‹ Matière médicale zoologiqueChapitre 88 sur 108 · ESPECES VE SI CA NT ES · texte numérisé non relu

ESPECES VE SI CA NT ES

a trouvé que les espèces employées en Espagne [M. majalis, etc.) peuvent renfermer jusqu’à 12 p. i.ooo de Cantliaritline.

Ajoutons enfin que les nombreuses espèces américaines usitées en médecine paraissent également très riches en Cantharidine, car Lytta viltata a donné à Warner jusqu’à 3 gr. 98 de Gantharidine pour un kilogramme d’insecte.

Espèces utilisées en médecine. — Béguin (loc. cit.) a donné des détails très complets sur les espèces employées dans les divers pays. Je me bornerai donc à résumer ces renseignements. 11 est à noter, et cela est bien logique, que l’emploi des espèces est subordonné à leur répartition géographique.

Ainsi, les Mylabres sont surtout usités en Asie et en Afrique, où ils sont extrêmement abondants. On peut désigner commercialement sous le nom de Mylabres un mélange de M. pustulata^M. punctum et il/. Thunbergii, tandis qu’un autre mélange constituant la forme commerciale dite Mylabres de Chine [M. Sidæ, M. Cichorii, M. Sckœnherri) (PI. 5, fig. 9) est usité par les Chinois sous le nom d'Andol-Andol dont ils forment une teinture connue sous la même dénomination. Suivant Porter Smith, Cantharis erythrocephala et divers Epicauta rentreraient parmi les Insectes vésicants les plus usités en Chine, mais passeraient toutefois après Mylabris Cichorii ou Panmau qui remplace en ce pays la Cantharide ordinaire.

Les Meloe servent principalement dans la médecine vétérinaire, en Europe au moins. En Sardaigne on prépare un onguent épispastique avec certaines espèces communes telles que Meloe violaceus, M. autumnalis, M. Tuccius, M. punctatus, M. variegatus, M. scabrosus, M. majalis. En Allemagne et en Espagne, dans certaines régions de France et au Mexique on emploie de môme certaines espèces de Meloe.

INSECTES

Mais en Améiâqiie ce sont surtout les Lytta, Epicaula^ Macrohasis et genres voisins qui sont employés, vu leur extrême abondance qui fait de quelques-uns d’entre eux de véritables lléaux de l’agriculture.

Dans l’Amérique du Nord, Lytla atrata^ L. Fabricii^ L. villata, Epicaula cinerea^ etc., sont très usitées et reconnues par la |)harmacopée des Etats-Unis. Au ^Mexique, avec L. Fahricii on emploie encore Cautharis eucera^ C. k-nervata^ C. fasciolata , C. b-iuaculala , C. bimaculata ^ etc.

Dans l’Amérique du Sud nous savons, par Courbon, (pi’aux environs de ^lontevideo les Lytta adspersa, L. cavernosa^ L. vidiia sont excessivement abondants et utilisés. Au Brésil on emploie Canlharis anthracina^ et dans la République Argentine C. viridipennis qui se lait remarquer, d’après Burmeister, par son pouvoir vésicant très puissant.

Au total cependant c’est encore la Cantharide ordinaire (6’. vesicciloria) qui reste la véritable espèce commerciale. 11 arrive, il est vrai, sur le marché de Londres de grandes quantités de Mylabres. Nous tenons de ^I. Fumouze qu’ils n’offrent pas grands avantages sur la Cantharide bien qu’ils soient très demandés en Allemagne.

L’Espagne fournissait autrefois une partie des Cantharides du commerce ; aujourd’hui celles qui se vendent sur le marché de Paris reconnaissent trois origines principales. Les premiers arrivages annuels proviennent de Sicile. Les insectes sont ordinairement de médiocre taille.

On désigne d’autre part sous le nom de Cantharides du Danube celles qui viennent de Hongrie, tle Yalachie, etc. ; elles sont le plus souvent en mauvais état, mal desséchées.

Ce sont surtout les provinces de l’Ukraine qui fournissent les lots estimés de Cantharides. La récolte est faite par les habitants qui vont l’échanger dans les grandes foires, non pas contre espèces sonnantes, mais contre des ustensiles de ménage ou divers autres objets. C’est à Leipsig que. se tient le grand

ESPÈCES VESICANTES

marché des Cantharides de Russie. Les foires célèbres de cette ville sont l’occasion d’un important commerce de ces insectes qui se trouvent ainsi réunis entre les mains des commerçants juifs allemands.

En France, où les Cantharides sont très abondantes, on les récolte peu ou point en raison de la cherté de la main d’œuvre.

