I.XSECTES
plonge dans un abondant jus d’œufs de Locuste qu’elle dévore avidement. Elle acquiert ainsi bientôt un grand volume (fig. loi) et lorsqu’elle est parvenue à son état ultime (état scarabidoïde), elle sort du nid qu’elle a dévasté et se creuse dans la terre, à une certaine distance, une cavité lisse oii au bout de quelques jours elle donne issue à la pseudo-chrysalide.
Les stades suivants du développement se succèdent comme chez la Cantharide.
Ainsi, le Genre Epicauta se caractérise très nettement par ses mœurs larvaires. Nous avons montré, en elfet, que ce n’est pas seulement en Amérique que les espèces de ce eenre ont des larves carnivores. Nous
avons pu élever les triongulins de VEpicaula verticalis, un des quatre représentants européens du genre, en le nourrissant au moyen d œufs d’Orthoptères [Œdipoda cœridescens, Œ. germanica, etc.). Nous devons ajouter que les genres voisins d’Epicauta, tels que Macrohasis {M. immaculata) (PL IV, fig. 2) et Henous {H. conferliis) (PI. IV, fig. 9), qui vivent en Amérique, ont des mœurs semblahles.
Fig. 101
cauta verticalis, «icuxicme larve à l'état ultime ; grossie six fois.
Espèces principales. — Les espèces du genre Epicauta sont très nombreuses. L’Europe, il est vrai, n’en possède que quatre ou cinq; mais près de deux cent cinquante sont réparties dans l’Asie, l’Afrique et l’Amérique. L’Amérique a elle seule en compte cent vingt-deux.
En France on ne rencontre qu’une espèce E. rufidorsnm Goeze (Syn : E. verticalis, lUig-)- C’est un bel insecte d’un noir brillant, avec la tête rouge marquée d’un trait médian longitudinal noir. Cette espèce n’est pas très commune. On la voit apparaissant par essaims en juillet dans le midi (Gard, Vaucluse) (PI. IV, fig. 7)-
Epicauta vittata, Fabr., est une espèce très répandue en
ZOMTIS
Amérique, à tête rouge, avec deux points noirs, à corselet jaune ainsi que les élytres qui sont marquées de deux bandes longitudinales noires (PI. IV, fig-4).
Citons encore : E. maculata, Say (Syn. E. conspersa, Lee), espèce couverte d’un duvet cendré qui, sur les élytres, se marque de ponctuations noires éparses, dues à des absences normales de poils laissant voir le fond noir de l’élytre (PL IV, fig. 8).
E. ciuerea Forst. (Syn : E. marginata, Fabr.), espèce américaine, assez répandue dont les élytres, à la marge et à la suture, sont marquées d’une bande cendrée.
Citons encore les espèces américaines complètement noires, comme E. Pennsylvanica , de Geer; E. tristis, Mœkl. ; E. nigra, Dugès ; E. corvina^ Lee., etc. En Afrique, on trouve des espèces de grande taille, comme E. castaneipenuis, Deyr., de Guinée. E. gigas, Fabr., de Cafrerie, etc. En Asie : E. chiiiensis Cast., E. erythrocephala, Pall.; E. ruficeps, Illig. etc.
Zonitis [Zonilis Fabr.).
Caractères extérieurs. — Le genre Zonitis se caractérise par les longs poils que porte le lobe externe aplati des mâchoires. Chez quelques espèces même ces poils se groupent en un long faisceau qui simule le galea filiforme des Nemognalha (voir plus loin), mais jamais le galea n’est filiforme comme chez ces derniers. Maxillaire, intermaxillaire et sousgalea sont soudés en une seule pièce.
Les antennes sont filiformes ; le corselet, presque carré ou un peu rétréci en avant ; les élytres, légèrement atténuées et déhiscentes en arrière. Les crochets des tarses sont profondément dentelés sur leur bord.
^IiEURS. — Les Zonitis se nourrissent du pollen et du suc des fleurs. Z. mutica, vit en Provence sur les fleurs de \'Onopordon acantJdum et sur celles de Y Eryngium campestre.
INSECTES
Développement. — On ne connaît pas le Iriongulin du Zonitis, mais ce qu’on sait de la suite du développement pennet d'en reconstituer toutes les phases (i).
