunna la conslitulion le fàvqrise. Lé ni<}la4« a l'aspec^ boiiffl de la C;i<:e des alcalins, n >; a aussi ceg douleurs eh élancemeiils, bien définies dans la poitripé et suÉ le cqrps, avec là bouffissure des paupières sùpéri-eiii^s.
La iQ)i3f est difficile ; le malade ne pept rejeter de crachat. ÎI le déta-cfiê an partie, mais îl retourne en arrière et retomb? dans le pliaryi)x. Maiiiienant, si vous examinez cette expectoration, vpqg' troiiyerez qp'elle est souvent sanglante, el qu'il y a d^ petits globules dé pus qui y sqnt répandus. Jl y u une aggravation de tous les s^inptômes de 3 à 5 licuros du matin. Cette Iieure d'aggravation appartient à tous les sels de potasse. Il y a aussi une sensation très tenace, un trissonnement à midi.
Kali carb- e^t indiqué dans ]es inflammations cardiaques, dans l'endo pt U péricardite quand ce^ dniileui's qlguës d'élancements çont caractéristiques, ^e le donnez pas trop tôt dans ces cas. Ce n'est pas un remède de déhiil dans la maladie de cœur. Il est indiqué plutôt tard quand il y a un dépflt sur les valvules cardiaques.
Nous trouvons ces mêmes douleurs d'élancement avec fiait car(i. dans le mal de dos, une forme très obstinée de rhumatisme. Le même symptOme se montre dans le cas dp menace de tausse-couche et pendant le travail : des douleurs d"élancemenls violents dans la région lombaire frappant des fesses vers les cuisses.
La même sorte de douleur suggère ce remède dans la néphrite.
Enfin, en rapport avec «es douleurs d'élancements, je veux vous parler de son application dans la fièvre puerpérale de forme métritique, c'esl-à-dire quand la métrile est un élat prédominant. Il y a des douleurs aiguSs, coupantes, en coup de poi-
gnard dans Tabdomen, Tabdomen est gonflé et distendu, et l'urine est foncée et rare, le pouls est rapide mais faible, et vous avez l'état d'esprit décrit au début de cette leçon.
Un symptôme encore et nous en avons fini avec ce médicament et c'est son emploi dans la dyspepsie. Vous le trouverez indiqué dans Tindigestion, particulièrement chez les vieillards, chez ceux qui ont perdu beaucoup des fluides vitaux, quand il y a une sensation de vide, de faiblesse dans l'estomac avant de manger et du gonflement après avoir mangé, spécialement après la soupe ou le café. Il y a des éructations sûres, du pyrosis, et une sensation nerveuse de malaise quand on a faim.
Vous voyez ainsi que KaJi carb, est un remède indiqué dans une grande variété de maladies. C'est un médicament très négligé dans la pratique, pour la même raison que beaucoup d'autres, parce que le médecin pressé et sans soin tombe dans la routine.