Il y a une trentaine d’années le prix des Cantharides était de 8 francs environ le kilogramme. Après la guerre de Crimée il atteignit lo et 1 1 francs. Depuis 1870 les besoins des Etats- Unis aidant, le prix atteignit a5 francs. Les cours se tiennent actuellement entre i4 et i5 francs ; c’est encore un prix peu rémunérateur si l’on songe qu’il faut en moyenne i3 de ces insectes pour faire le poids d’un gramme.

Récolte et conservation. — Les allures assez lourdes d’un certain nombre de Vésicants ; la propriété qu'ils ont de tomber au coucher du soleil, dans une torpeur qui ne se dissipe que lorsque la chaleur du jour suivant vient les réchauffer; leur réunion en essaims nombreux dans un même endroit et sur des plantes déterminées sont des conditions qui facilitent beaucoup leur récolte.

Voici, d’après Courbon, comment on recueille Lytta adspersa aux environs de Montevideo. On se munit d’un sac de toile au fond duquel on dispose ([uelques feuilles de Beta vulgaris., plante préférée de cette espèce. Puis, arrivé au lieu de la récolte, on coupe près de leur racine les feuilles de Bette chargées d’insectes et on les secoue dans le sac pour y faire tomber les Lytta.

Quant à la Cantharide ordinaire, on sait qu’elle vit sur les frênes, les lilas, etc. 11 sullit, dès lors, d’aller de bon matin, alors que les insectes sont encore engourdis, étendre des draps sur le sol au-dessous des arbres dont on secoue énergiquement les feuilles et les branches couvertes de Cantha-

I y SECTE s

rides. Il ne reste plus qu’à les faire périr et à les dessécher, opérations très importantes pour assurer leur bonne conservation.

Pour tuer les Cantharides recueillies on a préconisé maints procédés ; le plus recommandable consiste à les tremper dans le vinaigre ou à les exposer aux vapeurs d'aeitle acéticpie. S’il s’agit de petites quantités on peut se servir des vapeurs de sulfure de carljone, d’éther ou de chloroforme. Mais il faut rejeter les uiéthodes consistant à placer les insectes dans un milieu à température élevée (four, étuve), (^ar on risquerait (h? volatiliser une partie de la Cantharidine. D'après Lissonde, en effet, cette perte est proportioTinelle à l'élévation de la température et au temps pendant lequel elle est maintenue. Ainsi, loo grammes d’insectes récents dosant o,335 de Cantharidine n’ont donné, aj)rès une température de 90“ maintenue pendant 16 heures, que 0,280 de principe actif. A ii5“ pendant le même temps, l’auteur n’a plus ol)tenu que 0,210 pour 100 et à i3o“ pendant 10 heures, 0,180.

Il ne convient pas non plus de tuer les insectes dans une atmosphère chargée d’ammoniaque, vu la facilité avec laquelle la cantharidine s’unit aux hases et vu l’altérabilité de ces composés (Béguin, loc. cil.).

En tout cas on tiendra compte également, pour la récolte des conditions que nous avons déjà signalées (époque de l’accouplement en particulier).

Conservation . Altération . — Les Cantharides et autres Vésicants s’altèrent facilement surtout si leur dessiccation n’a pas été convenablement faite. 11 en est de même si on les tient dans des flacons mal bouchés, en des endroits humides. Ces insectes deviennent alors la proie de nombreux parasites qui les dévorent et les font tomber en poussière.

M. Fumouze a étudié ce point spécial et voici le résumé de ses observations :

FALSIFICATIONS DE LA C A N T II A lU D I N E

Les parasites qui s’attaquent aux Vésicants conservés sont (ie deux ordres : des Insectes et des Acariens.

Les insectes sont : Anthrenus varias, Plinus fur, Dermesles lardarius, qu’on trouve partout où il y a des matières grasses (i) à dévorer; puis Anobium paniceum, Attageaus pellio, dont on trouve fréquemment les mues des larves au milieu des Cantharides conservées, et Cryptophagus cellaris.

Comme Acariens, M. Fumouze cite parmi les Sarcoptides : Tyroglyphiis loagior, T. siculus, Glyciphagus cursor, G. spinipes ; enfin, parmi les Cheylétides : Cheyletus eruditus.