Zonitis mutica, par exemple, est parasite à l’état larvaire des Osmia iricornis et Osmia Latreillei, apiaires qui utilisent, pour édifier leurs cellules, les vieilles galeries de l’Abeille maçonne. On trouve aussi ces formes dans les loges que V Anthidiiun hellicositin édifie dans la spire des coquilles vides de V Hélix adpersa loges que l’iiyménoptère cloisonne au moyen d’un mastic lait de résine et de grains de sable (fig. 102).
Zonitis prœusta a été obtenu des mômes loges de VAiithidiuni bellicosuin et des cellules en bourre cotonnière à' Anthidiiun scapulare qui nidifie dans les vieilles tio'es de ronce comme V Osmia tridentata. Ce doit être en
juillet que les triongulins se font transporter par leurs botes dans les cellules où ils doivent se développer car dès septembre on y trouve les pseudo-chrysalides. L’insecte arrive à l’état parfait, l’année suivante, en juin et juillet.
Espèces principales. — 11 existe une centaine d’espèces de Zonitis réparties dans les diverses parties du monde. L’Amérique toutefois n’en compte qu’un petit nombre (8 à 10); l’Europe et l’Asie d’une part, l’Afrique et surtout l’Océanie se partagent le reste.
En France les espèces occupent de préférence les régions méridionales, ce sont : Z. inimaculata^ Oliv. (syn : Z. mutica,
t'ig. 102. — Hélix desséche, ouverl pour montrer dans 1 avant-dernier tour de spire l'enveloppe pseudochrysalidairo de Zonitis mutica , qu ou aperçoit, adulte, gagnant l'orillcc de la coquille de son hôte ou mieux de la co- ([iiillc où l’Anthidium avait l'ait ses cellules.
(1) Voir : Et. Giraud. Ann. de la Soc. entom. de France, 1886; IL Fabre. Soueenin eniomologiques . Delagrave, édit. 1879 et 1882.
H. Bcauregard. Les Insectes vésicants. Alcan., édit. p. 3o6.
SITAHIS
Scriba), d’un jaune pâle, uniforme ; Z. præusta^ à tète et corselet jaune d’ocre, les élytres plus pâles à extrémité noire, les pattes jaunes ou brunâtres. Dans cette espèce on rencontre des variations de couleur, les élytres pouvant devenir presque noires par extension de la teinte de l’extrémité (var. afra, Rossi et var. nigripennis, Luc.).
Sitaris [Sifaris, Lat.).
Caractères extérieurs. — Ce genre se caractérise par la soudure, aux mâchoires, du maxillaire avec le sous-galea, l’intermaxillaire restant libre (fig. io3); par là les Sitaris se distinguent bien des Zonitis ; la lèvre inférieure est profondément
Fig. io3. — Mâchoire de Sitaris Fig. io/|. — Lèvre inférieure
liuineralis. de Sitaris hunieralis.
fendue au milieu (fig. io4). Les ongles sont styliformes, les supérieurs tantôt inermes, tantôt portant de petites dents réduites à deux ou trois à la base. — Corselet quadrangulaire, plus étroit que les élytres qui sont étroites^ fortement sinuées sur leurs deux bords, rétrécies graduellement jusqu'à leur extrémité et déhiscentes presque dès leur base.
Mœurs. — La vie des Sitaris adultes est de très courte durée (voir p. 2j4) et ils ne paraissent pas prendre de nourriture.
Développement. — La femelle, d’après les observations de H. Fabre sur Sitaris hunieralis, dépose ses œufs à l’entrée des galeries menant aux cellules des Antophores {A. pilipes ; A.
INSECTES
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hirsuta, elc.) (i). Ces œufs sont pondus en très grand nombre, près de 2.000 ; ils sont ovoïdes et n’ont pas plus de o""“,7o de long; ils sont blancs ou à peine ambrés. La ponte a lieu en août et l’éclosion en septeml)re.
Tt 'ionguli/i. — Le triongulin est très caractéristique; long de I millimètre à peine, il offre sa plus grande largeur au niveau du métathorax et s’atténue de part et d’autre vers la tête et vers l’extrémité postérieure. Sa couleur est uniforme, d’un noir verdâtre luisant. Ses pattes sont armées d’un grand ongle aigu et très mol)ile, flanqué de deux plus petits. Enfin le huitième segment abdominal porte à la face ventrale une paire de tubercules adhésifs (fig. io5).
