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rien à personne : d'autres, au contraire, ont relevé avec un soin minutieux les imitations ri même les plagiats dont ils L'accusent. Il nous semble que des deux côtés il y a injustice ou erreur. On ne peut mettre eu doute qu'un grand nombre de coules orientaux cl de fabliaux français ne fussent bien connus de lioecaee. L'imitation en est manifeste, non-seulement dans les sujets du DécamérOTij mais encore dans une foule de scènes cl de situations. Mais il a imité avec tant de bonheur, il a si ingénieusement varié les incidents, si sagement retranché les absurdités, si nettement arrêté les contours incertains, et il a porté les dialogues à un tel degré de perfection que, tout en imitant, il semble avoir créé : sa copie a tous les caractères d'un modèle, son imitation tout le mérite de L'invention : il a trouvé de la pierre, et il eu a l'ait du marbre : il a trouvé du cuivre, el il en a l'ait de l'or.
Ce n'es! pas cependant que Boccace soit toujours el en tout supérieur à tous les conteurs orientaux et français. Le fabliau dAucassifi et Nicûlette égale tous les contes du Décaniérotij s'il ne les surpasse pas; el, dans le genre comique, aucun coule de Boccace ne vaut celui des Trois Bossus el du Montrait mal taillé : mais, en revanche, on chercherait vainement à composer, en puisant dans les œuvres réunies de tous les conteurs, un recueil comme le Dvcamvron , qui est l'œuvre du seul Boccace.
Boccace a plutôt imité la manière de couler des trouvères qu'il n'a imité leurs contes; et les meilleurs de son recueil, tels que le Faucon, le plus simple et le plus
louchant de ses contes, l'histoire si pathétique de Girolamo et Salvestra, celle de Sigismondo et Gukcarda , et d'autres encore, lui appartiennent entièrement et pour l'invention et pour l'exécution. Le rare mérite de cette exécution, soit qu'il imite ou qu'il invente, est regardé avec raison comme la véritable gloire du conteur italien. Là son originalité est incontestable, et sa supériorité comme écrivain est tellement reconnue en Italie que, de tous les conteurs qui sont venus après lui, il n'en est pas un seul qui se soit écarté de la route qu'il avait tracée. Les contes de ses imitateurs, dont le nombre est immense, paraissent tous avoir été écrits moins dans le but d'intéresser parle sujet qu'ils traitent que dans l'espoir d'égaler l'élégance de ce style toscan dont Boccace a si magnifiquement revêtu ses récits. Peu importe à un conteur italien que ses histoires soient plus ou moins chastes, pourvu que le style en soit pur et harmonieux ; peu lui importe même que le thème soit absurde ou ennuyeux, pourvu qu'il soit brodé des variations brillantes de cette musique qu'on appelle la langue italienne. C'est en effet une véritable musique que le style de Boccace, mais une musique parfois un peu monotone. On voudrait que ce fleuve majestueux ne coulât pas si paisible entre ses rives fleuries, on voudrait qu'il bondit quelquefois en cascades capricieuses, qu'il roulât ses eaux avec l'impétuosité d'un torrent; mais ne l'espérez pas : tel il se montre à sa source , tel il sera dans tout son cours. « II coule, et de la même façon qu'il coule, il continuera toujours de couler. »
Le principal mérite des contes de Boccace étant dans
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le style, la meilleure traduction n'en saurait donner qu'une bien imparfaite idée; c'est pourquoi l'on s'est presque toujours contenté d'en faire des imitations, soit en prose, soit en \n>. Toutefois, imités ou traduits, L'esprit, la grâce, la malice, L'éloquence mémo du conteur italien sont d'une si puissante nature que nous les retrouvons à travers toutes les transformations qu'on leur fait subir : aussi est-il peu de Livres plus populaires en Europe, ce qui prouve qu'après tout le style n'en l'ait pas toute la valeur, et que le Décaméron se recommande à plus d'un titre à notre admiration. Nous y trouvons une connaissance profonde du cœur humain et la peinture la plus naïve et la plus vraie des mœurs italiennes au moyen âge. Ces mœurs, vous le savez, étaient Loin d'être pures. Plusieurs contes de Boccace se ressentent de la licence qui régnait alors : on voit qu'il écrivait pour l'amusement d'une cour voluptueuse et par l'ordre dune princesse dont la pudeur n'était pas facile à alarmer. Il ne faudrait pas cependant, ^uv la foi de quelquesunes des imitations qu'en ont faites la reine de Navarre et La Fontaine, croire que telle est la couleur générale des contes du Décaméron. Boccace peignit des hommes de toutes les conditions, de tous les âges, de tous les caractères : il les plaça dans toutes les situations, depuis les plus comiques et les plus hasardées jusqu'aux plus touchantes et aux plus pathétiques, telles qu'elles se rencontrent et se heurtent dans la vie. On était d'ailleurs d'une morale si peu sévère au temps de Boccace, que ce ne lut guère qu'après cent ans de libre circulation dans toute l'Italie, que la cour de Rome s'avisa de trouver dan-
gereuse la lecture de ce livre el le défendit. Ce qu'il y a de fâcheux, c'est que les traducteurs et imitateurs de Boccace ont choisi de préférence les contes qui avaient encouru la censure papale. De là, sans nul doute, la mauvaise réputation du conteur italien dans notre pays.
Boccace ne fut pas seulement le plus brillant conteur d'Italie, il fut en même temps êrudit et poète : il fit de nombreux et savants commentaires sur les anciens et sur Dante; il composa vers sur vers et romans sur romans. Alais de toute son érudition que lui est-il resté? une assez mince renommée de savant; de ses poèmes l'honneur d'avoir le premier créé la stance épique; et de ses romans absolument rien. Dans le Décaméron se trouve donc l'unique fondement de sa gloire littéraire; gloire si brillante, au demeurant, que le voisinage de Dante et de Pétrarque ne l'a point éclipsée.