L’humidité, à elle seule, joue un grand rôle dans la destruction de la Cantharidine, car, ainsi que l’a fait remarquer Lissonde, les Insectes et Acariens parasites ne s’attaquent nullement à la cantharidine, et la vermoulure résultant de leur action serait très riche en cantharidine ; mais l’humidité développe rapidement une fermentation qui détruit la cantharidine en même temps que se dégage une infecte odeur ammoniacale. 11 faut donc se défendre surtout de l’humidité. Quand on opère en grand, on utilisera avec fruit le procédé indiqué par M. P’umouze. On place les insectes dans de grandes caisses en bois fermées avec soin et dont toutes les jointures sont obturées avec des liandes de papier. On place ces caisses dans des endroits bien secs. Avant de les fermer on peut y introduire quelque peu de sidfure de carbone pour empêcher le développement des parasites. Si l’on agit sur de petites quantités il suffira d’employer, pour la conservation, des Imcaux bien bouchés renfermant quelques gouttes de sulfure de carbone.

FALSIFICATIONS DE LA CANTHARIDINE Les falsifications et les adultérations sont assez nombreuses.

(i) Les analyses des Vésicants montrent qu’en outre de la cantharidine on peut extraire de ces insectes des matières grasses (environ 8 p. too), des matières albuminoïdes (29 p. 100), des sels, de la chitine, etc.

INSECTES

Les plus ordinaires et aussi les plus préjudiciables sont celles (jui ont pour objet d’augmenter le poids des insectes vendus. Dans ce but on les mouille ou bien encore on les plonge dans l’huile, puis on les fait égoutter. On met aussi en vente des Cantharides déjà épuisées par l’alcool.

On a signalé, comme falsifications, le mélange d’insectes de couleur verte plus ou moins comparables sous ce rapport à la Cantharide. C’est ainsi que, d’après Guibourt, on trouverait dans les lots de Cantharides la Cétoine dorée; d’après Ferrer, le Callichrome musqué et, d’après Emmel, Chrysomela fasluosa. A vrai dire, il y a tout lieu de croire que ces Coléoptères se sont trouvés accidentellement mélangés aux Cantharides, car leurs caractères extérieurs permettent de les distinguer si aisément qu’on ne peut guère supposer qu’une falsification aussi grossière ait pu être tentée avec quelque chance de succès ; ajoutons que ces Insectes ne sont point aussi aisés à recueillir que la Cantharide et qu’il est douteux qu’on prenne cette peine qui ne donnerait certes ])as un profit réel.

Par contre, l’adultération par addition d’insectes quelconques peut atteindre des proportions fâcheuses lorsqu’il s’agit de la poudre de Cantharides. Car toutes les espèces d’insectes d’un vert brillant ou noirs peuvent être employées puisque la poudre est brunâtre et pailletée de vert. Le dosage de la Cantharidine pourra mettre alors sur la voie de l’adultération. On pourra également recourir à l’examen microscopique qui fournit les caractères si précis que nous avons indiqués page 9.53 à propos de l’étude de la structure du test et particulièrement des élytres des Vésicants.

Quant à l’addition de résine d’Euphorbe à la poudre de Cantharides, il est facile de la dévoiler, comme l’a montré ^1. Stanislas iNIartin en traitant la poudre suspecte par l’alcool bouillant, laissant refroidir pour laisser déposer la gommerésine et pesant l’extrait obtenu par l’évaporation à siccité

/irMENOPTICRES

(le la solution alcoolicjue. Un kilogramnie de poudre de bonne qualité doit donner de i5o à i6o grammes d’extrait soluble.

Pour terminer ce chapitre des Vésicants nous dirons deux mots d’animaux appartenant à d’autres groupes et qui ont pu être considérés, mais à tort, comme jouissant du pouvoir épispastique. Quelques Coléoptères (Carabes, Coccinelles, Chrysomèles) avaient été considérés comme Vésicants. Lallemand, puis Béguin ont démontré qu’aucun d’eux ne renferme de cantharidine. 11 en est de même d’une Araignée, Tegeuaria medicinalis, (ju’on emploierait comme vésicant dans diverses parties de l’Amérique. Tous ces animaux peuvent irriter la peau, déterminer de la rougeur, mais ils ne produisent pas de phlyctènes.

Un Ilémiptère, la Cicacla sanguinolenta Oliv. {Huechys vesicaloria Porter) est employé en Chine sous le nom de Cha-ki^ principalement contre la rage. On lui attribue aussi des vertus épispastiques. En réalité cette cigale est fortement rul^éfiante (expériences de Brongniart et Arnaud, de Fumouze, Beauregard, etc.), mais elle n’est pas vésicante au sens propre du mot. En tout cas, je me suis assuré qu’elle ne renferme pas de cantharidine.

Au total, les Insectes de la tribu des Vésicants renferment, seuls, de la Cantharidine et ils en renferment tous.

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