‹ Matinées littéraires: cours complet de littérature moderneChapitre 37 sur 49 · PÉTRARQUE, B O C C A C E · texte numérisé non relu

PÉTRARQUE, B O C C A C E

Los discordes civiles qui agitaient Florence au commencement du quatorzième siècle, cl qui avaient chassé Dante de sa ville natale, enlevèrent à celle cité la gloire de donner le jour à Pétrarque. Ce fut à Arezzo, dans la nuit du 11) au 20 juillet 1304, que naquit en exil un enfant qu'on nomma Francesco di Petracco, François (ils de Pierre. Ce nom n'était point illustre par la naissance : il le fut par le génie, cette autre noblesse qui vient de Dieu.

En ce temps-là il s'était fait une sorte de révolution dans la chrétien-té. Le pape Clément V, élevé par l'influence française à la chaire pontificale, avait rencontré une si vive opposition dans le parti italien, qu'il voulut tout ensemble punir l'Italie et récompenser la France, en venant d'abord se faire sacrer à Lyon, puis en transport

lanl de Rome à Avignon la résidence pontificale. Le père de Pétrarque uvail été banni comme Gibelin; il n'en trouva pas moins asile cl piolet lion dans la ville <pii , après être devenue la capitale du catholicisme, devint bientôt le séjour des fêtes el des plaisirs el le rendezvous d'un grand nombre de seigneurs qui y affluèrent de toutes (taris. Pétrarque comprit dés son jeune âge «pie l'obscurité de sa naissance lui interdisait de prétendre aux honneurs du monde, si l'élude des lettres ne lui en ouvrail pas l'accès. Aussi celle élude devint-elle chez lui une passion qui lui inspira une aversion presque invincible pour l'élude du droit, que lui imposait l'autorité paternelle. Envoyé par son père à Montpellier pour y suivre les cours de l'Université, il y resta quatre années sans faire aucun progrès dans une science qui répugnait à sa probité non moins qu'à ses goûts; c'est lui-même qui nous l'apprend :

«Ce n'est pas, nous dit-il, que je ne reconnaisse l'ulililéel la nécessité des lois. J'aimais dans le droit écrit cet air d'antiquité romaine qui 1«' rend si respectable; mais la candeur de mon aine ne me permettait pas de me livrer à une élude que la dépravation des mœurs avait rendue pernicieuse, La plupart des hommes ne veulent connaître les lois que pour pouvoir les éluder ou apprendre aux autres à les violer impunément. Il ne m'aurait

pas élé possible de taire de celle élude un abus si contraire à la probité; je sentais d'ailleurs combien il était difficile d'en tirer un parti honnête, dans un siècle oii la vertu el l'innocence éiaienl tournées en ridicule. Les jurisconsulte! faisaient des lois un commerce honteux. Leur

langue, leurs mœurs, leur esprit, leur honneur, leur réputation, leur fidélité, tout chez eux était \énal. »

NOUS aimons à penser que ce tableau est un peu chargé, Pétrarque haïssait le droit de tout son- amour pour la poésie, et il était naturellement porté ;ï s'exagérer les torts des hommes de loi par l'aversion qu'il éprouvait pour la science elle-même, On peut croire que, pendant son séjour à Montpellier, il fréquentait heaucoup plus les maîtres du gai savoir que les professeurs de jurisprudence. Aussi, quand son père vint le visiter, il trouva chez son fils, non pas des livres de droit, mais des volumes de poésies latines et provençales, que, malgré la cherté des manuscrits, il jeta au feu impitoyablement. Ce fut à grand'peine que Pétrarque sauva des flammes un Virgile et quelques traités de Cicéron, ses deux auteurs favoris. De Montpellier son père l'envoya à Bologne, toujours pour étudier le droit, et à Bologne, comme à Montpellier, Pétrarque resta fidèle au culte de la poésie et de l'éloquence. Là, il eut le bonheur d'avoir pour maître le célèbre jurisconsulte Cino de Pistoie, qui, dans ses loisirs, s'amusait à écrire des sonnets que Dante eut avoués et qu'admirait Pétrarque, Nous laissons à deviner si dans les entretiens entre le maître et l'élève, il était plus souvent question de poésie que de jurisprudence; ce qui! y a de certain, c'est que Pétrarque, de retour à Avignon h l'âge de vingt-deux ans, aimait plus que jamais la poésie et plus (pie jamais détestait les lois. La mort de son père l'ayant laissé libre de suivre son penchant, il se donna tout entier aux lettres, avec le zèle et la persévérance d'une vocation irrésistible.

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