Une fois éclos les triongulins restent blottis pêle-mêle sous les dépouilles de leurs œufs et ils restent ainsi immobiles tout l’hiver. Vers la fin d’avril, aux premiers rayons du soleil, ils commencent à manifester quelque activité. C’est précisément le moment oiï les Antophores sortent de leurs galeries et se dispersent dans la campagne. Les triongulins profitent de cette occasion pour s’attacher aux poils des Apiaires à mesure que ceux-ci se présentent à l’entrée de leurs galeries j)our en sortir. On trouve alors, dit IL Fabre, « les jeunes Sitaris implantés au milieu des poils, perpendiculairement au corps de l’Antophore, la tète eh dedans, l’arrière en dehors, ne remuant plus du point qu’ils ont choisi et qui se trouve dans le voisinage de l’épaule
Fig. io5. — Triongulin «le Sitaris luimeralis ( face ventrale ) très grossi.
(1) Sila/ia colletis étudié par Valéry Mayet se développe dans les cellules de Colletés succinctus (voir Valéry Mayet, Ann. Soc. enlom. de Fr., 1873).
SITAIÎIS
de l’abeille... »; or, ce sont les Antophores mâles qui sortent les premiers des galeries et pour pénétrer dans les cellules pleines de miel c’est par l’intermédiaire seulement des l'emelles que les Sitaris peuvent y parvenir. Pour arriver aux lémelles les jeunes triongulins attendent patiemment l’époque de l’accouplement et l’on voit après cette époque les l'emelles, qui au sortir des galeries étaient indemnes de parasites y revenir portant presque toutes un certain nombre de triongulins. Ceux-ci, au moment de la ponte, se glissent sur l’œuf et arrivent avec lui sur le miel ; cet œuf leur sert de radeau, sans lequel ils se noieraient; il leur sert aussi de nourriture, car il est promptement déchiré par le jeune Sitaris qui s’abreuve de son contenu.
Deuxième larve. — Après cet exploit, c’est-à-dire après huit jours environ, le triongulin mue et donne issue à la seconde larve qui revêt une forme très spéciale (fig. io6). Elle est
Fig. io6. — Sitaris humeralis Fig. 107. — Pseudo-clirysalidc
deuxième larve. de Sitaris humeralis.
A, de dos. — B, latéralement. — C, ventralement.
d’un blanc laiteux et de forme ovalaire, très apte à flotter sur le miel. En trente-cin({ ou quarante jours elle absorbe tout ce miel et devenue d’un volume énorme (12 à i3 millimètres de long sur 6 de large), elle se contracte et l’on voit se détacher de sa surface une pellicule transparente, très fine, et irisée, formant un sac-issue clans lequel vont se faire désormais toutes les transformations suivantes. Ce n’est donc pas ici comme chez les ]\Iéloés,oii la pseudo-chrysalide sort à moitié de la mue de la seconde larve, et encore moins comparable au cas
L\SECTi:S
(les Canlharis et Epicauta où la pseudo-chrysalide se débarrasse complètement de la mue précédente.
Pseudo-chrysalide^ troisième larve^ et nymphe. — Bientôt on aperçoit, par transparence à travers la mince et délicate mue de la deuxième larve (fig. 107), la pseudo-chrysalide; c’est une sorte de barillet dont une face, l’inférieure, est plane tout d’abord, puis excavée. La durée de ce stade ne dépasse guère un mois et les autres étapes de l’hypermétamorphose se succèdent de telle sorte que l’insecte arrive à l’état parfait dans le courant du mois d’aoùt.
Souvent aussi la pseudo-chrysalide reste inerte pendant tout l’été et l’hiver suivant, si bien que l’insecte n’arrive à l’état |)arfait que deux ans après la ponte de l’œuf qui lui a donné naissance. En tout cas, les stades troisième larve et nymphe se produisent à l’intérieur de la mue de la pseudo-chrysalide.
Fig. 108.
Doiixièine larve «IcStenoria apicalis (état scarabidoïcle).
Fig. 109.
Deuxième larve de Stenoriaapicalis (état carabidoïde).
Fig. iio. — Stenoria apicalis. A, pseudochrysalide, vue latéro - ventralement .
