‹ Matière médicale zoologiqueChapitre 6 sur 108 · DE · texte numérisé non relu

DE

M. LE DIHECTEUR DE l’ÉCOLE SUPÉIîIELRE DE PHARMACIE DE PARIS

^Messieurs,

En juillet 1898, notre collègue Henri Beauregard était nommé professeur à l’Ecole de Pharmacie : deux années ne se sont pas encore écoulées et nous voici réunis autour de sa tombe pour lui rendre les dei'iiiers devoirs. Un mal implacable a brutalement interrompu sa carrière, au moment où commençait h peine pour lui cette période enviée où le savant universitaire trouve ii la fois la récompense de ses travaux et le couronnement de sa carrière. Bien que la destinée lui ait si parcimonieusement mesuré ses années de professorat, la trace qu’il laisse à l’École n’en est pas moins profonde. L’activité qu’il y avait depuis longtemps déployée, les titres qu’il s’y était créés, les services qu’il y avait rendus ont fait de lui un de nos anciens et de nos plus utiles collaborateurs.

Né au Havre, en i85i, d’un père médecin, il avait pris de bonne heure le goût des sciences, et en particulier de l’histoire naturelle. H avait cultivé ce goût non seulement dans les Facultés des Sciences et de Médecine, dont II avait successivement conquis tous les grades, mais aussi dans les Ecoles de Pharmacie, où il avait trouvé de quoi largement exercer son activité. Dès 1871, il était un de nos élèves les plus distingués. Remarqué par ses maîtres, il était successivement nommé interne des hôpitaux, préparateur des cours de sciences naturelles, chef des travaux pratiques de chimie d’abord, d’histoire naturelle ensuite, en même temps que maître de conférences. A ces titres divers, il prit une large part, avec son collègue et ami M. Galippe, à l’organisation de ces travaux, où les élèves étalent

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exercés à l’étiicle minutieuse des produits animaux et végétaux. Un Guide des travaux pratiques publié par les deux amis résumait cet enseisfuement, emmenant les auteurs sur des domaines variés : botanique, zoologie, matière médicale, microbiologie. Les conférences préparatoires à ces travaux avalent déjà exercé Beauregard à renseignement. Sa nomination d’agrégé des sciences naturelles lui ouvrit plus largement cette voie en lui donnant à plusieurs reprises l’occasion de suppléer dans leurs cours les professeurs de sciences naturelles, et particulièrement celui de cryptogamie. 11 le fit avec une grande compétence à la vive satisfaction de ses auditeurs.

En i885, il ajoutait à ses fonctions à l’Ecole celle d’aide naturaliste au Muséum, dans le laboratoire d’anatomie comparée. Il y retrouvait son maître Georges Pouchet, dont il avait jadis préparé les leçons à l’Ecole normale supérieure, et devenait non seulement son aide assidu, mais aussi son collaborateur et son ami. Sous l’impulsion du maître, il entreprenait une série de recherches délicates de zoologie générale et d’anatomie comparée sur l’œil, le développement des mâchoires et des dents des Vertébrés, sur rilistoire des ÎMammlfères marins, dont le laboratoire devenait un centre d’études, plein de vie et d’entrain. Quand un de ces grands cétacés échouait sur nos plages, on en était immédiatement averti au Muséum. On partait alors pour aller étudier sur place la grosse anatomie de ces géants de la mer : les rapports et la structure des organes, la nature et le siège des sécrétions intéressantes, telles que le blanc de baleine ; on rapportait de ces expéditions de précieux matériaux que Beauregard a particulièrement utilisés, soit seul, soit en collaboration avec son maître et qui lui ont fourni l’occasion d’une série de mémoires originaux du plus vif intérêt.

D’autres sujets appelaient aussi l’attention de Beauregard. Les savants étudiaient en ce moment les insectes vésicants. Fabre d’Avignon avait fait connaître les mœurs curieuses et les métamorphoses slng;ulières du Pitaris, vivant à l’état de larves dans des nids d’iivménoptères, dont elles dévorent le miel. .Iules Lichtenstein avait obtenu, dans son laboratoire, les diverses phases de transformation de la cantharide, sans avoir pu déterminer dans quel nid d’iiyménoptère elles se produisaient. Beauregard se lança avec ardeur dans

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ces études attrayantes ; il alla sur les lieux, en Provence, chercher la solution du problème de la vie larvaire de la cantharide et réussit à le résoudre. Chemin faisant il recueillit toute une série d’observations cjui lui permirent de composer un beau livre, plein de recherches personnelles sur les insectes eux-mêmes et les principes actifs cpil expliquent leur action véslcante.

