CERF COMMUN
Le sal)ot de l’élan a été vanté comme très efficace contre l’épilepsie. Cette opinion inattendue serait fondée, dit Guibourt, sur ce fait « qu’il arrive quelquefois à l’Élan de tomber en fuyant les chasseurs, et qu’alors on a cru voir qu’il s’introduisait le bout du pied gauche dans l’oreille, d’où l’on a conclu qu’il était sujet à des attaques d’épilepsie dont il se délivrait par ce moyen (i) ».
CERVIDÉS PROPREMENT DITS Cerf commun [Cerviis elaphus^ L.).
Le Cerf est commun en Europe et en Asie. Sa robe est d’un brun grisâtre, uniforme en hiver, marquée aux flancs en été d’une rangée longitudinale de taches blanches. La livrée du faon porte de nombreuses taches blanches.
Nous allons donner quelques détails sur la structure et la régénération du bois des Cervidés.
Bois des Cervidés. — Nous avons dit plus haut (voir p. io6) que les appendices frontaux des Cervidés doivent être considérés comme formés de deux parties distinctes :
I® Une portion basilaire peu développée, le pivot ou couronne., qui est une apophyse frontale;
2® Le bois, partie improprement désignée dans les pharmacies sous le nom de corne de cerf.
Nous avons fait remarquer, d’après Ch. Robin et Ilerrmann [loc. cit.), que le bois est homologue de la cheville osseuse des Ruminants cavicornes, et que ce bois naît comme la cheville osseuse par substance préosseuse à la surface d’une apophyse frontale qui est la coui'onne chez les Cervidés, et un prolongement du Rontal, sans désignation spéciale, chez les cavicornes.
(i) Pour être logiques, les praticiens qui recommandaient le sabot de l’Élan eussent dû le prescrire en frictions dans l'oreille ; il n’en était rien cependant ; il paraît qu’il fnlluil le prendre à l'intérieur pour en apprécier l’efficacité.
MAMMIFERES
La couronne, chez les Cervidés, est creusée en forme de cupule à son extrémité ; dans cette cupule s’organise de la substance préosseuse aux dépens de laquelle se développe le bois. Celui-ci ne résulte donc pas d’une ossification enchondrale (voir p. 5) comme le pensaient la plupart des naturalistes avant Robin et Ilerrmann ; il n’est point précédé de cartilage. La substance préosseuse qui s’organise dans la cupule de la couronne, la remplit bientôt jusqu’à déborder en un bourrelet sur tout son pourtour. Ce bourrelet en s ossi-
Fig. 58. — Bois de Cerf.
a, a, andouillers. — c, meule. — f, os frontal. — m, merrain.
fiant donne naissance à la meule (fig. c), partie annulaire, épaisse et rugueuse de la base du bois. En même temps la substance préosseuse gagne en hauteur et son ossification constitue la perche ou merrain et successivement ses ramifications ou andouillers.
Le bois, avons-nous dit, est caduc. La chute qui se lait
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annuellement (i) résulte d’une nécrose du tissu du bois au niveau de la meule, consécutive à une atrophie suivie de mortification des vaisseaux nourriciers à ce niveau. Quand la nécrose est complète, la chute du bois se l’ait par rupture à sa hase, c’est-à-dire à son point d’union avec la couronne. Après la chute, la plaie reste saignante pendant un ou deux jours, puis elle se recouvre d’une peau molle, lisse, noire et brillante, d’abord dépourvue de poils et qui tranche sur le reste de la peau enveloppant la couronne. C’est sous cette peau molle et noire que s’organise la substance préosseuse qui va devenir le point de départ de la régénération d’un nouveau bois Le mode suivant lequel se fait l’ossification du bois, par l’intermédiaire de substance préosseuse, donne à ce bois certaines particularités de structure qu’il est nécessaire de connaître. ISIais nous avons dit que la cheville osseuse des Ruminants cavicornes est homologue du bois des Cervidés et qu’elle se développe comme lui par l’intermédiaire de substance préosseuse. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il y ait entre ces deux formations, bois et chevilles osseuses, des caractères de structure communs. Nous allons indiquer d’abord ces caractères communs et nous donnerons ensuite les caractères I propres au bois des Cervidés.
, Caractères de structure communs au bois des Cervidés et aux chevilles osseuses des Cavicornes. — Ces caractères permettent de distinguer ces deux formations des autres os de la tète ainsi que des os longs du squelette, j I® Bois et chevilles sont formés exclusivement de substance ; spongieuse sans substance compacte.
2® Il n’existe pas de cavité médullaire centrale ; les alvéoles
(i) Etant données les dimensions considérables qu’atteignent les bois des Cerfs, il faut admettre que l’ossification de ces organes se fait avec une grande rapidité. Berthold rapporte en effet qu’un bois d’environ i m. o8 de longueur et du poids de 7 kg. ,5oo se développa dans l’espace de six semaines, en sorte qu’en moyenne il s’était produit chaque jour une masse d’os longue de 4 centimètres environ et pesant près de I I2Ô grammes.
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médullo-vasculaires qui bordent les lames du tissu spongieux ofTrent ce caractère particulier d’être limités par une zone hyaline très dense, qui empêche les ramifications des cellules osseuses d’arriver jusqu à leur cavité.
