DE FRANCE
Au nom de ceux qui l’ont aimé, je viens dire le dernier adieu à celui qui fut mon meilleur ami.
D’autres vous ont dit la valeur de l’homme de science, je tiens simplement h rappeler ce que fut Henri Beauregard comme homme privé.
Beauregard. Mat. iiiéd.
DISC O rus
Sa vie peut se résumer en deux mots ; Amour du travail, amour de ses seml)lables. Toujours, chez lui, le cœur parla plus haut que la raison, plus haut surtout que l’intérêt.
Son horreur de l’injustice, sa pitié pour les l’aihles, sa haine du Tort qui ahuse de sa puissance se traduisaient, chez lui, par des explosions, par des révoltes qui pouvaient le laire juger violent par les esprits superficiels. Pour ceux, au contraire, qui pouvaient l’apprécier, c’était là l’indice de son immense honté, de son incorrigible désintéressement.
Rien ne l’arrêtait lorsqu’il croyait avoir une injustice à combattre, et c’étaient ses amis qui devaient alors prendre soin de ses intérêts matériels.
Ce désintéressement, cet amour de la justice étalent bien connus à l’Association Philotechniijne. Je sais en quels termes émus les anciens présidents Jules Ferry, Léon Bourgeois, me parlaient de leur secrétaire général, qui fut, pendant de longues années, l’àme on plutôt le cœur de cette Association.
Une attitude si Iraiiche, si chevaleresque, mais parfois aussi si comhattive, n’est pas faite, à notre époque, pour hâter le succès. Aussi Beauregard connut-il l’amertume des désillusions, mais son heureux caractère, sa foi dans la justice immanente et raffectlon si fidèle qu’il trouva toujours à son loyer, ell'açaient bientôt ces pénibles Impressions. La justice arriva enfin; Beauregard fut suecessivement nommé chevalier de la Légion d’honneur et professeur à l’Ecole supérieure de Pharmacie. Et c’est au moment où il aurait pu jouir de cette situation si justement acquise, où il aui'alt pu se consacrer à l’instruction de cette jeunesse qu’il aimait tant, que la mort le Irappe en pleine possession de son talent.
Ce départ si prématuré laissera plus vivace encore, chez scs amis, le souvenir de sa honté, de sa droiture, de son désintéressement.
D’ailleurs, la conservation de l’énergie ne saurait se limiter au monde physique. En présence de catastrophes comme celle-là, notre instinct se refuse à croire que l’énergie morale que représentent l’intelligence et la honté puisse, moins bien partagée, disparaître avec celui qui en était porteur.
Peut-être le progrès humain, lent mais continu, n’est-il fait que
DISCOURS
de la somme de ces énergies que nous croyons disparues, et la science peut-etre confirmera-t-elle plus tard cette intuition du cœur qui nous dit que cette séparation n est pas définitive, que l’adieu que nous vous disons aujourd’hui, cher ami, ne saurait être éternel.
DISCOURS