M. LE ^ICE-PHÉSI1)ENT DE L ASSOCIATION PHILOTECIINIQUE
Mesdames, Messieurs,
En 1 absence de M. Berthelot, président de l’Association Philotechnique, empêché par son état de santé, c’est à moi qu’échoit le triste devoir d’apporter le dernier adieu de l’Association au D" Beaulegaid, son ancien et a jamais regretté secrétaire général.
Notre éminent Président eût tenu un langage auquel ne saurait se hausser ma modeste voix. 11 eût, mandataire plus autorisé qu’aucun autre, parlé au nom de la science, qui n’est pas moins frappée que notre Association par cette mort cruelle et prématurée.
^lais s il n est pas en mon pouvoir de rendre au D"^ Beauregard un hommage digne de sa mémoire, je puis dire toute la reconnaissance que lui doit l’Association pour la large part qu’il lui a donnée dans son existence et dans ses travaux, pour les immenses services dont elle lui est redevable.
Le D'" Beauregard est entré a l’Association Philoteclinique en 1875. Assistant de la chaire d’Aiiatomie comparée du Muséum, docteur ès sciences et en médecine, professeur agrégé à l’École supéiieuie de pharmacie, il na pas hésité a associer l’enseignement supérieur a 1 œuvre de renseignement populaire. Il a été ainsi un précurseur dans une voie où les pouvoirs publics n’ont songé ipie plus tard a appeler les divers ordres d’enseignement.
11 a fait un cours d’histoire naturelle pendant onze années, et a été successivement secrétaire et membre du Conseil d’administration.
Mais c’est surtout comme Secrétaire général depuis 1886 qu’il a
DISCOURS
exercé une action considérable sur le fonctionnement de notre œuvre ; il a été l’artisan actif et convaincu du développement qu’elle a donné à l’enseignement technique et professionnel.
Toutes les questions concernant la création de nouveaux cours, l’adoption de nouvelles méthodes, les perfectionnements inspirés par les circonstances ou les besoins, retenaient son attention, occupaient sa pensée ; les moindres détails avaient, à ses yeux, leur Importance, et pour obtenir une amélioration, pour réaliser un progrès, rien ne lui semblait IndilFérent ni négligeable, rien non plus ne lui semblait trop difficile. Il avait cette clairvoyance et cette activité qui assurent le succès.
C’est à lui qu’incombait la tâche de présenter, aux Assemblées générales, aux Séances solennelles d’ouverture des Cours, aux Distributions de prix, des rapports sur la marche de l’Association, sur ce qu’elle avait fait l’année écoulée, sur ce qu’elle se proposait de faire l’année suivante. Le D"' Beauregard apportait dans la rédaction de ces comptes rendus une précision et une clarté incomparables, il savait même les émailler de véritables fleurs de poésie et d’éloquence, qui transformaient d’arides documents administratifs en des pages de gracieuse et forte littérature.
Les mérites du D*' Beauregard apparaissaient si grands aux yeux de tous ceux auxquels sont chères les destinées de l’Association, qu’ils souhaitaient plus ardemment que lui-même la haute récompense qui devait en être la consécration officielle. Des démarches furent faites par quelques-uns de nos collègues auprès du Président du Conseil, M. Léon Bourgeois, que, par une heureuse fortune, l’Association avait alors à sa tête. La cause du D*^ Beauregard devant l’éminent Président, qui avait pour lui la plus grande estime, était gagnée avant d’être plaidée, et le D"" Beauregard fut, au mois de janvier 1896, nommé Chevalier de la Légion d’honneur.
Tous les professeurs, tous les élèves, ceux de la veille comme ceux du jour, saisirent avec empressement une si heureuse occasion de lui manifester publiquement leur reconnaissance et leur sympathie.
Un banquet nous réunissait, au nombre de plus de ^00, le 6 février 1896, pour fêter la distinction dont le D‘‘ Beauregard venait
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d’ètrc rol)jet, et le Président du Conseil, M. Léon Boui freois, voulut bien, s’arrachant aux graves préoccupations des allaires publi- ([ues, en accepter la présidence.