3“ Jamais les lamelles osseuses ne se disposent en systèmes de Ilavers (voir p. 4), c’est-à-dire en systèmes concentriques aux vaisseaux.
4° Le dépôt calcaire est moins abondant proportionnellement à la substance organique (osséine) que dans les os ordinaires, en raison de la rapidité du développement.
Caractères propres au bois des Cervidés. i“ Dans le liois, il n’existe jamais de cellules graisseuses à l’intérieur des alvéoles médullo-vasculaires. 2” La surface extérieure du bois est extrêmement dure (i). Ce n’est cependant point du tissu compact qui forme cette surface. Sa dureté résulte d une réduction considérable des alvéoles médullo-vasculaires à ce niveau ; ces alvéoles très petits ne renferment plus de moelle, mais seulement un vaisseau capillaire. De là un tassement de toute la substance osseuse qui lui donne sa grande densité.
C’est à ces deux caractères qu’on distinguera le bois des chevilles osseuses, formations qui, par ailleurs, comme nous l’avons montré, ont une structure bien différente de celle des autres os du squelette.
Corne de cerf. — Formes commerciales, fcdsifica lions. Les phannacopées désignent sous le nom de corne de cerf des portions des bois du Cerf, qu’on trouve dans le commerce sous deux formes : 1“ en cornichons; râpées.
Les cornichons sont les extrémités des andouillers ; ils affectent la forme de petits cônes et sont bien facilement
(0 On sait que chez les Cavicornes au contraire, il n’y a pas de d.fférencc sensible de densité entre le centre et la surface de la cheville, aussi celle-ci, quiu.d on MCii d'enlever la corne, semble veloutée à l’extérieur et n’est pas lisse comme le bois.
CORNE DE CERF i5^
reconnaissables. Leur section transversale montre une couche épaisse de tissu osseux dur enveloppant un tissu spongieux dense qui occupe le centre; il n’y a pas de cavité médullaire (voir ci-dessus, p. i47)-
Quant à la corne de cerf ràpée^ elle est formée de copeaux obtenus par raclage des bois de Cerf. Sous cette forme elle est fréquemment falsifiée au moyen de copeaux d’os de Bœuf. Les caractères que nous avons donnés permettront de reconnaître aisément la fraude. Nous rappellerons que la vraie corne de cerf ne renferme pas de graisse et qu’elle est formée seulement de tissu spongieux. De plus, elle est de couleur grise, tandis que les os de Bœuf râpés donnent un produit blanc; la couleur grise résulte de la mortification des vaisseaux et des éléments de la moelle dans les nombreux alvéoles médullovasculaires qui forment le tissu spongieux du vrai bois de Cerf.
Fig. 5g. — Os de cœur de Cerf.
Us.\.GES. — La corne de cerf est composée de carbonate de chaux, de phosphate de chaux et d’osséine (i). En un mot elle offre la même composition que l’os ordinaire, moins la graisse et avec une proportion plus grande d’osséine; aussi se sert-on
(i) Voir p. 2.
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de la corne râpée pour faire des gelées (i) ; les cornichons sont réservés à la calcination.
A vrai dire, c’est surtout la présence du phosj)hate de chaux qui pouvait légitimer l’emploi de cette drogue, aussi est-elle très généralement abandonnée aujourd’hui et remplacée par les multiples préparations dans lesquelles rentre le phosphate de chaux sous diverses formes (2).
Kératine.
Nous avons indiqué (voir p. 10) que la substance de l’ongle et des autres productions épidermiques (poils, cornes, plumes, etc.) est constituée par une matière désignée sous le nom de kéi’atine.
On l’extrait aussi des os râpés (l*) par digestion en présence de la pepsine et de l’acide chlorhydrique qui les débarrasse de l’alhumine et de l’osséine.
Cette substance est insoluble dans les acides et soluble dans les alcalis. Unna, de Hambourg, a cherché à tirer parti de cette propriété pour soustraire à l’action du suc gastricpie les médicaments sous forme de pilules qui ne doivent agir que sur l’intestin. Les pilules sont enduites d’une solution faite de kératine traitée par quatre parties d’ammoniaque. Elles échappent ainsi à l’action du suc acide de 1 estomac et sont attaquées par les sucs alcalins de l’intestin (3).
(1) La gelée de coi-ne de cerf figure encore au Codex de iSg'».
(2) On employait autrefois l’os de cœur de Cerf (fig. 5g) ; on désigne ainsi une ossification qui se produit à la base de l’aorte.
On trouve encore ce produit dans les drogueries. Nous devons à M. Buchet, directeur de la Pharmacie centrale de France, de beaux écliantillons de ces o.s de cœur de Cerf. En les comparant à une riche collection de ces os que possède le C;>binct d'.\natomic comparée du Muséum et qui provient des chasses de Chantilly (?) nous avons pu nous convaincre que la drogue vendue dans le commerce sous le nom d os de cœur Cerf est parfaitement constituée par des productions ayant cette origine.
(3) Il reste à savoir si la kératine se laisse attaquer par les sucs alcalins de 1 intestin, car suivant Ch. Robin, c’est un principe qui résiste même à l’action de la potasse. Bien plus, l’alcalinité du suc intestinal est généralement très faible; parfois même ce suc est acide et dans ce cas le résultat est sûrement nul.
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