B, troisième larve.
Fig. III.
Nymphe de Slenoria apicalis, grossie 3 fois.
enveloppée elle-même de la mue de la deuxième larve ; seule la mue de la troisième larve est rejetée et reste pelotonnée dans le fond du sac-issue, que la nymphe occupe également (i). L’insecte parfait pour se dégager doit donc déchirer ce sac
(1) Un petit genre voisin des Sitaris et dont nous avons eu l’occasion d'étudier une espèce méridionale, Stenoria apicalis, Muls., présente les mêmes caractères et subit toutes ses transformations (fig. io8 à 1 1 1) dans le sac-issue formé par la mue semblable à une gaze fine et à reflets irisés de la deuxième larve. (H. Beauregard, toc. cil., p. 270.) Ce petit vésicant est parasite de Colletés signata.
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avec ses mandibules, puis briser la cellule de l’Antophore et il gagne alors l’orifice des galeries dont il ne s’éloigne guère par la suite, car l’accouplement a lieu dès la rencontre de la femelle.
Espèces principales. — Les espèces du genre Sitaris sont peu nombreuses. On en compte une quizaine réparties en Europe et en Afrique. 11 n’en existe pas en Amérique.
Sitaris muralis, Forst. (syn : 5. hinneralis, Fabr.), qui vit dans la b>ance méridionale est noir avec les élytres, la tête et le corselet d’un jaune plus ou moins enfumé.
Mylabre [Mylabris, Fabr.) (PI. V).
Caractères extérieurs. — Les Mylabres sont des Vésicants qui forment un groupe considérable mais très homogène. Les ])ièces buccales offrent des caractères très spéciaux : d’une part les mandibules sont dissemblables^ c’est-à-dire que la droite porte à son bord interne, un peu en arrière de la pointe
Fig. 112. — Mandibules gauche et droite — Lèvre inférieure
de Mylabris varians. ilc Mylabris varians.
(fig. 112), une dent très développée qui manque à la mandibule gauche; d’autre part toutes les parties constituant la mâchoire sont soudées en une pièce unique, à l’exception du galea qui est libre et hérissé de poils longs et ondulés tout a fait caractéristiques comme ceux de la lèvre inférieure. Les antennes relativement cour^^es sont renflées à leur extrémité, de manière à constituer souvent une sorte de massue. Les élytres, entières, sont marquées de points ou de fascies pré-
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sentant des variétés de disposition infinies et dans la formation desquelles n’interviennent cependant que deux couleurs, le noir et le jaune plus ou moins rouge (i). C’est avec les Mylabres qu’il convient de ranger les Coryna et les Decatoma ^ les premiers à antennes de neuf articles par suite de la fusion des trois derniers en un article très fort, les seconds à antennes de dix articles par coalescence des deux derniers.
Mœurs. — Les Mylabres d’Europe ont une prédilection marquée pour les fleurs des Composées et des Ombellifères ; ils se nourrissent du pollen et parfois des pétales de ces fleurs. Souvent aussi on les rencontre sur certaines Crucifères, sur des Papavéracées, des Graminées et des Légumineuses. En tout cas ils hantent de préférence les endroits secs et bien ensoleillés.
Développement. — Les Mylahris k-punclata et J/. 12-punctala, suivant H. Fabre, pondent, en Provence, à la fin de juillet et au commencement d’août. La mère creuse un puits de 2 centimètres environ de profondeur et y dépose ses œufs ; ceux-ci sont en très petit nombre, une quai’antaine environ. Puis l’orifice du puits est soigneusement bouché et piétiné afin de n’en point laisser de traces extérieures. Ces œufs ont I millimètre et demi à 2 millimètres de long; ils sont d’un jaune paille.
Triongiilin (fig. ii5). — Le triongulin qui en sort au bout d’un mois environ (Gorriz) (2), a beaucoup de rapports avec celui des Epicauta.
11 est grand (3 millimètres à 3""", 5 de long) avec la tète et les deux premiers segments thoraciques d’un brun clair, le
(i) Chez quelques Mylabres cependant le fond des élylres est d’un vert foncé à reflets métalliques.
{2) Ricardo. J. Gorriz y Munoz. Essayo para la monogr. de los Col. Meloidos. Saragosse, 1882.