Beaucoup d’entre vous se rappellent la joie de cette soirée, les éloges mérités cpie décernèrent des voix autorisées au savaut, au camarade, au philotcchniclen.
J’ai souvenir, parmi tant de belles phrases prononcées au cours de cette fête, des termes dans lesquels s’excusait de son absence un des plus grands de nos anciens Présidents, Jules Simon : « Jouissez tous, disait-il, après avoir rappelé sa 8 P année, de la santé, de la jeunesse, pendant que vous avez ces deux biens inestimables : car, pour les dons de l’esprit et du cœur, je n’al rien à vous souhaiter que vous ne possédiez déjà. )> — Santé, jeunesse!... Ces mots de Jules Simon remontent à quatre ans seulement, et ce souhait si sincère, le destin vient d’en faire une amère ironie ! Et celui qui était dans la maturité de l’âge n’a survécu que peu de temps à l’illustre octogénaire !
Quel contraste douloureux entre ce souvenir encore si récent et nos pensées d’aujourd’hui !
Aussi ne puis-je m’empêcher de m’approprier la protestation même du D*' Beauregard, quand il caractérisait ainsi l’iniquité du destin au lendemain de la mort de Jules Ferry : « La mort, encore une fols, a frappé avec une suprême ineptie dans le choix de ses victimes. »
Le D‘‘ Beauregard devait vivre encore de longs jours pour la France, pour la République, pour Paris, et il n’est plus. Le sort aveugle l’a frappé lui aussi au hasard ; il enlève aux espoirs de la Patrie le maître savant qui lui eût rendu encore tant de précieux services.
Obligé de quitter Paris pour chercher sous un climat plus clément un soulagement à ses soull'rances, le D‘‘ Beauregard adressa le mois dernier au Conseil de l’Association sa démission de Secrétaire général; le Conseil n’en voulut pas et l’en avisa.
Je ne sais rien de plus touchant que les termes dans lesquels il déclare que sa décision était irrévocable, et qui montrent bien toute la conscience qu’il avait toujours mise à remplir sa fonction pendant (piatorze années.
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« Vous savez, écrivait-il, que je n’ai point essayé de faire une vainc démonstration qui no serait ni dans mon caractère ni dans mes liabitudes. J’ai donné ma démission parce que je juge indispensable de me retirer dans l’intérêt même de l’Association Pbilotcchnique, pour laquelle j’ai un atlachement assez profond et sincère pour comprendre que je ne peux plus lui rendre les services ([u’elle doit exiger d’un Secrétaire général. Je serais désolé de voir l’Association Pbllotecbnique pâtir d'une telle situation. Je vous en supplie donc, faites accepter ma démission par le Conseil ; je suis fermement décidé à la maintenir, car je vous affirme que c’est une afl’alre de conscience et que je suis persuadé de nuire à notre œuvre si cbi're si je ne suis pas remplacé. »
Quand il traçait ces lignes, le D‘' Beauregard espérait que les forces lui reviendraient sous le beau ciel du Midi... Nos vœux à tous appelaient aussi le prompt rétablissement d’une santé si chère! Vouix stériles, vaine espérance !
Nous l’avions nommé, et l’Assemblée générale avait émis ce vote d’enthousiasme et à runanlmité, Vice-Président honoraire, pensant qu’il reprendrait sa place parmi nous. La fatale nouvelle de sa mort, qui a suivi de si près cette manifestation de nos sentiments, nous a démontré que ce vaillant défenseur de la cause de l’enseignement populaire était resté à son poste de travail jusqu’à l’épuisement complet de ses forces.
.Vussi, l’Association Philotechnique, en exprimant à la malheureuse veuve et aux frères du D‘‘ Beauregard ses plus profonds sentiments de respectueuse condoléance, peut-elle leur donner l’assurance qu’elle saura garder pieusement son cher souvenir.
Il nous laisse à tous un exemple à suivre, et c’est en nous ell’orçant de l’imiter que nous rendrons le plus juste hommage à sa mémoire. Adieu donc, cher maître et ami. Votre nom restera étroitement attaché à notre œuvre et il vivra chez elle tant que durera l’Association Philotechnique elle-même.
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