Ce n’est point ici le lieu de parler de tous les travaux produits par notre collègue. Si nous avons insisté sur les précédents, c’est d’abord à cause de leur importance, c’est aussi parce qu’ils nous montrent chez leur auteur la préoccupation d’appliquer les recherches de la science aux questions pharmaceutiques. Ses recherches sur le cachalot et les produits qu’il fournit spermaceti, ambre-gris, sur la cantharidlue, son activité, la place qu’elle occupe dans les organes des véslcants, sont d’intéressants chapitres d’histoire naturelle pharmaceutique.

Ces travaux avalent mis en relief les remarqualdes qualités de Beauregard, la justesse et la pénétration de son esprit clair et méthodique, l’étendue et la variété de ses connaissances, ils lui avaient valu dans le monde savant une notoriété et une autorité incontestables. La chaire de cryptogamie devint vacante par la retraite de notre collègue Marchand. Malgré le caractère spécial de cet enseignement, nous crûmes devoir le lui confier, comptant pour la réussite sur la souplesse de sou intelligence si largement ouverte. Nous ne nous étions point trompés. Notre nouveau collègue se mit vaillamment à l’œuvre ; il se préoccupa de l’organisation des travaux pratiques de microbiologie, qui rentraient dans ses attributions ; il fit avec une énergie remarquable, malgré l’état déjà chancelant de sa santé, un beau cours magistral. Nous admirions son courage. Mais nous ne ])ouvions, hélas ! nous dissimuler tout ce qu’il y avait de factice dans ce déploiement de forces, que soutenait seule une énergique volonté, et nous ne pouvions nous défendre de sérieuses inquiétudes. Elles n’étaient que trop justifiées. Au retour d’une tournée d’examen en province, dont il avait voulu bravement accepter les fatigues, nous avions été péniblement frappés de l’altération de ses traits, de l’affaissement de son attitude. 11 aurait cependant^ voulu reprendre ses leçons, mais ses amis durent lui

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imposer un séjour clans des climats plus cléments, où il put espérer retrouver cjuelque bien-être. Le mal était trop profond. Samedi dernier nous apprenions la fin de ses souirrances.

L’activité de Beauregard ne s’était pas manifestée seulement dans l’Ecole ; elle se déployait largement dans les Sociétés savantes : celle' de Biologie dont il était l’un des membres les plus assidus et où il avait accepté les modestes mais si utiles fonctions de trésorier; la Société de Pharmacie, dont il suivait souvent les séances, se mêlant aux discussions et y apportant ses lumières spéciales. Mais ce qui l’avait le plus captivé, c’était l’Association phllotechnicjue. 11 y trouvait de c[uol satisfaire à la fois ses qualités de cœur et d'intelligence. Donner aux masses populaires désireuses d’instruction les movens de s’initier aux connaissances qui les élèvent et les moralisent, faire ainsi de la bonne et sérieuse philanthropie, c’était réaliseï' un de ses rêves. Aussi fut-il pendant c[uelc|ues années, en (jualité de secrétaire général, le principal instrument de cette belle institution sous la présidence des Jules Simon, de Ferry, de Léon Bourgeois. Tous ces hommes dévoués au bien du peuple rendirent toujours un afl'ectueux hommage à leur collaborateur, sa nomination de chevalier de la Légion d’honneur fut la très légitime récompense de ce dévouement.

Les représentants des diverses Sociétés viendront vous dire, mieux que je ne saurais le faire, tout ce qu’ils doivent à Beauregard. Je me borne, au nom et en qualité de président de la Société de Pharmacie, à joindre tous nos douloureux regrets à ceux de l’Ecole et des diflérents corps qui déplorent la perte de leur cher collaborateur.

C’est un triste et navrant spectacle c[ue de voir ainsi terrassée une belle intelligence, qui aurait pu donner encore tant de si bons et si utiles travaux. Devant cette cruelle et inexorable destinée, nous sommes forcés de nous incliner mais non sans ressentir une poignante émotion. L’Ecole fait une perte considérable; mais en adressant en son nom un suprême adieu à notre cher collègue, nous ne pouvons oublier combien sont encore plus cruellement frappés les membres de sa famille : la compagne qui lui a prodigué ses soins, son frère, notre distingué collèfirue dans une des facultés

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voisines de la nôtre, tous les siens qu’il aimait si tendrement. A tous nous apportons ici l’expression de notre haute estime pour les travaux du savant, de notre alFectueux respect pour le courage et la vaillance dont, jusqu’au dernier moment, il a lait preuve pour le service de l’Ecole, et nous associant à leur allliction nous leur offrons l’hommage de notre sympathique douleur devant le malheur qui les frappe.

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